Lettre (amicale) à Jean-Luc Mélenchon

dimanche 18 octobre 2020
par  Jean-Luc Gonneau
popularité : 72%

Cher Jean-Luc,

Je tiens à te remercier du courriel que tu as bien voulu m’adresser pour me demander mon sentiment concernant l’annonce de ton éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle. Rude tâche que tu t’imposes là, car je ne doute pas que ton courriel a aussi été adressé à des dizaines de milliers de tes amis, et que les réponses seront sans doute nombreuses. Bon courage donc pour tes lectures. J’ai participé avec plaisir, plus ou moins activement selon mes moyens, à tes deux compagnes présidentielles et je demeure sympathisant de la France Insoumise, ce qui ne m’empêche pas de sympathiser avec d’autres organisations de gauche. Car la gauche est pour moi un repère plus pertinent que la notion de peuple quand il s’agit du combat politique.

Je participerai à nouveau avec plaisir à une éventuelle nouvelle campagne présidentielle à tes côtés, si les conditions d’une nouvelle candidature sont remplies. A ce sujet, voilà comment, à la lumière, peut-être vacillante, de mon expérience (je suis Jean-Luc depuis - un peu - plus longtemps que toi), de mon ressenti et de ma raison à moi.

Les derniers sondages, toujours à manier avec précaution, te placent en tête des candidats potentiels classés à gauche. C’est le fruit de ton histoire face à des candidats éventuels ayant un taux de reconnaissance encore limité (Jadot, Piolle…,) ou ayant gaspillé leur crédibilité (Royal). Les classements en termes de popularité ou d’« avenir », encore moins fiables, te sont moins favorable. A mon sens, cela est du en partie aux épisodes des perquisitions, aux algarades parfois inutilement agressives avec la presse, donnant une impression de manque de sang froid. Première leçon : une base électorale existe, nécessaire mais pas suffisante, et sensible à ce qui est considéré comme des dérapages.

Une victoire à l’élection présidentielle nécessite une large, très large union à gauche. Nous en sommes loin, très loin. La France insoumise, mouvement neuf dans le champ politique, n’a pas, à l’instar, à droite, de la REM, réussi une implantation locale solide. Des centaines de groupes locaux en 2017, peu nombreux sont ceux qui demeurent actifs. La FI a moins d’élus que le PS (poids de l’histoire), EELV (poids de la mode et de la défiance envers la gauche tradi, déconsidérée par la période Hollande-Vals) ou même le PCF, pourtant en grande difficulté. Son fonctionnement volontairement « gazeux », son opacité dans la direction, son arrogance après les bons scores de 2017, ses exclusions parfois expéditives ont découragé maintes ardeurs militantes. Bref, sur la question de la large union nécessaire, la FI n’apparait pas comme un pôle attractif. Elle détient cependant un trésor, son programme de 2017, de loin le plus abouti à gauche depuis longtemps. Un trésor qu’il conviendra probablement de partager, ce qui suppose une approche subtile, car le rapport de force électoral n’est pas en sa faveur.

La FI a récemment appelé à des discussions avec ses éventuels partenaires. Sauf erreur de ma part, elle semble avoir « oublié » le PS. Or, on ne saurait réduire le PS aux nostalgiques de François Hollande ou à ses élus qui gardent un œil ouvert vers les ors républicains que pourrait promettre Macron en vue d’un second mandat. De ceux là, il y en a aussi à EELV. Nous savons l’aridité de telles discussions, la patience proche de l’infini nécessaire pour ne froisser personne, ou presque, et contenter sinon chacun, du moins presque tous.

Enfin, il y a la question de la gestion du temps. Est-il sage d’annoncer, dès novembre, une candidature ? Ce pourrait l’être si l’entreprise unitaire avait pris corps, ce qui n’est pas le cas. Il y a lieu, aussi, de considérer la proximité, dans quelques mois, des élections régionales et départementales. Comme lors des élections municipales, la FI n’est pas aujourd’hui en position de revendiquer des têtes de listes dans les territoires gagnables par la gauche, sauf un accord national qui nous ramène au paragraphe précédent. Elle peut par contre y prendre une part active, sans arrogance, sans modestie excessive non plus : bref, le bon élève de la gauche. Annoncer une candidature présidentielle avant cette échéance, n’est-ce pas le risque d’être considéré (et les médias dominants ne manqueront pas d’enfoncer ce clou) comme une sorte de Don Quichotte seul contre tous, qui propose des discussions aux plus ou moins copains, mais qui d’emblée annonce le résultat : le candidat, c’est moi. Cela a marché, presque, en 2017, je doute que ça colle en 2020.

