Pandémie, Afghanistan, dérèglements climatiques, un monde dans la tourmente

jeudi 19 août 2021
par  Jean-Luc Gonneau
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Pas de répit pour l’actualité, pas de vacances pour La Gauche Cactus. Le Covid 19 et ses multiples variants continue de menacer les pays de tous les continents. Les dérèglements climatiques deviennent de plus en plus fréquents et violents. Et le récent rapport du GIEC ne voit aucun signe d’avenir radieux. Aux divers conflits locaux hélas trop récurrents vient s’ajouter le retour au pouvoir des Talibans en Afghanistan, susceptible d’entraîner de multiples et imprévisibles conflits internationaux et d’innombrables drames humains. Bon, aurait dit Coluche, l’Afghanistan, c’est loin. Sauf que la France y fut impliquée officiellement, militairement pendant onze ans, et plus discrètement politiquement pendant la même période.

Si Jacques Chirac avait su, en 2003, résister aux pressions américaines pour refuser une intervention en Irak, ce ne fut pas le cas deux ans auparavant concernant l’Afghanistan, engagement confirmé et accentué par son successeur, Nicolas Sarkozy, très pro-américain, qui s’illustrera plus tard par la participation à l’intervention militaire en Libye, aiguillonné par le héraut autoproclamé des droits de l’homme (lire : droits de l’homme américain) dans le monde.

Lors de ces treize années, qui coûta la vie à 89 soldats français, plus 700 blessés, la mission française, dont la mission exclusive était d’éradiquer le terrorisme, ne manqua pas de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’état afghan, et peut-être de s’intéresser, c’est humain, aux enjeux pétroliers de la zone. Ces écarts furent bien entendu cachés par Chirac et Sarkozy. Faisant preuve d’un bel esprit de solidarité professionnelle, Emmanuel Macron n’en toucha pas mot dans son élocution. De même que dans son allocution empreinte de générosité envers les afghans engagés au service de l’armée ou de l’Ambassade de France, il ne parla pas des nombreux obstacles mis depuis plusieurs mois, voire parfois années, à l’exfiltration en France de certains de ces auxiliaires ou de leur famille. On les protégera tous ? Pour le moment, ce n’est pas le cas ? Et leurs familles ? On verra. On accueillera aussi les artistes, les intellectuels, les militants, les défenseurs des droits ? Qui fera la liste ? Darmanin, qui se vante d’être plus dur qua marine Le Pen sur les affaires migratoires ? Et les femmes afghanes, qui risquent gros dans l’affaire, on fait quoi ?

Et la convention de Genève, signée par la France, qui dit que toute personne persécutée ou menacée dans son pays a droit à l’asile ? Macron n’a pas un mot sur le droit d’asile. Il préfère évoquer le risque d’une « vague migratoire » et les cohortes de trafics qu’elle pourrait entraîner. Risques de trafics certes réels. Vague migratoire ? Pierre Henry, président de France Fraternités, minore son importance : rejoindre la France ou un autre pays européen suppose des ressources économiques dont disposent peu de familles afghanes, et il est fort probables que les afghans fuyant leur pays rejoindront dans leurs grande majorité les pays voisins. Les précautions oratoires d’Emmanuel Macron sont en fait dictées par le Rassemblement national et ses séides de la frange ultra-droitière de LR.

Face à la pandémie et aux nombreux variants du Covid 19, le gouvernement, comme à son habitude, a inauguré une variante de sa politique. Le « pass » sanitaire est désormais obligatoire pour prendre son petit noir ou petit jaune, selon l’heure et le goût, au bistro du coin, y inclus en terrasse, donc à l’extérieur, où les mesures « barrières » sont désormais considérées, sauf cas d’afflux, comme inutiles. C’est au bistrotier de vérifier, transformé pour l’occasion en semi-flic. Que celles et ceux qui n’y voient pas atteinte à leur liberté lève la main. Et le bistrotier risque gros : 45000 euros d’amende en cas de récidive dans l’absence de contrôle. On veut bien qu’Emmanuel Macron évolue depuis longtemps dans un monde où l’argent n’est pas un problème (si quand même : où donc placer avantageusement ses excédents ?), que pour une opulente brasserie on puisse amortir le choc, mais pour le bistrotier du coin, ça fait chéro. Attention, hein, ici on est pour le vaccin. Et même pour le pass pour les déplacements longue distance, c’est que ça circule, ces petites bêtes de virus. Mais nous comprenons tout à fait celles et ceux qui battent le pavé au nom de la liberté, que nos chers médias, y compris, hélas, publics, ont tendance à identifier à des seconds couteaux de l’extrême-droite, voire à quelques nostalgiques du troisième reich.

Pendant ce temps, voilà notre Macron en t-shirt (désolé, mon pote, voir un président en t-shirt en sachant qu’il était en t-shirt avant d’être président, respect. Voir un président en t-shirt alors qu’il passe sa vie habillé en pingouin, c’est pas crédible) jouant les VRP des vaccins, voire au médecin conseil sur twitter, ce qui frôle l’exercice illégal de la médecine. Ce n’est plus, ou pas seulement, une politique sanitaire que propose le gouvernement, mais comme dans ’affaire afghane, un marche-pied aux thèses du Rassemblement national. Le « en même temps » se rétrécit : Macron devient en même temps à droite et très à droite.

Et le réchauffement climatique ? Bof, en France, pas de souci, comme dit mon oncle. Des incendies seulement dans le Var, la routine, on a vu pire. Des récoltes mises à mal ? On voit ça tous les jours. On fait quoi, alors ? On attend, mon gars, on attend.


Commentaires

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jeudi 26 août 2021 à 13h35 - par  Davina Harris

Effectivement, on est là dans un monde d’extrême tourmente. Je ne sais pas si nous allons nous en sortir un jour, mais on dirait vraiment qu’on est maudit. Sinon, j’avoue que vos lignes recèlent des paroles très sages.

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