Crop top : les hommes du gouvernement buggent

vendredi 16 juillet 2021
par  Fatima Benomar
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« Tout ce qui vous renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d’exister n’a pas sa place à l’école » Emmanuel Macron

La canicule approche à grands pas, et c’est avec cette tirade gloubi-boulga que le Président de la République a cru bon de prévenir l’éventuel prochain mouvement des adolescentes sur la prétendue indécence de leurs tenues légères.

Pourtant, ce ne sont pas les collégiennes ni les lycéennes qui construisent les identités. C’est le sexisme qui les distribue, hiérarchisant les femmes en catégories, celles qui "se respectent" et les autres, sur la base de leurs tenues, leurs moeurs, leur orientation sexuelle, le nombre de petits-copains qu’elles auront eu pendant une année scolaire, si des photos ou des vidéos intimes d’elles ont circulé, etc. Ce ne sont pas les collégiennes ni les lycéennes qui souhaitent choquer qui que ce soit. Elles disent, au contraire, qu’elles ne comprennent pas en quoi le port d’une jupe au-dessus des genoux ou d’un crop-top est choquant, notamment quand il fait entre 30 et 40°. Ce sont elles qui sont choquées par le traitement différencié que réservent les marges d’interprétation du Règlement intérieur à leurs camarades féminines ou masculins. Quant au fait de fustiger leur volonter d’exister, que répondre à un tel reproche ? Sinon qu’il est évidemment salutaire qu’à cet âge-là, les jeunes commencent à déchiffrer l’ordre social, à en expérimenter les injustices, à affirmer leurs idées, à exprimer leurs désaccords, à ambitionner de changer la société.

Ni le Président de la République, ni son Ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer ne se sont intéressé aux hashtag #Lundi14septembre et #BalanceTonBahut via lesquels des milliers de jeunes filles avaient pris à partie la société, à la rentrée 2020, pour qu’on leur explique en quoi exactement leurs épaules et leurs hanches étaient indécentes. Ni l’un ni l’autre, non plus, n’a sans doute pris la peine de lire ce qui a été publié hier via le hashtag #BalanceTonTop. Tant pis pour eux, bravo à elles ! Ces hommes, hissés à la place de pouvoir où ils sont à la force de leurs privilèges sociaux, n’ont, contrairement à elles, jamais été traités de p*** ou de s***** pour un t-shirt moulant ou un têton apparent à travers le tissu.

Plus tard, ces jeunes femmes feront des choix, vestimentaires entre autres, en tant que citoyennes adultes vivant dans des sociétés sexistes. No bra ? No shave ? No summer body ? Se conformer aux règles pour se protéger, ou les transgresser parce qu’elles leur semblent injustes ? Elles se posent dès à présent la question et ont besoin de notre soutien pour affronter ce chemin avec le plus de forces possible. Ce chemin où nous avons été en général si seules.

L’égalité femmes-hommes, Grande Cause Nationale du quinquennat, a défaut de moyens octroyés, n’aura même pas réussi à éveiller ne serait-ce que l’intérêt et la curiosité des hommes du gouvernement. Pourtant, ces jeunes citoyennes parlent précisément de cela, l’étayent, l’illustrent. Ils n’avaient qu’à se saisir de tous ces trésors de partages d’expériences authentiques du sexisme qui règne dans les établissements scolaires, afin de préparer un monde meilleur aux enfants de demain, par exemple l’élaboration d’un programme contre le sexisme, au lieu de ne leur réserver que des réponse répressives, infantilisantes et bâclées.

Nous ne pouvons qu’inciter les parents, le corps professoral et les élu-es à relayer leurs initiatives, à entendre leur parole et à établir avec elles un dialogue mature, constructif et respectueux. Et remercier les jeunes qui redonnent à chaque génération du sens, du discours critique et de la remise en question du monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui.

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Commentaires

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samedi 31 juillet 2021 à 22h13 - par  Oria Riviere

Il n’y aura jamais de vérité absolue dans ce genre de chose. Donc, se fier aux préjugés, aux principes de chacun ne va pas résoudre le problème. Et puis, la remarque sur ces premières lignes est des remarques machistes selon moi.

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