Culture ? Encore un effort…

jeudi 17 septembre 2020
par  Jean-Jacques Fouché
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L’orateur approche de sa conclusion, la voici : « la culture doit être tôt ou tard gratuite comme l’est l’instruction. (…). Le grand combat de notre siècle a commencé (…) la culture est devenue l’autodéfense de la collectivité, la base de la création et l’héritage de la noblesse du monde. » C’était le 3 février 1968 à Grenoble, l’écrivain ministre d‘État des Affaires culturelles André Malraux prononce un discours d’inauguration de la maison de la culture. Il énonce dans son style grandiose la définition de sa politique culturelle. Trois thèmes forts manifestent la volonté de l’agir culturel : la défense de la collectivité par elle même, la possibilité de la création et un universel héritage artistique et intellectuel. Deux moyens de la culture sont cités : l’instruction et la gratuité.

Les Universités populaires, celles du Mouvement social tel qu’il s’est exprimé de la fin du XIX° au début du XX° siècle, ont mis à portée de la population, culture et création. Avec bibliothèques et théâtres, les universités populaires ont créé des moyens d’une instruction militante destinée à des femmes et des hommes qui en étaient privés. Colette a su rendre compte (en février 1914) des qualités des propositions de l’Université populaire à Paris (Belleville) et de l’attention de son public :« C’est le meilleur théâtre de Paris, le plus riche et le plus varié. (…) Il y a des chiens savants, des jongleurs ; c’est le seul endroit où les mimes prennent la parole et où l’on voit, comme dimanche soir, des chansonniers débuter dans la pantomime« Et que parlez-vous de « troupes homogènes » ? L’interprétation de l’École des femmes rassemblait des comédiens de l’Odéon, de Fémina, de l’Athénée, autour d’une surprenante Agnès, (…). La bonne volonté ébauche, à l’Université populaire, des miracles que le public parachève. Car le « meilleur théâtre de Paris » s’emplit du « meilleur public ». Il n’y en n’a pas de plus avide de plus sensible. (…) il attend et reçoit la parole de l’orateur ou du comédien comme une chose précieuse et tangible ; certains visages tendus ont l’air, sur les bancs les plus proches de la scène, de vouloir happer un fruit. « C’est véritablement l’élite intelligente d’un peuple qui se rassemble ici, respectueuse des textes qu’on lui lit, courtois au point de se retenir, jusqu’au baisser du rideau, la toux et les applaudissements. Presque tous ceux qui viennent passer ici la soirée sacrifient quelques heures de leur sommeil. Ils portent encore sur eux, hommes et femmes, des brins de fil, des paillettes de métal fondu, de taches de vernis ou d’acide. La plupart des femmes et des jeunes filles appartiennent à la fine race de Paris, qui a des petites mains et des yeux vifs. Dimanche soir, parmi la foule qui s’écrasait dans la salle et montait le long des murs comme une eau refoulée, il n’y avait pas un seul homme qui eût « un verre de trop ». Et il faut bien que l’Université populaire soit un lieu unique, où le zèle des camarades machinistes, des camarades figurants, des camarades metteurs en scène est si contagieux qu’on pouvait, ce même dimanche, sous l’apparence un peu poudreuse d’un accessoiriste improvisé qui portait bravement une échelle, reconnaître M. Simyan, ancien ministre » (…). Les universités populaires, les maisons du peuple, les théâtres du peuple, sont à l’origine de rencontres entre le mouvement social et des artistes, des comédiens, écrivains dont la présence militante est au cœur de l’aventure culturelle.

Malraux vient après « La Grande Guerre » ; la tueuse d’hommes qui entraine la disparition des universités populaires. Il connut l’organisation des maisons de la culture. Il a participé dans les années du Front populaire à ce nouveau mouvement militant, alors porté par le parti communiste. Écrivain engagé contre le fascisme pour la République en Espagne puis dans la Résistance, commandant d’un régiment des Forces françaises libres, admirateur fidèle du Général et « verbe » du gaullisme, devenu ministre (serviteur ?) d’État des Affaires culturelles, Malraux conçoit l’action culturelle de son administration dans la suite de ses publications sur l’art, les musées, la photographie. L’art transcende le temps et les lieux, il est « mondial » et « intemporel » ; telle sera la vocation de maisons, guidant le peuple vers la culture intemporelle et sans frontières.

