Macron, vous voteriez pour ça, vous ?

mercredi 6 avril 2022
par  Jean-Luc Gonneau
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On est bien d’accord ? Ici, c’est la Gauche Cactus. Bien entendu, notre rédac’chef, le discret mais influent João Silveirinho, est le garant implacable de notre impartialité devenue légendaire. Cela rappelé, la Gauche Cactus est à gauche. Dans les campagnes électorales, ça veut dire : pas une voix pour la droite. Donc, pas une voix pour Pécresse, Dupont Aignan et encore moins pour Le Pen ou Zemmour. Bon, quatre de moins. Et Macron ? Comme il y a cinq ans il nous refait le même cirque du « en même temps » à gauche et à droite, qui avait abusé en 2017 des naïfs de bonne foi qui votaient sans se poser trop de questions PS, voire EELV, aiguillonnés par des barons du PS, issus notamment des anciens « transcourants », amis de François Hollande, tel Le Drian, de cohortes d’amis de Strauss Kahn, qui s’y voyaient déjà avant que les galipettes de leur idole modèrent un temps leurs ambitions, tous en quête de postes ministres, parlementaires ou dans les cabinets ministériels. Prévoyant, Macron avait gardé au chaud quelques autres notables socialistes tels le maire de Dijon, François Rebsamen, ou quelques retraités désireux peut-être de sortir de l’oubli (Delanoé, Touraine, Guigou…) pour illustrer sa manip’ en annonçant de nouvelles « prises de gauche », en réalité prises depuis longtemps. Il est possible, encore que nous ayons plus que des doutes sur beaucoup d’entre eux, que certains de ces alliés aient pu être à un moment de leur vie, engagés à gauche. Ils ont le droit de changer d’avis. On constate souvent que l’enthousiasme de la jeunesse porte vers la gauche, et que les aléas de la vie peuvent changer les choses. Ainsi en fut-il pour plusieurs leaders enflammés de mai 68. Soit, mais se proclamer « aile gauche du macronisme », c’est prendre les gens pour des imbéciles. Car il n’y a pas de « macronisme de gauche », et Macron n’est pas de gauche, pas en « en même temps » car pas du tout. Les ralliés de la gauche à Macron sont passés à droite ; ce n’est pas un crime, c’est un fait ?

Il l’a démontré tout au long du mandat qui s’achève. Et dès son entrée en campagne, l’enfumage s’est poursuivi. D’un côté les discours lyriques sur la générosité, la solidarité, la compassion. De l’autre, les axes principaux des actions qu’il se propose de conduire lors du mandat à venir. Première priorité : la réforme des retraites, qu’il avait dû mettre en veilleuse face aux mouvements sociaux et à l’arrivée des urgences pandémiques. La retraite à 65 ans, annonce Macron, car, argument usé jusqu’à la corde, la durée de vie s’allonge. C’est oublier que la retraite est un droit (on dit d’ailleurs, dans la fonction publique, qu’on « fait valoir ses droits à la retraite »). Augmenter l’âge de la retraite, c’est rogner sur ce droit. A gauche, Macron ? C’est oublier que parvenu à la cinquantaine, un salarié qui se retrouve sur le carreau aura souvent les plus grandes difficultés pour retrouver un job, qu’il lui faudra traverser un bon paquet de rues avant, peut-être, d’y parvenir. Mais traverser des rues, hein, ça ne devrait pas effrayer un « marcheur ». Réduire la fiscalité sur la transmission des héritages, claironne Macron. En voilà une idée qu’elle est bonne, une baisse d’impôt, ça plait toujours. Et surtout aux grosses fortunes, qui supportent mal, les pauvrettes, d’être écornées par cet impôt-là. A gauche toute, Macron ? Dans la même veine, suppression de la redevance télé : chic ! encore un impôt de moins. L’Etat compensera ? Il ne le fait jamais en totalité, demandez aux collectivités territoriales, et, le ferait-il, cela créerait un nouvel impôt. Il s’agit en fait d’une lourde menace sur le maintien d’un service public télévisuel, dernier îlot de (relative) indépendance dans un paysage déjà largement dominé par quelques milliardaires (Bouygues, Drahi, le zemmourien Bolloré…). Macron, président des riches ? Meuh non, pas du tout, pas du tout.

