Le Meilleur des iMondes

dimanche 12 septembre 2021
par  Jacques-Robert Simon
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3. Le virus qui tue

Donald Bokanovsky traversa la petite place qui servait traditionnellement aux quelques protestataires qui n’avaient pas encore été neutralisés, juste pour pouvoir alimenter les informations des chaînes d’information en continu, juste pour que les touristes puissent faire des photos. « Nous ne laisserons pas les jean foutre ruiner notre pays, spolier nos enfants, salir la terre de nos ancêtres ! Réveillez vous ! Ne laissez pas les malfaisants nous enfoncer dans la boue. Nous lutterons pour sauver nos forêts, nos bosquets, nos arbres, notre climat, la pureté de l’air, des sols, de la mer, de l’eau douce, calme, affectueuse, rêche, caustique, décapante ! » Donald scruta les quelques dizaines de manifestants, aucun n’était belliqueux, il n’était pas nécessaire de commander l’épandage de dopamine par les fontaines Wallace récemment installées par la municipalité à cet emplacement. Les méthodes chimiques avaient encore du bon et étaient encore quelquefois utilisées ne serait-ce que pour ne pas perdre le savoir-faire. Pourtant un problème écologique se posait vraiment, ils n’avaient pas complètement tort. Le problème de surpopulation était important surtout en Afrique d’autant que le coït était le seul loisir pas trop dispendieux qui leur était encore autorisé et que la promotion de l’homosexualité n’avait atteint que très partiellement ses objectifs. Alors on truande ! 9 milliards, 10 milliards de terriens, c’était impossible à gérer si chacun voulait son petit pavillon de banlieue, son petit resto de temps en temps au ‘Petit Futé’ voire au ‘Michelin’, son petit 4x4 urbain, ses petites vacances à Grandville, sa petite croisière sur un grand paquebot… pour les plus modestes. Il fallait trouver une solution, la solution.

Le deal que les pays nantis proposèrent, fut, dans un premier temps : vous vous intégrez, vous vous assimilez, vous devenez comme nous et vous arrêtez de faire des chiards à longueur d’année, 1,8 c’est bien comme indice de fécondité, si vous frôlez le 2 enfants par femme on vasectomise les uns, on ligature les trompes des autres et Basta ! Non, je plaisante ! C’est vrai qu’on l’a fait mais on ne disait rien à personne : faut pas choquer, faut pas émouvoir, on a les Droits de l’Homme à respecter nous, c’est pas comme les bolcheviques, même si plus aucune trace de communistes ne pouvait plus être trouvé. On avait conservé le mot pour faire peur aux rombières. Eh bien ça n’a pas marché. Les peuples ont un mal fou à raisonner sur le long terme surtout lorsqu’on leur dit d’être raisonnable aujourd’hui pour se priver davantage demain. Une grande proportion de rebelles préférait s’adonner aux joies de la chair plutôt que de regarder la télévision, le télécran, leur Smartphone, la réalité virtuelle. D’où une pelletée de chiards à ne plus savoir qu’en foutre… Calme-toi, Donald, tu t’énerves, tu deviens grossier.

Colin Gowell c’est un faux doux. Il vous sourit, il est aimable, mais il vous nique grave dès que vous avez le dos tourné. Il a été sélectionné pour sa couleur, pour qu’on ne se méfie pas, vu ce que ses frelots en ont chié un max à cause des pinsons. Je les appelle les pinsons parce que ‘blancs’ ça donne un arrière goût de Louisiane, c’est ringard. Colin c’est lui qui avait le plus d’idées parmi les Big chiefs. Ce matin là il était gai comme un pinson justement, c’était pas vraiment bon signe, la dernière fois qu’on l’avait vu comme ça il avait voulu bombarder l’Ouzbékistan. Heureusement les militaires n’avaient pas réussi à trouver le pays pour programmer les missiles, faut dire qu’elles n’étaient pas toutes jeunes les cartes. Finalement, rien ne se fit, Ouzbékistan avait accepté d’installer des ‘McDonalds’ dans le cadre d’une concurrence libre et non faussée attestée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Un autre matin où il n’était pas beurré, ce qui arrivait quand même très souvent, il nous montra une petite fiole, contenant quelques centimètres cube d’un liquide jaunâtre, et il nous dit : « Je vais montrer ça à l’ONU, ça va être une bombe, ils veulent nous exterminer ces salauds ». Un sous-lieutenant des services de renseignement lui dit qu’il devrait retirer l’étiquette Woolmart qui était collée au dessous pour faire sérieux. « Pas grave ! » rétorqua-t-il. « C’est juste pour la télé, y verront rien ! » Et il nous expliqua que les CCM avaient à disposition une arme de destruction massive. « Que sont les CCM » lui demanda-t-on ? « Communistes, Chinois, Musulmans » nous dit-il ! On lui fit observer que les chinois n’étaient pas majoritairement musulmans et qu’au contraire les dirigeants chinois faisaient tout pour les contenir, les rééduquer, les intégrer, les assimiler, les faire disparaître. Colin fut quelque peu désappointé mais rétorqua que lui cherchait des solutions globales et que les détails pouvaient être réglés par les services techniques. « Donc, on dit que les CCM ont des armes de destruction massive et on les extermine préventivement, pour leur bien, pour qu’ils ne tournent pas mal. » À titre d’exemple, il fit bombarder l’Irak pour montrer comment on traite les barbares. Tout le monde s’esclaffa : la civilisation sumérienne date du IIIe millénaire av. J. C., ils ont découvert la fabrication du cuivre, la roue, le système de numération sexagesimal (base 60), l’écriture cunéiforme, ils ont fabriqué des armes (lances, épées…). Il nous répondit : « Peut-être ! Mais depuis ils patinent un peu. »