Le « ministère Malraux » proposait (1959) une politique résumée en une phrase au Journal officiel : « (…) rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience au patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent ». Ce ministère, issu des Beaux Arts et séparé de l’Éducation nationale, a donné aux maisons de la culture un financement paritaire, investissement et fonctionnement, État – Collectivités locales et un statut d’association afin d’assurer la liberté de l’action culturelle. C’était, à l’époque, une avancée pour décider, financer et extraire les pratiques artistiques des milieux bourgeois et des pressions des élus. Les communistes approuvèrent, les socialistes restèrent indifférents, les « gaullistes » furent embarrassés, la droite tonna contre. Une maison de la culture Malraux – ne pas confondre avec les Maisons des jeunes et de la culture -, c’est une architecture se voulant exemplaire pour abriter des salles de spectacles, d’expositions, de réunions et de débats, des ateliers, des services pour accueillir, divertir et instruire non seulement des publics mais bien des populations dans leurs diversités. Il y eut ainsi une quinzaine de maisons de la culture dotées d’un bâtiment original . En dépit de l’aura de Malraux, son ministère n’eut pas les moyens de sa politique. Il négociait avec des collectivités locales la construction de centres d’animation (ou d’action ?) culturelle ; la nouveauté était dans une modification du partage de la charge financière du fonctionnement : un tiers État et deux tiers Collectivités locales. C’était accorder aux élus locaux ce qu’ils revendiquaient : le contrôle des programmes et de l’exécution des budgets. Cette tendance fut accentuée durant le mandat du ministre Jacques Duhamel, lui même élu local. Les « événements » de mai 68 ayant bousculés les pratiques culturelles, les élus locaux demandaient moins d’aventures et plus de certitudes.

Le ministère Lang eut, brièvement en 1982, des moyens financiers plus importants que ses prédécesseurs. Il opta pour une politique de l’offre approuvée par les artistes et agents culturels qui en avaient besoin. Vint rapidement le temps de la rigueur et les moyens stagnèrent avant de diminuer. On entra dans une phase de « crise de la culture » provoquant des revendications. On réclama plus de moyens pour financer les productions artistiques du spectacle vivant. Un choc statutaire fut imposé aux maisons de la culture : sous l’appellation « scènes nationales » elles deviennent des Établissement public culturels des collectivités locales (EPCCL). Principal soutien financier, les Collectivités locales y exercent désormais le pouvoir ; un maire ou un autre élu préside un conseil d’administration où siègent un représentant du ministère de la culture et des « personnalités qualifiées » sélectionnées par le maire. Des institutions (théâtres nationaux, centres dramatiques, centres chorégraphiques, centres d’art, Fonds régionaux d’art contemporain, musées nationaux et classés) sont des établissements financés et contrôlés par les services de l’État, le plus souvent avec des participations de Collectivités locales. Celles-ci assurent l’essentiel des formations artistiques, écoles d’arts, de danses, de musiques qui sont contrôlées par l’administration de la culture. Les formations artistiques d’exceptions sont « nationales ». Sommets de l’édifice culturel national, Opéra de Paris, Musée du Louvre, « Beaubourg » Centre Georges Pompidou, Philharmonie de Paris sont des marques pour le tourisme et à l’export.

Siècle Vingt et un ? Grand vide !

Nul enthousiasme ne caractérise les deux premières décennies de notre 21° siècle. Les choses de la culture s’en vont, tenues par les volontés et les compétences des acteurs et agents culturels ; l’indifférence des pouvoirs administratifs et politiques est notoire. Les élus locaux veulent chacun son festival des « arts de la rue », ou de cirque, ou de musique classique, ou de jazz ou de rock, ou de théâtre ou de n’importe quoi… Un festival fait la promotion d’une ville ou d’une région (et de ses élus). Ils se multiplient. Et ça fonctionne plus ou moins bien. Les publics des champs (des territoires) sont heureux d’avoir « enfin quelque chose chez eux ». Les publics des villes sont bien heureux de trouver quelque chose de nouveau à proximité de leurs lieux de villégiature. Les intermittents du spectacle sont contents de travailler et d’engranger contrats et services, des points pour le « chômage ». C’est la saison d’été, ça tourne ? Après la rentrée des classes, on trouve un autre rythme. Les centres d’arts, chorégraphiques, dramatiques, les Fonds régionaux d’art contemporain, les cirques et toujours les spectacles de rues ouvrent la nouvelle saison. Dans ce paysage culturel, les scènes nationales coproduisent et diffusent des spectacles (théâtres et danses) à la satisfaction de la classe moyenne cultivée / éduquée qui constitue l’essentiel de leur public.

