Blanquer : un ministre symbolique

vendredi 18 février 2022
par  Yann Fiévet
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A trois mois du scrutin présidentiel, le plus fidèle lieutenant de Jupiter s’est lamentablement pris les pieds dans le tapis. Cela s’est passé à Ibiza la veille de la rentrée des classes. On reconnait d’emblée ici Jean-Michel Blanquer soi-même, ministre de l’Education dite Nationale, dont la bonne étoile semblait pâlir de jour en jour depuis un bon moment. En faisant connaître depuis les Baléares aux très nombreux professeurs de France, le dernier jour des vacances de Noël, dans les colonnes d’un journal privé, un nouveau protocole sanitaire devant prendre effet dès le lendemain dans tous les établissements scolaires, le ministre que l’on continue de croire intangible a commis un inquiétant faux pas. Comme à son habitude il ne semble pas en avoir été troublé. Il s’est borné à dire qu’il comprenait que le choix d’Ibiza avait une symbolique forte dans les circonstances actuelles. Le trouble est ailleurs. Et, c’est peu dire qu’il est de taille. Auprès de la « communauté enseignante » d’abord, des parents d’élèves ensuite, de tous ceux pour qui l’Ecole est essentielle à l’avenir du pays enfin. Le problème dépasse donc de très loin la personne du ministre susnommé. De fait, ce dernier ne croit pas si bien dire : il est indubitablement symbolique du macronisme qui s’échine à détruire à petit feu le « bien commun » depuis cinq ans.

Il restera dans la mémoire collective que Jean-Michel Blanquer aura été le ministre de l’Education Nationale à la plus longue longévité de toute l’histoire de la cinquième République. Il aura tenu tout le long du quinquennat d’Emmanuel Macron malgré toutes ses approximations, son incapacité criante à réformer efficacement l’Ecole, la détestation grandissante qu’il a suscité au sein de l’institution scolaire. Disons-le tout net : ce ministre fut incompétent. Encore faut-il dire en quoi il le fut. Le florilège serait trop long à dresser, nous nous arrêterons donc aux traits les plus saillants du fiasco. L’incompétence du ministre est de trois ordres : d’abord du côté des réformes mises en oeuvre, notamment au lycée ; ensuite du côté du mépris affiché à l’encontre des enseignants ; enfin du côté de l’incapacité – ou du manque de volonté à prendre sérieusement en compte les enjeux de l’éducation d’aujourd’hui. Sur tous ces aspects on retrouve la similitude avec la manière de gouverner du Président de la République. Citons-en pêle-mêle quelques exemples. La réforme du baccalauréat et l’éclatement des filières y conduisant auxquelles il a été substitué un fatras d’options et de spécialités ont plongé les élèves dans une situation de stress permanent fort peu propice à l’étude. L’usine à gaz nommée Parcoursup, dont toutes celles et ceux qui l’ont pratiqué ont compris que c’est un outil de consolidation des injustices sociales et scolaires, aggrave dramatiquement l’angoisse des élèves au moment de choisir leur décisive orientation post-bac en raison de la durée excessive de la procédure, de l’opacité des algorithmes mis en place dans les diverses voies de formation, de la compétition généralisée entre élèves. La réforme de l’enseignement professionnel est elle-même catastrophique, réduisant notamment les heures de Français et Histoire/ Géographie à 2,5 heures par semaine en Terminale. Par ailleurs, le ministre a fort peu agi pour changer la question de l’intégration des élèves en situation de handicap, Abandonnant les enseignants et les accompagnants, ainsi que les familles et leurs enfants à des comptes d’apothicaires par lesquels on répartit les aides à la demi-heure près. Voilà pour le « cœur de métier du ministre. C’est peu glorieux.

