Absolument rechercher un chemin pour la paix

lundi 3 octobre 2022
par  Patrick Le Hyaric
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Sept mois après le début de la sale guerre déclenchée par le pouvoir poutinien contre le peuple ukrainien, les grands de ce monde jettent du sel sur les plaies. Alors que le nombre des victimes civiles et militaires ne cesse de s’accroître, que les destructions massives multiplient les champs de ruines, nous assistons à un moment nouveau d’escalades verbales, préludes à des escalades guerrières dont la probabilité ne finit pas de grandir.

Le danger est extrême. Il est ignoré par des écrans de télévisions qui, dans une unanimité troublante, diffusent des bavardages à sens unique. La guerre est accompagnée de sa propagande, négation d’une information qui aiderait à une compréhension largement partagée d’une situation pourtant fort complexe. L’indignation que provoquent les images atroces qui défilent et qui émeuvent aux larmes, cultive une rage qui pousse à réclamer encore plus d’armes pour « vaincre » Poutine et la Russie, et se mettre du côté de l’OTAN pour être mieux protégés. Bref, la guerre poutinienne permet aux puissances occidentales de renforcer leurs stratégies militaristes et impérialistes.

Les peuples sont réduits à n’être que des spectateurs de parties d’échecs dont ils ignorent les règles. Chacun est censé connaître par avance le vainqueur. Il aurait au préalable été poussé à choisir son camp, celui qui lui a été indiqué par un flot d’injonctions partisanes. Les esprits sont ainsi sommés de prendre parti et préparés à accepter les efforts au premier rang desquels figurent les sacrifices à consentir face à une inflation galopante et à des pénuries prétendument créées par la guerre. Matin, midi et soir nous avons droit aux décomptes des militaires, des chars et des missiles de part et d’autre.

On vante l’efficacité de drones qui tuent, les trajectoires des obus calculées et réglées par l’intelligence artificielle. Sur les cartes, nous suivons au jour le jour les kilomètres carrés de territoires occupés ou libérés, des échanges de prisonniers. Tout vise à entretenir une ambiance anxiogène de conflit armé qui menace de se généraliser avec de plus en plus d’armes de plus en plus sophistiquées voire la menace nucléaire, alors que l’urgence devrait être de défricher patiemment les chemins étroits de la paix qui passe tout de suite par le retour des troupes russes dans leurs casernes. Il ne s’agit aucunement d’un jeu, mais bien d’une terrible guerre dans laquelle le peuple ukrainien et des militaires russes versent leur sang, avec une Ukraine qui subit la destruction de ses services publics, de ses maisons, de ses écoles, de ses hôpitaux et de ses champs. Les enfants ukrainiens, les travailleurs ukrainiens, les femmes ne doivent ni être les otages des luttes d’influence au cœur du Kremlin, ni des élections de mi-mandat aux États-Unis, ni des appétits de l’industrie de guerre.

Oui, les faucons s’agitent de part et d’autre et l’industrie guerrière, dont curieusement on ne dit mot de ses « superprofits » tourne à plein régime. « Arrêtez le massacre ! » devrait- on entendre monter de toutes parts. Mais le mot « paix » a disparu des interventions des grands de ce monde. Ce beau mot, étendard de la quête universelle d’humanité, serait-il devenu une ignominie qui condamne à une prise de parti pour un camp, qui fait de la moindre remarque un tant soit peu discursive de l’idéologie dominante, un soupçon d’identification à l’agresseur et ses crimes de guerre ? Mais c’est la guerre qui est un crime contre l’Humanité ! Ne pas chercher la voie étroite permettant d’y mettre fin revient à laisser perdurer ce crime. Croire que le langage du rapport de forces et de l’humiliation de la Russie permettrait la paix reviendrait à ne retenir aucune leçon de l’histoire européenne, notamment les conditions de la signature du traité mettant fin à la Première Guerre mondiale.

À peine l’encre de celui-ci séchée que se créait ce qui a conduit à la préparation de la seconde. C’est ce qu’aurait dû retenir le président de la République française. Or, sa véhémente allocution à la tribune des Nations Unies, dans un hémicycle à moitié vide, mardi dernier n’avait rien d’apaisant. Au contraire, il s’est inscrit dans cette mortifère escalade. Au nom de quoi, lui, l’aligné et même l’humilié des Américains qui ont empêché la vente de sous-marins français à l’Australie, peut-il parler sur ce ton aux pays qui refusent de choisir entre approuver ou désapprouver Poutine ? Au nom de quoi, peut-il faire une telle leçon sur les colonialismes et l’impérialisme à des pays qui souffrent notamment du colonialisme français ?