« C’est important la culture (pour tous) » disent les élus. C’est une image de « Notre Ville », de « Notre territoire ». « Nous, les élus, nous protégeons la culture et ses emplois ». Est-ce que le financement de l’offre constitue une politique culturelle ? Ne serait-ce pas (en l’absence de l’éducation des enfants et adolescents, de la formation des adultes, de l’instruction civique) un lambeau sur la plaie ouverte que sont les inégalités sociales ? Depuis qu’il est aux affaires en 2017, le président et ses gouvernements n’ont pas produit d’analyse de la situation culturelle telle qu’ils l’ont trouvée. Le pouvoir hésite, tergiverse sur de nombreuses questions posées par la société. L’absence de dialogue, d’écoute des associations, des élus locaux, des syndicats et une volonté d’imposer des réformes de la constitution, des retraites, du chômage, de l’enseignement et du baccalauréat, des hôpitaux, (ce n’est qu’un échantillon !), sont à l’origine de troubles, de mouvements de protestation, de violences physiques et verbales qu’aucun débat sur des cultures communes ne permet actuellement de rationaliser et de valoriser. La politique de l’offre, le soutien aux institutions et aux producteurs d’arts et de récits, est fondatrice d’un avenir. L’offre artistique et culturelle est la marque et l’essentiel d’une politique nationale, mais elle ne suffit plus.

Pourquoi est-ce que ça ne fonctionne plus ?

D’abord parce que l’Instruction (autrefois) publique, devenue Éducation nationale, reproduit les inégalités sociales, économiques et culturelles plus largement qu’elle ne les analyse, les déjoue et les combat. Le changement d’appellation, intervenu en 1932, n’a pas modifié l’organisation de l’enseignement conçue sur la modèle de l’église catholique pour s’y opposer. La « massification » (depuis les années 1980) de l’enseignement, s’il permet des sauvetages culturels, provoque déceptions et ressentiments d’élèves et étudiants qui soit abandonnent le cursus scolaire, soit ne trouve pas d’emplois en rapport avec leurs diplômes. L’enseignement n’instruit plus, et, bons résultats obligent, privilégie les enfants des familles cultivées. Disparu l’instituteur devenu professeur des écoles n’institue plus. Ce constat d’une défaillance éducative prive le discours culturel, le spectacle vivant, les œuvres artistiques, de leur socle égalitaire. L’accès à l’art par l’école pourrait-il remplir l’espace social déserté ? N’est-ce pas une illusion ?

Les inégalités culturelles, économiques et sociales brisent les familles, les groupes et les classes. Les inégalités se sont aggravées depuis les années soixante entre des populations qui n’ont plus de vies communes selon l’emploi, le chômage, l’habitat, les transports, les loisirs… Une partie majoritaire de ces populations se sait exclue. Elle reçoit peu et ne bénéficie pas (ou mal ?) des services éducatifs. Elle ne participe pas (ou ne participe plus, voir l’abstention aux élections) à la gestion des collectivités. Ces populations ont-elles la possibilité matérielle de s’intéresser aux propositions des scènes nationales ou des centres dramatiques ? Sans la transmission, et la réception, des clés et des codes de compréhension des œuvres proposées, une majorité de la population est de fait exclue. L’exclusion domine toutes les tentatives de politiques de régulation culturelle ; elle créé ce que Francis Jeanson a nommé le « non public » .

La culture a changé. Depuis les années soixante du XX° siècle, le monde scientifique a beaucoup et rapidement évolué. De l’astronomie aux mathématiques des savoirs nouveaux apparaissent. Les apports des sciences humaines et sociales ont modifié les définitions de la culture. L’anthropologie, l’archéologie, l’ethnologie, la linguistique, la muséologie, la psychanalyse… devenues disciplines universitaires ont poursuivis recherches et formulations dans la continuité des voies ouvertes par l’histoire, la philosophie, la sociologie ... Les tableaux du Titien, de Véronèse, de Cézanne, de Picasso… restaurés conservent une identité en dépit des restaurations. Mais le regard des spectateurs n’est plus celui de l’époque de leur production. La langue évolue, et cette évolution modifie la lecture des auteurs classiques (Corneille, Molière, Racine...). L’étude et l’interprétation des textes provoquent de nouvelles compréhensions souvent en contradiction avec la tradition . La culture est un chantier permanent. « Attention travaux », une situation nouvelle que les équipements « scènes nationales » n’ont pas les moyens (intellectuels ?) d’aborder. Ces équipements à vocation culturelle sont confinés (mot devenu commun !) dans une conception obsolète de l’action culturelle. Il faudrait qu’y soit imaginé du « nouveau », est-ce possible compte tenu de leur statut ?

