Bolivie - A la veille de nouvelles élections prévues le 18 octobre.

mardi 15 septembre 2020
par  Allain Graux
popularité : 1%

Depuis le renversement du gouvernement Moralès, malgré les conditions défavorables au MAS que nous avons décrites, on aurait pu penser ses jours étaient comptés, qu’il allait devenir un mouvement marginal, représentant des paysans cocaleros, comme le sont devenus des partis autrefois révolutionnaires et de gouvernement comme le MIR et le MNR. Mais dès le début de l’année 2020, le MAS est apparu en tête des sondages d’intentions de vote. En janvier, 21% de l’électorat était prêt à voter pour ses candidats et son programme électoral[1]. En mars, après sa désignation, Arce devance largement Mesa avec 33% contre 17%[2]. Cela semble signifier qu’il dispose d’une base électorale et sociale fortement idéologisée, mais pas au sens d’une idéologie classiquement définie comme le socialisme, le communisme, etc... Dans cette acceptation, le MAS n’a jamais été un parti idéologique, mais plutôt « unioniste ». Les ouvriers, les indigènes, les « cholos », les paysans, les secteurs populaires, continuent de voir dans le MAS la seule force capable de les représenter pour défendre la nation, l’égalitarisme, les acquis sociaux, les pouvoirs publics de l’Etat, l’indépendance nationale face aux multinationales. Cette base masiste est consciente qu’elle n’avait jamais connue une telle période de prospérité et de stabilité politique, malgré des erreurs et les accusations de fraude. Cette force populaire rejette les vindictes les plus radicaux de la droite extrême actuellement installés au Palacio Quemada, malgré « les éditorialistes des classes moyennes dans des médias qui ne cessent d’exalter la mystique de la « révolution des ficelles (pititas) » (à cause des ficelles et des cordes utilisées par les protestataires pour barrer les rues[3] ». Ils qualifient le coup d’Etat d’octobre 2019, comme une « révolution libératrice » et l’ère Morales comme une « tyrannie » de « quatorze ans de ténèbres », comme si le soleil avait disparu pendant ces années. Une allusion aux croyances des Incas. Ce qui était reproché à Morales, ce ne sont pas des mesures trop radicales, mais plutôt son insistance sur une réélection indéfinie dans un pays qui a toujours refusé ce principe. Malgré tout ce qui s’est passé, le MAS est resté au centre de la scène politique du pays, parce qu’il a su associer les luttes de classe aux processus d’identification raciale, autour d’une figure charismatique dans la tradition caudilliste (ou populiste). La personne du Jefe (Chef) articule des forces parfois divergentes. Morales a su éviter l’émergence de personnalités dangereuses pour l’unité du parti (et sans doute aussi pour son statut de leader incontesté !). Dans la nouvelle représentation politique proposée aux électeurs, David Choquehuanca, est le leader indigène de l’Altiplano et le jeune Andrónico Rodríguez est celui des fédérations syndicales des producteurs de coca toujours présidées par Morales. C’est l’aile formée par les organisations d’ouvriers et de paysans du « Pacte d’unité » avec la COB. Luis Arce est le candidat du centre militant de la gauche traditionnelle et radicale.

Les classes moyennes, les intellectuels néo-marxistes, post-modernes, humanistes de gauche et démocrates progressistes ont des liens avec David Choquehuanca, et sont en grande partie liés à García Linera. Eva Copa, la présidente de l’assemblée, a conclu certains accords avec le gouvernement de Jeanine Añez, sans que sa conduite n’ait été désavouée par Morales. Il faut éviter toute rupture trop radicale, montrer une capacité restée intacte à exercer le pouvoir, poursuivre l’œuvre entreprise. Il s’agissait aussi, au plus fort de la répression, d’empêcher la désertion de la fraction parlementaire du MAS à l’Assemblée législative, alors qu’il est majoritaire.... Le MAS cherche à reconstruire sa coalition politico-sociale alors que le gouvernement est aux prises avec une mauvaise gestion de la crise sanitaire et que le bloc anti-MAS est profondément divisé[4]. http://allaingraux.over-blog.com


[1] Paula Lazarte : « Ciesmori perfila al candidato del MAS como ganador en encuesta » -Página Siete -02/01/2020. [2] « Arce aumenta ventaja y Mesa afianza el segundo lugar, según encuesta de Ciesmori » en Página Siete, 15/3/2020. [3] « Les leçons que nous laisse la Bolivie » - Pablo Stefanoni – blog de Mediapart -11 mars 2020 [4] Source : F. Mayorga : « ‘Elecciones ya’ : ¿el mas recupera la iniciativa ? » en Nueva Sociedad, edición digital, 6/2020, .


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