Ne pas laisser nos ainés dans la main invisible du marché

lundi 14 février 2022
par  Patrick Le Hyaric
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Quand un système économique utilise le vieillissement de la population comme source de rentabilité financière, la société atteint un insupportable niveau d’anti-humanisme. Plus, depuis la fin du monopole des pompes funèbres, se développe un business de la mort. C’est ce que révèle le livre de Faouzi Bensebaa et Fabien Eymas publié cette semaine, Le business de la mort - les acteurs du trépas en France. Un nouveau cap écoeurant est franchi. Il montre à quel point le capitalisme fait ventre de tout. De la naissance à la mort, la vie de chaque être humain n’est qu’une « valeur d’échange » pour ces rapaces assoiffés d’accumulation du capital.

Ainsi, le capitalisme veut réduire la vie humaine, la nature à l’état de ressources à exploiter toujours plus : l’alimentation, la santé, le sport, la culture, le travail, l’eau, les transports, l’éducation, les villes et les campagnes ne sont plus des biens communs, mais des sources de profits exploitées par quelques firmes privées au détriment de l’intérêt général et de l’immense majorité.

Profits et pandémie

Même la pandémie leur permet d’augmenter leurs profits. Ainsi, le rapport d’Oxfam confirme que les dix personnes les plus riches du monde ont doublé leur fortune durant la pandémie tandis que 160 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté. Et, on n’en parle si peu, en deux années, dix-sept millions de personnes sont mortes dans le monde, victimes de ce virus incontrôlable.

Un tel bilan dévastateur était inconnu depuis la Seconde Guerre mondiale. Pendant ce temps, les ultras riches grossissaient encore et encore. Ces dernières années, le 1% des plus fortunés a accumulé vingt fois plus de richesses que n’en possède en tout, la moitié des plus pauvres de l’humanité. C’est inimaginable pour le commun des mortels. Quand une famille modeste, à la campagne comme à la ville, tire la langue pour finir le mois, les dix personnes les plus riches au monde dépensent chacune l’équivalent d’un million de dollars par jour. Elles ont accumulé tellement, qu’à ce rythme journalier, il leur faudrait 414 années de vie pour dépenser toute leur fortune.

Cela rend encore plus insupportable la bassesse vers laquelle est entraînée la campagne électorale actuelle. Pendant que l’extrême-droite appelle à faire la chasse à son prochain, les droites multiplient les propositions pour que ces riches deviennent toujours plus riches. Il ne faut plus laisser faire. Il est absolument indispensable que les progressistes et les humanistes sortent des pièges tendus en permanence pour détourner le débat public. Un jour, c’est la farce de la primaire populaire, le lendemain les campagnes de dénigrement sur l’état de « la gauche », le surlendemain les opérations de récupérations d’une réunion de policiers…Ces derniers sont aussi victimes des hausses des prix, du blocage des salaires des fonctionnaires, des compressions d’effectifs dans les services publics. Les droites et les médias à leur service ne leur parlent que pour installer un climat de guerre dans le pays.

Pendant ce temps-là, les profits des entreprises cotées en bourse sont astronomiques. Google, qui ne fait que piller ce que d’autres ont produit, engrange 76 milliards de profits. Le groupe Pfizer, qui fournit la majorité des vaccins contre le Covid-19 est à l’avant-garde des conglomérats qui agissent contre la levée des brevets.

Cela se comprend aisément. Ce groupe vend aux autorités publiques 17,20 € aux États-Unis et 19,50 € en Europe, le vaccin qui lui coûte 1€ à la production. Quant à Moderna, selon le Financial Times, elle vend son vaccin 22,60 €. Pour ces groupes, la pandémie c’est le jackpot ! Et, ils passent deux fois à la caisse. Une première fois en bénéficiant des crédits publics de soutien à production, de découvertes de chercheurs du public, et une seconde fois, grâce aux commandes publiques de leur production. En somme, quand vous êtes malade du Covid, vous améliorez la santé des actionnaires de Pfizer, de Moderna et compagnie. Le capitalisme a fait de la santé publique mondiale, une marchandise.

Vieillissement contre 150 milliards pour la finance

C’est la même logique avide et vénale qui produit le scandale ORPEA, des EHPAD et des maisons de retraites. Là encore, les pouvoirs successifs ont organisé la mainmise des groupes privés sur le grand âge et la dépendance. Faites l’expérience. Recherchez sur Internet des renseignements sur les maisons de retraite… Les premières informations qui s’afficheront sur vos écrans sont des publicités pour vous inciter à investir votre argent dans ces groupes privés qui gèrent des Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD). On ne vous parlera pas de conditions d’accueil, de qualité des soins, mais de placements « dans une résidence sénior pour un rendement financier de 5,4 % net d’impôt ».

Le message est clair : « investir sur la vieillesse » peut rapporter gros. Au point d’être aujourd’hui parmi les investissements en bourse les plus juteux. La fameuse « silver-économie » vise, selon le jargon des investisseurs, « à faire de la vieillesse un levier économique ». Autrement dit, le progrès de société que constitue l’allongement de la durée de la vie devient un moyen de grossir le portefeuille des financiers. Le vieillissement des personnes, après leur vie de travail, est devenu un marché financier évalué aux alentours de 150 milliards d’euros.

C’est ce magot qui aiguise l’appétit des puissances d’argent qui ont créé des groupes pour s’enrichir sur le dos des familles, des résidents et des personnels. Ainsi les actionnaires, du désormais tristement célèbre groupe ORPEA, sont logés dans un grand fonds canadien, le Canada Pension Plan (CPPIB), qui après avoir ramassé le butin, s’empresse de le cacher dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt et donc au financement des biens communs. Par ailleurs, ce même fond gère le régime de retraite privé de 20 millions de Canadiens. On comprend ici, l’empressement des droites et de la droite macroniste à privatiser retraites et sécurité sociale. Le fondateur de CPPIB est devenu ainsi un milliardaire classé parmi les plus grandes fortunes de France selon le magazine Challenges.