Il serait aussi possible de penser qu’une déclaration de candidature prématurée serait susceptible de décourager certaines ambitions. Je ne le pense pas. Au contraire, une candidature cet automne implique dix huit mois de campagne, avec les hauts et les bas que cela implique, scrutés par tous. Laisser planer un doute positif ne me semble pas la moins mauvaise solution, accompagné régulièrement d’initiatives, si possible de plus en plus unitaires.

De toutes façons, sauf bouleversements politiques majeurs d’ici 2022, qui ne sont pas impossibles mais dont personne ne peut calculer les conséquences, si l’union n’est pas possible à gauche, le « vote utile », ce dangereux réflexe, se coagulera sur la personne que les sondages auront, pour la gauche, placée en tête. Si c’est toi, tant mieux, sinon, il faudra aider l’autre, pour éviter ce rêve macronien qui est un cauchemar : un second tour Macron-Le Pen. Très amicalement


Commentaires

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mercredi 18 novembre 2020 à 16h37 - par  Insoumichel

Pendant 200 ans , la ploutocratie athénienne a rongé son frein, subi la suppression de l’esclavage pour dettes, et le tirage au sort intégral pour l’exercice des responsabilités, qui en a éloigné leurs représentants de tout pouvoir de nuisance (simple application des lois de la statistique : la ploutocratie est très minoritaire).
Il a fallu que Sparte gagne enfin une guerre contre Athènes pour que soit assassinée cette démocratie effective.

Le premier des principes ci dessous découle de l’analyse.
Le second élimine le chantage aliénant de devoir « gagner sa vie ».
Le troisième rétablit la justice pour des moyens suffisants du choix de l’activité pour chacun.
Le quatrième lance tous les chantiers pour une transformation magistrale des activités humaines.

1. Tirage au sort des responsabilités opérationnelles pour une durée courte non renouvelable, parmi des candidats auditionnés – révocation possible en cours de mandat.
2. Revenu universel important sans condition.
3. Fiscalité confiscatoire des fortunes inutiles, provenant toutes de multiples spoliations injustifiables.
4. Priorité au rétablissement de cette planète.

Ces 4 principes peuvent être le ciment d’une nouvelle unanimité parmi les gueux.
Le tirage au sort élimine l’obstacle principal à l’accomplissement du bien commun.
Un revenu universel important se montrera très vite bien supérieur à la soi disant efficacité économique de la libre entreprise. Il supprime l’aliénation et la frustration, qui suscitent haine et violence dirigées vers des boucs émissaires.
La fiscalité confiscatoire permet de répartir les richesses actuelles des 1 % vers les 99 % opprimés, crée les conditions d’un revirement industriel indispensable, et permet un changement de l’avidité vers l’utilité.
Le rétablissement de cette planète n’est pas un choix, c’est une obligation que les 3 premiers points rendent possible.

Site web : constituante
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mercredi 21 octobre 2020 à 23h11 - par  Jean-Luc Gonneau

Contribution transmise par Philippe Carcasses :
Bonjour,
j’ai voté Mélenchon aux présidentielles, mais on ne m’y reprendra pas ! ! Je m’étonne que dans la Gauche Cactus on n’ait pas pointé du doigt ses récents laborieux barbotages. Je suis abonné au Canard enchaîné, et le mieux pour ça est de faire parler le Canard de ce matin, par la voix d’Eric Emptaz :

(extrait de l’article ’Islam de couteau") :

Colère mal surjouée de Retailleau, même genre de lourd numéro chez Le Pen‌, rodomontades de Valls et virement de bord avec dérapage moyennant contrôlé chez Mélenchon. Lui qui hurlait le plus fort contre l’islamophobie, jusqu’à manifester avec des islamistes politiques, est désormais passé à la tchétchénophobie".

Un dessin du même canard enchaîné montre l’insoumis en chef criant le poing levé : "Non à l’islamisme tchétchène !", avec pour légende :
Islamisme, Mélenchon rectifie le tir.

L’insoumis en chef essaie de se refaire une popularité sur le dos des tchétchènes. Manière de critiquer (enfin !! ) l’islamisme sans trop se mouiller quand même.
Faut-il rappeler que la vie de l’insoumis en chef n’a jamais été menacée, contrairement à celle de la jeune Mila, par exemple ? Et de tant d’autres ?