Il convient d’ajouter à ce bilan désastreux le mépris affiché par le ministre tout au long de « sa mission ». Il a incontestablement sous-estimé l’épuisement des personnels avant même la crise sanitaire, en particulier lors du suicide de la directrice d’école Christine Renon. Il a ouvertement accusé les grévistes qui l’alertaient sur leurs conditions de travail, « d’instrumentaliser » le suicide professionnel de cette directrice d’école. Il a soutenu une réforme des retraites qui réduisait les pensions des enseignants et envisageait de les faire travailler au-delà de 65 ans. Il a soutenu une politique de répression violente contre les lycéens qui défendaient le baccalauréat. Il a expliqué que des enfants souffraient des violences intrafamiliales et du choc psychologique durant les confinements et cependant leur a fait reprendre le chemin de l’école sans soutien psychologique, sans cellule de crise et surtout sans renforcement des services sociaux ou de santé scolaire. Il a maintes fois affirmé que l’école était le lieu le plus sûr, sans jamais relancer un service de médecine du travail digne de ce nom ni améliorer le service de santé scolaire. Il a jeté l’opprobre sur « les salles de profs gangrénées par les islamo-gauchistes » au moment où les enseignants commémoraient la mort de Samuel Paty. Il a sous-entendu que les enseignants étaient une profession absentéiste, alors qu’ils s’efforcent jour après jour de maintenir debout un service d’éducation en grande difficulté. Il a jeté le discrédit sur les organisations syndicales qui l’alertaient, tout en finançant dans le même temps, aux frais de son ministère, le syndicat lycéen « maison » qu’il avait lui-même suscité afin de renforcer la promotion de ses réformes fort critiquées. De mémoire de professeur, on n’avait jamais vécu autant de mépris émanant d’un seul « patron » de l’Ecole !

Ne nous trompons pas cependant de diagnostic. En filigrane des approximations, des maladresses et du mépris affiché par ce calamiteux ministre on décèle clairement une vision néolibérale de l’intégration de l’Ecole dans l’économie dominante faite de compétition exacerbée entre les individus. Une Ecole élitiste se met en place dans laquelle les élèves des milieux sociaux favorisés sont à leur aise quand les autres, tous les autres, ne disposent pas ou fort mal des clés de compréhension nécessaires pour évoluer sereinement vers leur avenir. Les réformes souhaitées par Emmanuel Macron pour l’enseignement supérieur ne font que confirmer ce diagnostic. Du même coup, l’on comprend pourquoi Jupiter n’a jamais envisagé, au-delà de quelques recadrages de pure forme, de remplacer son plus fidèle lieutenant.


Commentaires

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lundi 21 février 2022 à 13h37 - par  Niya

votre site est tout simplement beau et superbe. Bravo à toi et continue.

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samedi 19 février 2022 à 15h18 - par  JM Luneau

Commentaire de mon commentaire :
En relisant mon commentaire je me fais la remarque qu’il semble complètement ubuesque et anti démocratique (et anti un bon paquet de choses) que le président du conseil scientifique de l’éducation nationale, soit le scientifique dont on va suivre quasi à la lettre les recommandations. Cela montre qu’on croit aujourd’hui à une sorte d’infaillibilité papale du "scientifique" ! Ce que sait le scientifique serait une connaissance absolue, incontestable, non amendable (donc anti scientifique !).
Pour tout résoudre, il suffit de lui donner les pleins pouvoirs et d’entendre sa messe.
Était déjà en germe tout le scandale Covid, où les labos producteurs des produits à injecter étaient les seuls habilités à en mesurer l’efficacité.

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samedi 19 février 2022 à 15h06 - par  JM Luneau

Un des plus terribles méfaits de Monsieur Blanquer, qui vise à la suppression de la liberté pédagogique, a été de quasiment imposer une unique méthode de lecture dans les petites classes de CP et de CE1, soi-disant basée sur les connaissances scientifiques des neurosciences de Monsieur Deheane, (Ce neuroscientifique de 52 ans, expert des bases cérébrales des opérations les plus pointues du cerveau humain, a un credo : « enseigner est une science ». Un principe qui animera aussi le Conseil scientifique de l’éducation nationale, dont Stanislas Dehaene a été nommé président et qui sera présenté mercredi 10 janvier par le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer. - Le Monde -) à peu près aussi incontestables appliquées à la lecture que la scientificité de Monsieur Delfraissy appliquée à la Covid.

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