Ce n’est pas le premier souci du pouvoir dans sa configuration issue des élections de 2017. Le ministère de la culture a tenté d’agir sur la demande culturelle de la population jeune par une dotation incitant à la consommation de produits culturels. Ayant oublié le formatage des pratiques culturelles des adolescents et post ados, cette initiative imbécile (soit sans soutien critique) ne pouvait qu’échouer. L’imagination n’est pas au pouvoir et ceux qui lui parlent à l’oreille sont propriétaires de théâtres ou animateurs de radios et télévisions. Le président gouverne et se met en scène dans de « Grands débats » avec des élus locaux, des intellectuels ; il croit pouvoir s’adresser directement au peuple des artistes mais, accumulant des maladresses, ne fait qu’aggraver incompréhensions et rejets.

Une réflexion collective qui permettrait de dégager une nouvelle pensée de la culture, de son organisation, de l’avenir de ses pratiques est de nouveau nécessaire. Elle est théoriquement possible et, de fait, impossible. D’abord parce qu’elle n’est pas pensable (imaginable ?) par ceux qui exercent des responsabilités artistiques et politiques. La discussion d’un tel projet susciterait des oppositions de forces qui souvent se contrarient : élus locaux, agents culturels et (parfois ?) artistes déplorant les insuffisances des politiques culturelles… Mais au moins un débat serait engagé. Alors que certains appellent à l’insoumission et d’autres à l’insurrection, voilà qu’en début d’année 2020 surgissait un malin virus !

2020 : Un effondrement ?

Un virus s’est faufilé parmi nous jusqu’à envahir l’espace d’une humanité en constants déplacements. Une pandémie virale venue d’un « Orient compliqué » provoque un grand embarras. Une déferlante de nuisances sanitaires, économiques, sociales, obstrue actuellement l’avenir des politiques artistiques et culturelles. Depuis le printemps, à l’été 2020, c’est le marasme dans la Culture. La pandémie a sauté à la figure des acteurs et agents de la vie culturelle. Les programmes de fin de saison, les salles de spectacles, d’expositions, de cinémas, les productions tout s’est éteint, tout a fermé « Coupez ! Les lumières ». Il n’y a plus rien à voir sans une distanciation physique (ou sociale ?) masquée ! Les projets sont tombés en cascades, les emplois se sont envolés, une énorme vague de disparitions. Une perspective de chômage, d’absence de recettes, un manque de revenus, le fric fuit. On ferme ! La « fermeture sanitaire » a des conséquences terribles pour les artistes, les auteurs, les chanteurs, les comédiens, les danseurs, musiciens, techniciens, constructeurs, régisseurs, machinistes ; les intermittents du spectacle (les contrats à temps partiels et à durées déterminées) n’ont plus d’employeurs ; avec quelles ressources vivre ?

La « Grande fermeture » actuelle et factuelle aura une fin un jour indéterminé, c’est probable. On espère. Mais la reprise comment sera t’elle ? Si on pouvait éviter d’ajouter le gâchis au marasme ? Rien, entre les discours, les silences et les hésitations du pouvoir, comment imaginer l’année 2021, et après ? Une universitaire « économiste de la culture » propose de maintenir les équipements en état de marche et le soutien de l’offre culturelle . L’illusion peut durer quelques temps avant naufrage. Sans œuvres nouvelles, sans images ni récits, il sera difficile d’imaginer un avenir ; comment se faufiler vers des publics. Il faudrait retrouver les peuples, inventer, aujourd’hui - comme hier avec les universités populaires ou les maisons de la culture ? - une forme nouvelle et un état de la société où artistes et publics s’organiseraient en associations ou syndicats ; une situation (en même temps ?) où administrations et élus, qui leur donnent (parfois) commandes et moyens, aient le souci des artistes et des populations ; qu’ils les regardent et les écoutent.

