L’HISTOIRE D’UNE GIFLE

mercredi 16 juin 2021
par  Patrice Perron
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Peu de gens ont échappé à la diffusion massive par les médias et les réseaux sociaux des images de l’aventure sportive du président de la République en ce mois de juin 2021. Qu’a-t-il pris à Emmanuel Macron, de courir comme un dératé vers la foule, au point d’échapper à son propre service de sécurité ? On aurait dit Mbappé partant droit au but, poursuivi par la meute de ses adversaires, tous inéluctablement largués par le bolide.

Tout çà pour se prendre une baffe magistrale de la part d’un individu bizarre, un peu marginal, militant potentiellement dangereux, mais qui n’imaginait pas, dix secondes plus tôt, qu’il allait faire le buzz, à travers le monde entier, en posant délicatement sa main sur le visage du président de la République. Il est clair dans cette affaire que la préméditation ne peut pas être retenue contre l’auteur de cette gifle.

Une fois posé le cadre des faits, il importe de se demander comment nous pouvons en arriver là. Le contexte est à prendre en compte ; pas le seul contexte du moment, mais le contexte de l’évolution de l’image des présidents d’une part, et de la crédibilité des élus d’autre part. A vouloir être proches du peuple, physiquement ou par les propos, les récents présidents ont mis le paquet : Nicolas Sarkozy parlait de Karcher pour nettoyer les quartiers à problèmes, après avoir largement dépassé les plafonds de financement de sa campagne électorale, tout en affirmant ne rien savoir. François Hollande, en bon président normal, a fait la une, en allant voir sa compagne en scooter, mais en portant tout de même un casque pour respecter les mesures de sécurité routière. Nicolas Canteloup ne manque pas l’occasion de les railler.

Il faut noter que 3 jours après la gifle reçue par Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon s’est fait joliment fariner le portrait, un peu de la même manière que Bernard-Henri Lévy s’était fait entartrer la tronche par un manifestant. Cet exploit lui avait valu une jolie et pertinente chanson de Renaud. Tout cela ne relève pas du hasard.

L’arrogance, l’impertinence et l’irresponsabilité de BHL lors des événements de Libye, puis le film d’autosatisfaction si ce n’est d’autocélébration qu’il a produit, en ont fait un personnage peu sympathique pour une partie du public. Jean-Luc Mélenchon, par ses propos parfois détestables et méprisants, est rejeté par une partie des citoyens. De plus, il a l’art de foutre la pagaille à Gauche. Après avoir flingué le PS il y a quelques années, il proclame qu’il est pour l’union à gauche, mais à la condition non négociable, d’en être le leader. Comment voulez-vous qu’on lui accorde un quelconque crédit. Ce qui en fait l’allié électoral objectif d’Emmanuel Macron. Toute union étant impossible à Gauche de son fait, et la Droite étant en déconfiture, le candidat président n’a plus que Marine Le Pen en face de lui. Merci Mélenchon.

Si j’évoque tout cela, ce n’est pas pour dédouaner Emmanuel Macron de ses responsabilités, mais pour dire que l’histoire de la gifle n’est pas un phénomène nouveau, ou un acte isolé tombé du ciel. L’abandon des principes de base, de l’éducation, de la politesse, du civisme, du respect de l’autre, ne date pas de l’actuel président. Nous avons laissé faire. Quand j’étais gamin, à l’école, si j’étais sanctionné par un enseignant, je me faisais ensuite remonter les bretelles par mes parents. Aujourd’hui, quand un enfant n’est pas content de se faire rappeler à l’ordre par un professeur, il se plaint à ses parents qui viennent demander des comptes au proviseur, et des sanctions contre cet enseignant. Et le plus souvent, la hiérarchie s’exécute pour ne pas faire de vagues. Résultat ? Quand le professeur revient devant ses élèves, il est mort, il n’a plus aucune autorité. Et les trublions peuvent le narguer et recommencer. Autre petit constat qui en dit long sur les comportements actuels : aujourd’hui, les gens n’enlèvent plus ni leur casquette, ni leur capuche et ne disent plus bonjour, quand ils entrent dans une boutique.

Quelque part, le président de la République a joué avec le feu. Après son élection, il s’est rapidement positionné sur les grands points de sa politique et de ses convictions sociales. En commençant par supprimer l’ISF pour les plus riches et en supprimant une partie, même minime, des allocations logement des plus modestes, il a envoyé un signal fort et inoubliable. Même chose pour les représentants des corps intermédiaires, élus locaux et syndicats. Mépris pour les ruraux sacrifiés sur l’autel des grandes métropoles. Souvenez-vous : il a boycotté le congrès national des maires de France. Plus grave, il a choisi certains d’entre eux, les courtisans, pour venir festoyer à Versailles. Il voulait parler directement au peuple, de ses choix, de ses préférences, de ses convictions. Mais il a mal parlé au peuple. Souvenez-vous encore, des illettrés de chez Gad, des Gaulois réfractaires, des 66 millions de procureurs, du jeune se plaignant, sans doute maladroitement d’être au chômage, qu’il lui suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot, et que sais-je encore…

Pendant ce temps-là, le peuple ramait un peu : augmentation des taxes, notamment sur les produits pétroliers frappant de plein fouet, encore une fois, les ruraux et ceux qui n’ont pas les moyens d’habiter en ville, blocage des retraites, augmentation de la CSG, volonté de reculer l’âge de départ à la retraite. Uniquement des mesures de régression sociale au sacro-saint nom de la Dette, l’un des plus beaux alibis de la politique sociale des gouvernements successifs. Quand on voit où en est la dette depuis la crise sanitaire, on peut constater que les 12 milliards d’euros de déficit des caisses de retraite ne sont qu’une goutte de pipi de chat en comparaison. Une rigolade. La pression est montée d’un cran, d’un bon cran.

C’est sûr, Emmanuel Macron voulait parler directement au peuple. Il lui a parlé. Pas très bien. Résultat : il s’est pris en pleine face, le mouvement des gilets jaunes et la baffe d’un individu dont personne n’a rien à faire. Mais lui, ce donneur de baffe, il a pris 4 mois fermes avec mandat de dépôt immédiat, avant tout appel, jugement rendant cet appel inutile pour raison de délai, tandis que les Balkany pavoisent et commentent l’actualité en direct, avec humour et ironie, sur le trottoir, en bas de chez eux. Merci Manu.


Commentaires

Logo de Christiane Humbert
mardi 29 juin 2021 à 10h41 - par  Christiane Humbert

Quelle comparaison  ! J’ai bien vu et revu ce qui s’est passé, mais je n’ai jamais pensé à une telle comparaison. En tout cas, ça a été amusant de lire cette partie. Et en ce qui concerne la préméditation, je suis on ne peut plus d’accord avec vous. L’action était dans une totale spontanéité.

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