Mosaïque des voix lusophones : LE MAGNIFIQUE FINAL DE KATIA GUERREIRO

lundi 14 février 2022
par  Jean-Luc Gonneau
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Ce 13 février, le somptueux Théâtre du Châtelet accueillait une Mosaïque des voix lusophones qui lance l’ouverture de l’année culturelle France-Portugal, qui, tant en France qu’au Portugal, multipliera des manifestations, culturelles bien sûr, au fil des mois. Qui dit ouverture d’un évènement officiel dit avalanche de discours officiels et les probables lieux communs qu’ils véhiculent. Et là, on avait mis le paquet, les deux ministres de la culture. Je ne puis en juger, un heureux concours de circonstances m’ayant permis de les éviter : un entretien accordé par Katia Guerreiro, qui devait clore la manifestation à la même heure que les discours, le seul, semble-t-il, accordé à la presse. Mille grâces lui soient rendues.

Nous savions, avant l’entretien, le contexte très particulier de ce moment de la vie de Katia, qui apprit à son arrivée à Paris, la veille du concert, le décès de sa grand’mère à laquelle elle est très attachée. On nous conseilla, judicieusement, de ne pas l’évoquer : « elle en parlera si elle veut ». Et elle n’en parla pas, mais je sentis à son arrivée, toute de noir vêtue, et toujours accueillante mais un regard plus intranquille que lors de nos précédents entretiens. Nous évoquâmes cette période si pénible pour les artistes due à la pandémie. « Ce fut un long moment pénible, et je pense surtout, pour en rester au monde du fado, aux musiciens, aux chanteuses et chanteurs qui travaillent dans les maisons de fado brutalement privés de revenus… Je me suis concentrée sur ma famille et mes proches, et repris mes activités médicales auprès d’eux ou de voisins qui en avaient besoin. Je n’avais pas l’esprit ou l’énergie pour envisager un nouvel album. Ce moment, je l’espère, est maintenant passé, et nous avons commencé à préparer un nouvel album qui, si tout va bien, pourrait sortir d’ici la fin de l’année, une occasion peut-être de revenir à Paris, qui est une ville très importante pour moi ». Un thème pour cet album, ou une collaboration du genre de celle avec le regretté José Mario Branco ? ‘Un thème je ne sais pas encore, mais je ne veux pas, après cette pandémie, faire un album triste, et une collaboration avec une personnalité de la musique, probablement. Et ce sera une grande surprise, et je ne te le dirai pas, sinon, où serait la surprise ?

Nous parlâmes du centenaire de la naissance d’Amalia Rodrigues et de cette commémoration par des cd de Mariza ou de Misia. Pourquoi pas Katia ? ‘Je trouve que cette commémoration n’a pas eu l’importance qu’elle aurait dû avoir. Peut-être à cause de la pandémie. J’aurais rêvé par exemple de marches populaires dans les rues de Lisbonne. Et moi, pourquoi un cd alors que j’ai toujours chanté Amalia dans tous mes concerts et tous mes cd ?’ Et à propos de la « mode » brésilienne du fado ? « J’ai l’impression que la motivation première est de conquérir le marché brésilien. Amalia a pu le faire en son temps, mais je pense que l’univers brésilien est très différent de celui du Portugal. Pas le même sens de la fête, pas la même mémoire historique, et même la prégnance d’une méfiance vis-à-vis de l’ancien colonisateur ». Et Zambujo ? ‘C’est un cas à part, il est capable de chanter comme un brésilien comme il veut ! Quant à moi, j’ai de très beaux souvenirs des rencontres que m’avaient proposé Maria Bethânia, Martinho da Vila, qui adore le fado, et Alcione ». Et le concert de ce soir ? ‘Je dois chanter 45 minutes, moins que dans un concert ordinaire, et vais donc me concentrer sur les marqueurs essentiels du fado. Et puis essayer de sentir le public. Il y a au programme des artistes de différents styles musicaux, pas seulement du fado »

Le concert, justement. Si nous avons manqué, Katia oblige, le groupe de chanteuses a capella Sopa de Pedra, nous avons pu découvrir João Berhan, aux textes incisifs et ironiques, le

brésilien installé à Lisbonne Luca Argel, qui proposa un échantillon de samba-rock, MPB, bossa et samba traditionnelle intéressant et le Guinée (Bissau), impavide mais non sans humour, facteur de ses instruments et maître dans l’importance du temps long dans la création musicale. Et puis Katia, avec les mêmes musiciens que lors de son précédent concert parisien voici trois ans (Pedro de Castro, guitarra, André Ramos, viola, Francisco Gaspar, viola baixa, que des cadors). Début superbe avec fado Pierrot versiculo du maître Marceneiro sur un joli texte écrit par Katia avec des alternances de tempo du meilleur effet, Suivront, entre autres, des références à Amalia (Rosa vermelha, Amor de mel, amor de fel…), à son dernier cd (Tristeza velha, Asas, sur le fado Georginho), à Lisbonne (le Lisboa de Charles Aznavour, chanté dans un français parfait), et Lisboa antiga (créé en 1937 par Herminia Silva et popularisé plus tard par Amalia). 45 minutes seulement mais fiévreuses, intenses, magiques.

Avant son dernier fado, Katia Guerreiro s’exprima à propos de son deuil. Elle choisit, dit-elle, de rester à Paris pour le concert parce que chanter, est un moment de partage entre ce que donne l’artiste et ce qu’il reçoit du public, et que dans les moments difficiles, le partage est important. Après trois années d’absence Katia Guerreiro nous manquait. Ce n’est pas la seule, maudite pandémie, qui nous manquait. Mais pour moi, elle me manquait particulièrement, sans que je ne sache pourquoi. Je pense le savoir maintenant : Katia Guerreiro n’est pas seulement une grande artiste, mais aussi, comme on dit, une belle personne.

Paru également dans lusojornal.fr


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