Une politique (artistique, culturelle, pédagogique) ne peut être imposée aux artistes producteurs d’images et de récits par un pouvoir (administratif, politique, religieux). C’est la fonction des institutions culturelles (universités populaires, maisons de la culture, associations) de prendre en charge la formation, la médiation, l’instruction non seulement des publics éduqués (lecteurs de presse et de livres, accédants aux lycées et universités, aux spectacles, concerts, expositions, films etc.) et plus particulièrement du « non public » indifférent aux images et aux récits hors ou lointains de la vie quotidienne matérielle. Les artistes peuvent trouver (c’est à eux de le faire pas aux élus politiques ou aux administrations de l’imposer), les formes nécessaires pour s’adresser, susciter l’attention et l’intérêt pour leurs œuvres. Ce n’est pas pour eux une obligation. Et dans ce processus d’attentions et d’écoutes, de dialogues et de pensées, d’échanges de récits, les institutions culturelles peuvent jouer un rôle en commandant, produisant et diffusant des œuvres, en organisant des rencontres entre des œuvres et des populations. Il faut faire confiance aux artistes et aux publics. C’est un rôle civique et d’action culturelle. L’accueil des récits et des images, l’attention aux autres et le civisme, sont aux fondements de la vie collective démocratique et de la préservation des « biens communs ».

Le plus grand manque aujourd’hui ? Une utopie ?

Il existe un maillage d’équipements et de lieux culturels gérés par l’État et les Collectivités locales. Ils sont adaptés aux pratiques culturelles de la partie cultivée de la population. Elle en constitue le public ; celui où la transmission culturelle se fait naturellement par le milieu et les relations familiales. Il manque des lieux ouverts, appropriables (aménageables ?) par la population, des espaces de rencontres, d‘apprentissages, de débats et de casse - croûte, d’attentions et d’écoutes, un lieu de travaux poétiques, d’écritures et de lectures, de danses et de musiques, d’images et de récits. Un espace pour les enfants, ils y seraient en sécurité au milieu d’images écoutant des récits. S’y donneraient à entendre, à voir, à sentir et à penser la réalité des humains, des langues et des nourritures du monde. À quoi un tel lieu pourrait-il ressembler ?

Peut être à un « rond point » qui indique différentes directions, où il est possible de stationner, de s’asseoir et se restaurer, de souffler et de parler, de penser à soi, à d’autres. Peut être à une maison de la culture ? Sorte de rond point avec des équipements scéniques, d’expositions, de projections. On a voulu définir les maisons de la culture comme des « cathédrales » de notre temps ? On craindra le trop plein de respect, de recueillement et de silence, l’acceptation sans critique d’un sacré culturel. Hors il ya besoin d’un marché, de débats et de critiques. Alors, peut être – pourquoi pas ? - une basilique ? Un bâtiment assez vaste et neutre pour être un marché, lieu d’échanges divers et multiples où des productions d’œuvres de l’esprit et le commerce des arts seraient imaginables. La référence romaine d’un lieu où règne un esprit (un concept du monde ?) ; un lieu où tout serait envisageable, espaces et volumes adaptables, équipés pour des accueils les plus divers. Lieu d’utopies à inventer ? Un objet architectural qui ne soit pas figé en monument un jour classé et protégé, un abri où se ressent et se vérifie le provisoire, le modifiable ? S’y manifesteraient des « précurseurs » (poètes et artistes) qui devancent, décrivent, annoncent et proposent une vision du monde par et avec des images et des récits.

Comment définir l’activité, le fonctionnement, à quoi servirait un tel lieu ? On ne le définira pas a priori, il serait à imaginer par ses promoteurs, usagers et utilisateurs y compris occasionnels. Pour engager un « questionnement », quelques lignes déjà anciennes (début des années soixante) à propos de l’art : « Ce qui serait à maintenir, ce n’est pas la tradition, mais la souvenance. Ce qui est décisif, ce n’est pas l’avant garde mais l’avant coureur. Ce qui se révèle important, ce n’est pas le progressisme mais l’annonciation. Ce qui devient essentiel, ce n’est pas l’homme moderne mais le précurseur » . Ce texte d’un philosophe grec du XX° siècle, daté des années soixante, comporte une vision de la position et de l’activité de l’artiste, du poète et du chercheur dans le monde. Ils sont considérés comme des « avant coureurs » (ceux qui précèdent un avènement ou un événement) ; des « annonceurs » et des « précurseurs ».

Il arrive, et nous le vivons actuellement, que l’annonce soit désagréable. C’est les cas avec, pire que la pandémie virale du Covid19, la crise climatique dont sont responsables des pratiques humaines. Ces pratiques mortifères (épuisement des ressources, des eaux et des terres, industrialisation des activités économiques - de l’agriculture au tourisme) sont des composantes culturelles. Ni les migrations, ni les famines, ni la pauvreté, ni l’errance d’enfants mortellement errants… ne sont des phénomènes naturels. Dans ce qui reste notre monde, il y a besoin d’avant coureurs, de précurseurs ayant, par des images et des récits, une capacité d’annonciation.


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