Averti, le directeur général de ce groupe, qui décidait des réductions de la qualité des repas et des soins, a vendu une bonne part de ses actions, après avoir reçu le questionnaire de Victor Castanet, l’auteur des Fossoyeurs. Voyant le scandale arriver, il a vendu, les 27 et 28 juillet derniers, 7 500 titres ORPEA à 107,80 €. Ainsi, Il a engrangé en deux jours un pactole de 800 000 €. Depuis les révélations concernant son groupe, le cours de l’action depuis a perdu 65% de sa valeur. De leur côté, d’autres actionnaires comme Sycomore Asset Management ou la Banque Postale ont vendu leurs titres Orpéa il y a quelques jours. Une filiale de Natexis est en train de faire de même. Le groupe Peugeot, également actionnaire, s’interroge encore. Ainsi va la vie au royaume du capitalisme le plus sauvage. De son côté le groupe Korian, l’autre géant exploiteur de « l’or gris », a pour actionnaire le Crédit Agricole, la BNP ou la banque américaine JP Morgan.

Il y a des responsables. Leurs adresses ? les ministères

Mais si, après les révélations de nombreuses enquêtes journalistiques et la parution du livre Les Fossoyeurs, on se satisfaisait du changement de direction à la tête du groupe ORPEA et de sa convocation par le gouvernement, on se condamnerait à la poursuite d’un système impulsé et adoubé par des pouvoirs successifs au nom sans doute de « la liberté d’entreprendre » qui n’est que le cache-sexe de la liberté de tout exploiter.

Un certain nombre de dirigeants politiques et de membres du gouvernement peuvent bien s’offusquer. Ils sont responsables de ce système. Il porte un nom : capitalisme. Ne pas le désigner, ne pas en démonter les rouages conduits au fatalisme, à l’écrasement des idées de transformation progressiste et communiste. Le pouvoir et la droite font de la politique quand ils disent maintenant diligenter des enquêtes via les Agences Régionales de santé. Mais de quoi parlent-ils exactement quand les ARS ont pour mission de s’assurer de « l’amélioration des performances » et entretiennent avec les EHPAD « un dialogue de gestion ». Où est l’humain ? Où est la vie ? Où sont l’affectif et le simple respect là-dedans ? Nulle part. Il est donc indispensable de porter le fer dans la plaie pour porter une autre cohérence, un autre projet, une autre société.

Cette situation est le résultat de décisions politiques des pouvoirs successifs qui ont accordé des autorisations d’exercer à ces groupes, délivrées par les agences de santé, avec les soutiens complices de ministres et d’anciens ministres devenus « conseillers économiques ». En restreignant l’offre de lits, en délaissant les structures publiques, alors que la demande explose, l’État favorise l’augmentation permanente du prix d’entrée dans un EHPAD. Ces groupes privés se gavent à la source des aides publiques distribuées sans contrôle pour les missions de soins. Ainsi, ces établissements font payer à chaque pensionnaire, une fortune et touchent en sus des aides de l’État, des départements et des régions. Alors que le secteur public doit se financer auprès des banques, le secteur privé vend par avance ses chambres à des prix avoisinant 200 000 € à des particuliers ou des financiers qui bénéficient d’une réduction d’impôt grâce à un dispositif inventé sous la présidence de Mr Sarkosy. Ajoutons que ces structures privées bénéficient d’une réduction de cotisations sociales sur les salaires jusqu’à 1,4 smic ce qui constitue une distorsion de concurrence organisée contre le secteur public. Ajoutons les opérations où une même structure est revendue à des sociétés civiles immobilières propriétés du même groupe, pour améliorer la rentabilité favorable à la rémunération des actionnaires-propriétaires. Ce ne sont que de purs spéculateurs sans autres considérations, ni état d’âme.

« L’économie de la vieillesse » n’a donc rien d’une activité humaniste pour permettre aux plus âgés de vivre bien leurs vieux jours grâce à des services et des soins. Elle s’insère dans ce système capitaliste, dans son stade de développement actuel, qui pousse au paroxysme la marchandisation de toutes les activités dont la santé et le grand âge, doublée de la financiarisation de l’économie. Le changement de direction du groupe français montre que le rapport de force évolue à la suite de ces révélations. Mais c’est le système qu’il faut changer.

Un service public national de l’aide à l’autonomie.

Les 2,5 millions de personnes qui vont dépasser les 75 ans prochainement ne doivent pas être considérées comme « des parts de marché » exploitables à merci par les fonds financiers et les banques. Ces personnes âgées et leur famille doivent pouvoir s’appuyer sur un service public national décentralisé de l’aide à l’autonomie. La grande vieillesse comme la santé, doivent échapper à la violente loi de l’accumulation du capital privé.

Cela appelle un nouveau projet humaniste avec la construction de maisons de retraite publiques ou associatives disposant de moyens public suffisants ; la création des centaines de milliers d’emplois qualifié dans les EHPAD pour tendre vers un soignant par résident, une centaine de milliers d’aides à domicile et un statut pour les « proches-aidants » ; la construction de nouvelles structures publiques en lien avec les collectivités territoriales et la mise sous tutelle des EHPAD privés. Pour y parvenir, la Sécurité sociale doit être élargie et renforcée, afin qu’elle puisse prendre en charge les personnes qui en ont besoin, d’une loi grand âge maintes fois promise. C’est une autre cohérence de société qu’il est nécessaire d’engager. Non plus soutenir les rapaces, comme ORPEA, mais favoriser en toute chose l’intérêt général humain.


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