Le Meilleur des iMondes 10

jeudi 14 juillet 2022
par  Jacques-Robert Simon
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10. Au Palais de la découverte

Un homme d’une soixantaine d’année se trouvait devant une immense cuve calorifugée où bouillonnait un liquide. Une sorte de brume surplombait la surface. L’homme prononçait des mots indistincts que personne ne comprenait. Il avait dans sa main droite une longue pince qui tenait la feuille d’un arbre. Il plongea rapidement la feuille dans la cuve, la posa sur une sorte d’enclume et, saisissant un énorme marteau, il frappa la feuille qui se cassa en multiples fragments, comme si elle était faite de verre. On comprit alors des fragments de phrase… « Air liquide » … « -195° Celsius… pouhé..beu…cha… »… On comprit : Poussez-vous un peu ! Et il jeta alors une partie de l’air liquide qui se trouvait dans un Dewar aux pieds des spectateurs du premier rang qui sursautèrent.

Sarah et Domitille regardaient l’expérience avec un brin d’ahurissement. Sarah connaissait déjà ce que l’on pouvait faire avec l’air liquide, car il y avait d’autres utilisations que de l’utiliser pour rendre cassante les feuilles des arbres qui bordaient de l’avenue d’à côté. « T’as aimé ? » demanda Sarah à Domitille qui s’en allait lentement en regardant à droite et à gauche les vitrines, les rouleaux illustrant les lois cinétiques, la paillasse où se trouvait les fioles, les réfrigérants, les éprouvettes nécessaires pour faire de la chimie. Elle ne répondit pas trop absorbée par tout ce qu’elle voyait. « Je vais te montrer autre chose, tu verras c’est passionnant. » et Sarah entraina Domitille par le bras au premier étage du bâtiment. Il y a au Palais de la Découverte, dans un recoin peu fréquenté des visiteurs, une manipulation qui devrait être connue de tous dès les premiers âges de la vie. Deux masses cylindres marquées A et B coulissent sur une tige métallique verticale. Vous soulevez l’ensemble A+B, puis vous les reposez. Vous soulevez ensuite la seule masse supérieure (B) et elle vous semble significativement plus lourde que l’ensemble A+B. Physiquement, rien ne peut expliquer qu’une partie d’un tout soit (ou paraisse) moins lourd que le tout. Après beaucoup de réflexions, la seule explication possible c’est que lorsque vous soulevez la seule masse B moins volumineuse que l’autre (A), vous vous attendez inconsciemment qu’elle soit beaucoup moins lourde que le tout. Elle est moins lourde, certes, mais pas tant que cela, la rondelle B est faite d’acier plein tandis que la rondelle A est creuse. Votre cerveau s’attendant à une tâche beaucoup moindre que lorsque vous souleviez les deux rondelles ensemble A+B ne prépare pas vos muscles suffisamment à l’effort nécessaire pour soulever la seule B qui vous paraît alors plus lourde (indûment) que A+B. Le cerveau, indépendamment des sens que l’on peut si facilement abuser, n’est donc pas un instrument neutre qui ‘observe’ une réalité même lorsque ce sont des phénomènes physiques particulièrement simples qui sont mis en jeu. Il ‘observe’ en tenant compte de son vécu, de son apprentissage, de son milieu social… de la meilleure probabilité de fournir une réponse satisfaisante. Une étude scientifique ne donne pas accès à la vérité, mais elle permet de détecter les mensonges. Domitille dit alors : « Mais qu’est-ce qui se passe si on recommence l’expérience en connaissant le truc qu’il recèle ? », « Il se passe exactement la même chose que la première fois. Le cerveau suit sa programmation initiale avant de tenir compte d’un apprentissage rationnel. »

« Mais alors, les élections, la représentation populaire ? » ajouta Domitille. « C’est vrai, c’est un énorme problème pour la démocratie ! Je t’explique ! Il y a 577 députés, parmi eux 17 agriculteurs, 3 artisans,1 ouvrier agricole, 1 ouvrier qualifié… le reste, c’est à dire l’écrasante majorité, ce sont des cadres, des chefs d’entreprise… L’élection créé une certaine sacralisation, mais les députés ne sont pas des représentants du peuple et ils ne le peuvent pas. Toujours, instinctivement, ils analyseront toute situation en fonction de leur intérêt personnel même s’ils acquièrent une extraordinaire habileté pour prétendre l’inverse. Par exemple, ils diront que le cadre institutionnel est trop compliqué, il nécessite des connaissances politiques ou économiques pointues, il est donc impossible que des gens du commun y prennent part. De fait les grandes avancées sociales, le suffrage universel, la sécurité sociale… proviennent toutes de périodes révolutionnaires, insurrectionnelles, à moins qu’elles suivent immédiatement des épisodes guerriers.

Charles de Gaulle était cependant fils d’un professeur comme Georges Pompidou, François Mitterrand fils d’un ingénieur, Nicolas Sarkozy fils de publicitaire, François Hollande fils d’un médecin généraliste. Tous bien entendu travaillaient bien entendu pour le bien commun et il n’y a aucune raison de douter de la sincérité de leurs dires, mais leur parcours sociologique les fige dans des vérités dont ils ne peuvent pas se débarrasser, même au prix des réflexions les plus érudites. Une vérité n’est que le reflet de soi-même projetée sur le réel. Pour la cerner il faudrait le soin de mille yeux. C’est ce que font les scientifiques, c’est ce que ne peuvent pas faire les dirigeants. Pour prendre une décision, ils doivent se fier à leur seule vérité pour éviter les errements tellement préjudiciables pour les troupes. On ne peut convaincre les autres qu’avec des certitudes. Le pouvoir ne se partage pas, l’impuissance si ! » « Que peut-on faire ? » demanda Domitille. « La plupart, explicitement ou pas, répondent : rien ! Il est normal que les plus aptes dirigent les autres, et il ne peut pas être étonnant qu’un bon tissu familial et une excellente formation conduisent aux meilleurs éléments ». « Sont-ils réellement meilleurs ? ». « Pour faire, je n’en sais rien, il est rare que la gentry s’y essaie. Par contre pour faire-faire en tout cas, elle est formée pour ça ». (A suivre)


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