Parlons des interventions militaires ! Parlons de cet impérialisme qui fait de la prééminence du dollar sur les échanges mondiaux la cause de tant de souffrances dans les pays émergents, mais aussi pour nos peuples en Europe. Que dire de l’extraterritorialité du droit américain qui pénalise nos entreprises comme celle des pays émergents. Que dire encore du refus de lever les brevets sur les vaccins qui concernait en premier lieu ces pays. La France était alignée sur les Américains et leurs groupes pharmaceutiques à l’Organisation mondiale du commerce. Que dire du blocus criminel imposé à Cuba ? Et que dire de la poursuite du franc CFA dans les pays africains ? Que dire enfin des interventions de la France en Afrique ? De son soutien à des dictatures qui y épuisent nations et peuples.

Et, M. Biden qui en tant que sénateur démocrate a voté l’invasion de l’Irak n’est pas plus qualifié pour donner des leçons. Le monde paye toujours la lourde facture de cette guerre déclenchée sur la base d’un mensonge diffusé en mondovision. N’a-t-on pas compris dans les palais de la République que le monde change et que des pays dans lesquels vit et travaille la majorité de la population mondiale veulent s’émanciper de la domination capitaliste occidentale ? La France est la France quand elle se place au niveau de l’intérêt général et fait valoir une diplomatie de la paix.

Nous nous plaçons aux côtés des pacifistes et démocrates russes et ukrainiens qui se sont exprimés à nos côtés à la Fête de l’Humanité, et qui mercredi encore signaient un texte commun dans l’Humanité. Un événement que les guerriers des plateaux de télévision n’ont pas remarqué. Nous louons le courage de celles et ceux qui, en Russie, manifestaient dans d’abominables conditions, justement à l’occasion de la Journée internationale de la paix au prix d’une féroce répression de la part de la police poutinienne.

Au lieu de rechercher ce chemin pour la paix, les dirigeants américains et l’OTAN se sont engagés tout l’été plus avant dans l’escalade, la fourniture de plus en plus de matériels militaires, de renseignements et même de combattants. Des forces importantes à Moscou poussent au pire. Ces faucons et Poutine répondent par une dangereuse opération consistant à faire acter par référendum (dont on connait le résultat) que les territoires occupés sont partie intégrante de la Russie. À partir de ce moment ; ils considèreront qu’une tentative de reconquête par le pouvoir ukrainien et l’OTAN serait une agression contre la Russie.

À Moscou les radicaux nationalistes tonnent avec un langage très inquiétant, à l’image de la directrice de Russia Today écrivant : « Cette semaine marque soit la veille de notre victoire proche, soit la veille d’une guerre nucléaire, je ne vois pas de troisième solution ». On entend aussi de tels propos à Kiev, à Londres et à Washington et dans quelques antichambres des institutions européennes. Dès lors, le pire devient possible. On n’a jamais parlé aussi ouvertement de l’utilisation d’armes de destruction massive dont l’arme nucléaire. Heureusement que de grands pays comme la Chine et l’Inde appellent avec force à ce que se taisent les armes. La situation est donc lourde de dangers. Elle porte en germe les conditions d’une déflagration en Europe. L’une de nos principales responsabilités politiques aujourd’hui est de l’empêcher. Que le chemin soit très étroit, nous en avons conscience. Que les conditions d’un dialogue constructif avec Poutine et son pouvoir, soit peu enclin à s’asseoir autour d’une table de discussion, soient très compliquées est une évidence. Cela ne doit pas conduire à baisser les bras. Il faut tout remettre sur la table !

La route qui a conduit à cette situation et cette impasse mortifère : de l’élargissement de l’OTAN aux accords de Minsk jamais mis en œuvre. La question fondamentale est de traiter les enjeux de sécurité collective en Europe et au-delà dans le monde. Dans la rue, les conseils municipaux, départementaux, régionaux jusqu’au Parlement et dans les institutions européennes faisons résonner les voix de la paix. Multiplions les résolutions, multiplions les débats et les rassemblements. Oui, la paix maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Cherchons des alliances avec les organisations pacifistes, démocratiques partout dans le monde. Le congrès à venir du mouvement de la Paix peut y contribuer après les rassemblements qui se sont tenus mercredi dernier. Ils étaient nécessaires et utiles. Ils nous ont aussi permis de vérifier combien nous étions loin du compte. Partout, poussons, comme alternative à la guerre, l’exigence ; la préparation d’une conférence européenne pour la sécurité et la paix en Europe associant tous les pays impliqués et au-delà, sous l’égide de l’ONU. Parodions ces propos de Jean Jaurès dans l’Humanité déjà en 1905 :

« Dans toute cette indécision des choses et cet équilibre instable des forces, l’action humaine peut beaucoup. La formidable part d’inconnu n’est pas redoutable seulement pour nous communistes. Elle l’est aussi pour ceux qui déchaineraient témérairement des guerres dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les conséquences politiques et sociales et les contre coups intérieurs.

Donc, nous pouvons agir dès aujourd’hui, à quelque degré, sur la marche des événements, et comme nul ne peut déterminer d’avance le degré d’efficacité de notre action, nous devons multiplier les efforts avec la conviction que les peuples rassemblés et déterminés peuvent déplacer des montagnes. »

Article paru dans https://patrick-le-hyaric.fr


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