La lâcheté d’une certaine gauche me révulse. Je cherche désespérément dans le paysage politique des gens sur ma longueur d’onde : la gauche courageuse anti-islamiste. Etant jeune, je n’aimais pas Charlie Hebdo. Maintenant je me rapproche d’eux.
J’ai une colère noire contre la lâcheté du NPA et de l’insoumis en chef. Vous pouvez publier ma réaction dans la Gauche Cactus.
Amitiés

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mercredi 21 octobre 2020 à 23h09 - par  Jean-Luc Gonneau

En cas de candidatures étiquetées, à tort ou à raison, à gauche, il est malheureusement probable que, dans la dernière ligne droite, si les sondages donnent une préférence, le vote de gauche sera, comme on dit peut-être improprement ’utile". L’engagement, c’est pour éviter ça.

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mercredi 21 octobre 2020 à 14h42 - par  Jean-Yves LAMANDÉ

Bonjour Jean-Luc,

J’ai lu attentivement ta lettre amicale à JLM
Je suis un militant FI et donc peut-être influencé par celui que j’appelle amicalement le "Grand Gourou" en réponse à ses détracteurs.
J’ai milité près de 20 ans au PS (celui des années 80 -de 1983 à 2000)et celui-ci n’est plus le parti que j’ai connu. HOLLANDE et consorts (Cazenave, Valls, ..) ont tué le PS. Je côtoie au quotidien dans ma ville des militants du PS et bien sûr leur discours est bien différent.
Aujourd’hui, le programme l’Avenir en Commun est le SEUL programme à Gauche !
Il faut certes ne pas l’imposer. Cependant qui a ne serait ce qu’une ébauche de programme...Personne !!! Et pour moi seul Jean-Luc Mélenchon est en capacité d’incarner le" leadership". Il faut bien sûr qu’il fasse des efforts parfois et il est suffisamment intelligent pour savoir qu’il doit être plus calme (mais des fois c’est vrai qu’ils le poussent à bout notamment les journalistes !)
Amitiés insoumises
Jean-Yves LAMANDÉ

Logo de Jacques Larrue
mardi 20 octobre 2020 à 23h54 - par  Jacques Larrue

Toujours heureux de vous lire et de partager ce cactus.
Aux yeux de la gauche et bien pire aux yeux de la France qui votera -ou pas- en 2022, Jean-Luc Mélenchon est essentiellement un agité mégalomane. Je fais partie de ceux qui le regrettent car l’Insoumis en chef est un homme de grande qualité intellectuelle et qui plus est brillant dans ses engagements et ses campagnes.
Je sais qu’il doit jouer un rôle important en 2022 ; je sens qu’il n’est plus l’homme qui peut faire triompher nos idées à la faveur de ces élections cruciales et inquiétantes.
Il me semble que l’écrasante majorité des militants ou simples citoyens sincèrement ancrés à gauche appellent de leurs voeux cette large union synonyme d’espoir ! Effectivement "2022 en Commun", m’apparaît comme le meilleur vecteur de rassemblement. Et arrêtons par pitié de faire porter à tous les socialistes, les trahisons de Hollande, Valls et leurs quelques copains...
Fraternellement,

Site web : Le Bloge de Jaco
Logo de allain graux
mardi 20 octobre 2020 à 18h17 - par  allain graux

Si on - LFI- s’adresse au PS, on perd la moitié des militants qui restent ...D’ailleurs le ps ignore LFI...On ne peut pas s’associer avec des gens comme Cazeneuve que l’on a entendu calomnier JLM sur Inter...Mais il y a de socialistes sincères, nous nous adressons à ceux-là...
Pour le reste, j’approuve assez largement cette analyse, j’avis commis un papier quelque peu semblable sur mon blog ( www.allaingraux.over-blog.com) et que j’avais aussi envoyé en guise de réponse à Jean Luc...

Logo de Budin
mardi 20 octobre 2020 à 15h20 - par  Budin

Très bonne lettre, modérée et conciliante. Il y a d’autres arguments, plus profonds selon moi, je les développe dans mon essai : ...Ni Tribun", que tu as lu. L’un de ces arguments émerge de l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes comme d’ailleurs de ce qui se passe au Liban, en Algérie, au Chili. Les masses se détachent de leur fascination pour les "TRIBUNS", les "Sauveurs". Une autre voie propose plutôt de mettre en avant une ÉQUIPE unie et équilibrée. Il s’agit de commencer, pour en finir avec la Vème République, par abandonner son paradigme central : le grand homme, le monarque (de Gaulle, Mitterrand ...). Nombreux déjà sont ceux qui s’engagent dans cette voie, avec l’appel des mille www.2022encommun.fr.

Logo de jpcoul1@gmail.com
mardi 20 octobre 2020 à 14h58 - par  jpcoul1@gmail.com

Tout ça pour finir par s’en remettre aux sondages ?
Bravo l’engagement.

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