Macron ose tout. Au sujet du récent scandale des Ehpad, il s’écrit, singeant Poutou « Nos vies valent plus que leurs profits ». Et « en même temps’, son administration bloque la diffusion du rapport d’enquête sur Orpea au nom du « secret des affaires ». Les maltraitances envers leurs résidents et les magouilles financières des grands groupes (mais pas que) d’Ehpads sont connues et documentées depuis longtemps, elles ne datent pas de Macron, mais Macron, comme les autres, a fermé les yeux. Car nos vies ne valent pas le secret des affaires. Cynisme. Comme Macron ose tout, il désigne la santé et l’éducation comme grandes priorités du quinquennat à venir. Peut-on faire confiance à celui qui continua à fermer des milliers de lits dans les hôpitaux publics, y compris pendant la crise du covid, qui contribua à la maltraitance des personnels hospitaliers, considérés un temps comme des héros, puis récompensés par des aumônes distillées lors du « grenelle de la santé » (et encore, pas tout le monde) ? Peut-on faire confiance à celui qui, épaulé par le pire ministre de l’Education de la 6e république, Blanquer, s’est mis à dos les enseignants (parmi les plus mal rémunérés d’Europe) et leur propose maintenant de gagner davantage en assumant plus d’heures ? Il est fortement permis d’en douter. Cerise avariée sur ce déjà peu ragoûtant gâteau, éclate maintenant ce qui chauffait depuis quelques années : l’affaire des bureaux de consultants, le plus souvent anglo-saxons, rémunérés à grands frais par nos administrations (donc, pardon d’être terre à terre, par nos sous) pour les « conseiller » alors que lesdites administrations sont pourtant largement pourvues de structures de contrôle, de prospective etc. On vit ainsi un cabinet sans compétence particulière en la matière plancher sur l’évolution des métiers d’enseignants, un autre mettre en place la stratégie de l’organisation des vaccinations anti-covid, avec le succès que nous constatâmes. C’est pas juste, nos prédécesseurs le faisaient aussi, se plaignit le Président. Le champion du « changement » n’a décidément. Pas changé grand’chose, sauf à les empirer. Il dépêcha en urgence deux sous-ministres pour éteindre l’incendie de l’affaire des consultants, qui annoncèrent que l’année prochaine, on dépensera 15% de moins pour eux. Le temps probablement que le scandale s’oublie avant que les affaires reprennent (et d’ailleurs, qui ira vérifier qu’on a bien économisé 15%). Macron a beau tenter de faire semblant de nous refiler son « et de gauche, et de droite), il a été, et le demeurera et de droite, et de droite. D’extrême-droite ? Pas encore ? Car à entendre son ministre Darmanin trouver Marine Le Pen « trop molle » ou voir son ministre sinistre Blanquer tenter de faire la police des idées à l’université, et la police cogner un peu fort, « une certaine inquiétude est dans l’air ».

Il y a cinq ans, des électeurs de gauche choisirent Macron (dès le premier tour pour certains, et au deuxième pour beaucoup) « pour éviter la victoire de Le Pen ». Outre que ces voix manquèrent à Mélenchon (déjà !) pour permettre à un candidat de gauche d’accéder au second tour, le petit jeune homme qui devait terrasser une bonne fois pour toutes l’extrême-droite, remet le couvert tandis que pendant les cinq années de son mandat, l’extrême-droite s’est renforcée ? Bravo Macron.

A celles et ceux qui se disent ou se pensent attachés à la gauche, mais qui, toisant la candidature de Mélenchon, tergiversent ou chipotent, la gauche oui, mais pas celle-là, nous faisons remarquer, qu’elle n’est sans doute pas parfaite, mais que, à quelques jours de l’élection, c’est la seule qui pourrait éviter un second tour avec deux bulletins de droite. Ne venez pas alors vous plaindre pendant les cinq ans qui viennent, gens de gauche qui n’auront même pas essayé.


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