Chroniques du règne de Manu le Petit

vendredi 16 juillet 2021
par  Julie d’Aiglemont
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Chronique du septième jour du mois de juillet en l’an de très grande disgrâce vingt et un. Où il est question d’une certaine leçon, d’un cas aigu d’amnésie et d’une fatale fatuité.

On ne finissait plus de commenter la causerie que le Roy avait accordée à la Gazette des Riennes. Non content de fixer la longueur des bustiers, Notre Vil Phallocrate édicta tout uniment qu’il n’était point bon que les Riennes se trouvant gestantes malgré elles pussent avoir recours à l’avortement au delà du terme fixé par la loi, terme que des Guildes voulaient voir allongé de deux semaines, tant il devenait impossible pour celles qui le voulaient de pouvoir y avoir recours. Partout on manquait de médicastres. Sa Puritaine Intransigeance, loin de prendre la mesure de la détresse des Riennes, se fit tout au contraire le chantre de ce que le pays comptait d’ennemis de la liberté des femmes à disposer de leur corps, suscitant ici et là l’ire et la réprobation des défenseures de leurs droits, lesquels droits, gagnés de haute lutte, se trouvaient cependant sans cesse remis en cause. Un médicastre et une avocate commirent une brillante tribune afin de river son clou au Roy. Gracchus Mélenchonus, pénétré de cette cause, s’illustra une fois de plus en donnant à Notre Poudreux Misogyne une leçon sur le féminisme, lui enjoignant de relire ses classiques avant de faire d’aussi sottes déclarations que celle de vouloir que le féminisme fût réduit à ne plus être qu’un compartiment de l’humanisme. « C’est ne rien connaître à l’Histoire » chapitra sévèrement le héraut du peuple, et de rappeler tout ce que nous devions à Christine de Pisan, cinquante années avant Pic de la Mirandole, avant que de conclure, à l’intention de Sa Médiocre Suffisance, qu’il y avait plus intelligent à trouver que cette ineptie de réduction et de dilution, prouvant, une fois de plus, que lui Gracchus était bien fondamentalement universaliste et héritier des Lumières, quand ses ennemis s’évertuaient à vouloir prouver le contraire.

Quand on ne causait pas de la pensée complexe de Notre Etouffant Solipsiste, c’était qu’on était occupé à jaser sur monsieur du Pont de Morte-Ethique. Ne venait-on point d’apprendre que ce favori du Roy avait également omis de déclarer au Trésor Public quelques menus appointements par lui gagnés quand il s’amusait à brûler les planches ? Ce n’était qu’une bagatelle, tout au plus trois cent mille écus et il était fort vil d’aller lui chercher noise. Le coupable du reste n’était point monsieur du Pont de Morte-Ethique lui-même, mais un obscur économe qu’on rétribuait bien trop grassement pour s’acquitter de ces ennuyeuses besognes et qui n’était même pas assez habile pour ce faire. Les Conseillers firent savoir que Sa Grande Infatuation n’envisageait nullement de se passer de la personne de monsieur du Pont de Morte-Ethique, et qu’il n’était doncques point question de lui enlever sa charge de Chambellan aux Balances, dût-il pour cela administrer sa Chancellerie en même temps qu’il se rendrait chez un juge pour répondre de ses actes.

Pour faire diversion, le Chevalier d’Alanver reprit la tête de la Grande Croisade de la Sainte-Vaccine, laquelle, après des prémices fort cahotants, s’était déployée dans tout le pays, envahissant les salles des fêtes et les gymnases. Las ! Toute la populace n’avait point reçu l’onction. On décida de courir sus aux récalcitrants, leur promettant la Géhenne s’ils ne se soumettaient point. On parla de rendre l’onction obligatoire chez les nurses et les garde-malades, ce qui était le meilleur moyen de créer encore davantage de réfractaires. Puis on agita le spectre d’une nouvelle vague de contaminations par des miasmes qui, bien que venant des Indes, portaient un nom grec. Le Chevalier d’Alanver, tel le prophète Philippus, se faisait des plus menaçants. Le nuage de sauterelles n’était plus très loin.

Cependant, un malheur s’abattit tout de bon sur le pays : le grand Vizir Manolo avait obtenu son crachoir – doré à l’or fin comme il se devait pour les hôtes de marque- dans deux salons et non des moindres : chez madame du Chiendent à l’hôtel de l’Air-Hèmecé et chez monsieur des Durdsdelaselle à celui de la Bonne Fille de Son Maitre. Ainsi ce serait un ineffable bonheur que d’entendre résonner dans les chaumières la voix cassante et rogue de ce courtisan dont l’aigreur et la mauvaise bile n’avaient d’égales que celles que l’on trouvait chez le vicomte de la Zizanie. Celui qui avait été autrefois duc d’Evry s’était donné comme mission de servir son Roy et de piler menu Gracchus Mélenchonnus, à l’encontre duquel il concevait une haine sans limites.

Madame la duchesse des Dégâts était atteinte du même mal. Dès que l’occasion lui en était donnée, cette courtisane, enflée de son succès en trompe-l’oeil au Tournoi des Provinces, déversait un flot de médisances et de diffamations sur le tribun. Cela lui tenait lieu de bréviaire pour continuer de faire accroire qu’elle était du camp de la Sénestre. Il en allait de même avec madame la duchesse de l’Ide-Aligot, qui préféra prendre fait et cause pour le richissime baron de l’Arrhes-Naut plutôt que pour quelques fâcheux qui s’en étaient allés, en signe de protestation à l’encontre du baron – dont la fortune, à la faveur de l’épidémie, ne cessait de croître au fur et à mesure que la misayre s’abattait sur le peuple – badigeonner à la gouache, ô comble de l’horreur, la façade d’une grande et très luxueuse échoppe restaurée dans son luxe d’antan, par les écus dont monseigneur le baron aimait faire usage afin de montrer l’étendue de sa fortune.

Le petit duc de l’Attelle, Porte-Mensonge du gouvernement, était tant vénéré par les gazetiers et les gazetières qu’il se croyait devenu un Oracle. Il se croyait au dessus de tout, tutoyant Jupithiers lui-même. Las ! Alors qu’il comptait parmi un aréopage chargé de départager les impétrants d’un concours d’éloquence, il osa une saillie qui révéla l’ampleur de sa fatuité et de sa sottise. Le prétendant, à qui il s’était ainsi fort impudemment adressé, lui cloua fort élégamment le bec. On l’eût volontiers déclaré vainqueur du concours pour ce haut fait.

Ainsi en allait-il au Royaume du Grand Cul par-dessus Tête, où les fats se croyaient des phénix.

Paru dans https://joursheureux.blog


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