Déçu, marri de voir ses efforts mal compris par ses collègues, il ne continua pas les bombardements. Bien sûr faire quelques centaines de milliers de morts ne fut pas complétement négatif à ses yeux, mais Colin se rendait bien compte que l’on était loin de la solution finale.

Donald Bokanovsky tout à ses pensées continua d’errer à travers les rues de Paris qu’il connaissait si bien. Sur le Pont Neuf, il se surprit à se parler à lui-même : « J’aurais pas dû lui raconter autant de conneries à Bill Portes, il m’a cru, il a eu l’air de me croire, mais des virus sensibles aux ultrasons je n’en ai pas, je sais à peine ce que sont les ultra-sons… je suis dans la mouise. » Colin a raison, nos ennemis ce sont les CCM, ce n’est pas gagné car enflés par leurs forces de l’esprit, ni les communistes, ni les chinois, ni les musulmans ne sont faciles à atteindre. Il passa quelques instants plus tard devant le Collège de France et se rappela qu’il avait suivi une conférence concernant les virus du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) ; un type de l’Institut Pasteur croyait-il se souvenir. Il avait été sidéré. D’après ce qu’il avait compris, les virus ne sont pas des choses vraiment vivantes, c’est juste un bout d’ADN ou d’ARN avec quelques protéines. Les virus ne peuvent pas utiliser une quelconque énergie, ils ne peuvent pas se multiplier. Ils s’attachent à une cellule et ils entrent dans celle-ci pour libérer leur matériel génétique à l’intérieur. Les protéines virales nécessaires à la réplication du virus sont alors synthétisées. Ce n’était pas très loin, il se dirigea vers l’Institut Pasteur. « Professeur Simon Bouvard, s’il vous plaît ». Simon était un type sympa pour un Professeur d’épidémiologie, toujours plus ou moins rigolard, il me regarda pensif lorsque je lui parlai de mes (futurs) virus activables par des ultra-sons. « T’es sérieux ? Tu te fous de moi ? » Il m’expliqua alors que l’utilisation guerrière des virus ou des bacilles existait depuis presque toujours, la distribution de couvertures imprégnées de miasmes mortels lors de la conquête de l’Amérique du nord fait maintenant partie des ‘classiques’ en épidémiologie. Il m’expliqua encore que je négligeais par trop les aspects psychologiques d’une campagne d’extermination : il n’est pas suffisant de gagner, il faut apparaître comme étant le justicier, le bon, pas la brute, pas le truand. Le massacre des indiens sans les westerns d’Hollywood ne serait pas passé auprès des foules.

« Que devrais-je faire alors ? » La grippe se répand en automne ou en hiver. Il te faut un animal ‘réservoir’ infecté par le virus de ton choix et qui va prospérer et muter au sein de son hôte, il se propagera ensuite au sein de la population animale. Une mutation naturelle peut permettre sa transmission à l’Homme, mais on peut faire en sorte de rendre le virus actif par des moyens chimiques. Dans un premier temps, tu ne fais apparaître qu’un virus relativement bénin pour l’espèce humaine : un taux de mortalité de 0,5 à 1% chez les sujets fragiles, suffit largement. Mais, dans le même temps, tu soulignes l’incurie des autorités sanitaires chinoises pour éviter la propagation de la maladie : les animaux réservoirs ne sont pas abattus avec suffisamment de promptitude, l’isolement des malades est défaillant, la distribution de masques respiratoires insuffisante. C’est ce que la presse de l’OCDE doit affirmer, que ce soit vrai ou faux, la guerre, c’est la guerre. Ensuite on attend un peu, puis rebelote, nouvelle épidémie, cette fois les précautions sont maximales les chinois ayant été échaudés la fois précédente. Lorsqu’une ville d’une dizaine de millions d’habitants est complétement isolée, on lâche le troisième virus, le virus tueur, un taux de mortalité digne de Ebola, 70%... L’OMS est appelée à la rescousse, les pays occidentaux envoient des secours d’urgence, le Président américain affirme que malgré les différences d’appréciations politiques entre la Chine et les Etats-Unis, tout sera fait pour sauver des vies. Et vous attendez que les millions de morts s’entassent en entamant des discussions sur les échanges commerciaux et les Droits de l’Homme. Alors… « Les chinois l’ont dans le cul, je te dis… dans le cul, les autres aussi… je te dis… on les baise… on les nique ! » « J’ai compris Simon, arrête de baver sur mon cartable, je sais ce que je dois faire. » (à suivre)

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