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L’interview exclusive de Sa Majesté Manu 1er

vendredi 9 juin 2023
par  Patrice Perron
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- Votre Majesté, bonjour.
- Bonjour.
- Nous sommes heureux de vous recevoir pour cette interview sur Télé Majesté. Je commence d’emblée par un sujet qui vous tient à cœur : quel bilan tirez-vous de votre politique sociale depuis le début de votre règne ?
- Il n’y a pas photo, c’est un carton plein !
- Comment ça ?
- Soyez réaliste. Regardez, dès le début, j’ai supprimé l’ISF, c’est une avancée positive à destination des plus riches qui attendaient cette mesure avec impatience. C’était dans mon programme.
- Est-ce pour cela que l’on vous appelle le Président des Riches ?
- Pas seulement. Regardez encore comment j’ai dézingué le code du travail. Il ne reste plus que la couverture. Même Dalloz est content, il y a moins de pages et il fait des économies pour le même prix. C’est chouette, non ?
- La diminution des APL a provoqué des remous ….
- Oui, je sais, mais je n’aime pas les pauvres.
- Il n’y a pas que les vrais pauvres qui ont été touchés, mais les étudiants, et vous aimez les jeunes.
- Oui, j’aime les jeunes, mais pas les jeunes pauvres. S’ils ne peuvent pas payer de logement, qu’ils fassent un apprentissage près de chez leurs parents. Quand aux locataires permanents, qu’ils fassent des heures sup. Tout est dans le travail, je me tue à le dire.
- Concernant le monde du travail, vous leur en avez collé une autre, de secousse.
- Comment ça ?
- Les indemnités en prud’hommes.
- Je n’aime pas les grincheux qui vont se plaindre aux syndicats pour récupérer du fric sur le dos des employeurs. Au moins, maintenant, les patrons savent ce qu’un licenciement économique ou abusif va leur coûter. Le barème leur est favorable et on ne perd plus de temps à attendre le jugement.
- Oui, mais c’est un peu une incitation à pratiquer le licenciement abusif, puisqu’il ne coûtera pas plus cher aux patrons qu’un autre motif plus sérieux.
- Moi, je suis le président des riches. Et en plus, il y a des économies à la clé, puisqu’il n’y a presque plus d’audiences au tribunal des Prud’hommes. Nous pourrons bientôt supprimer cette structure inutile et anachronique. Cela réduit aussi le rôle des syndicats. C’est gagnant sur tous les plans pour nous.
- Dites-moi, votre Majesté, vous avez diminué les allocations chômage et la durée d’indemnisation, n’est-ce pas ?
- Bien sûr, je l’avais annoncé. Je n’aime pas les chômeurs. Il faut inciter les gens à reprendre le travail. Les indemnités, si elles sont trop élevées, incitent les gens à attendre qu’elles baissent pour retourner au boulot. Donc il faut les baisser plus tôt et mettre la pression sur les individus : les faire venir pointer à Pôle Emploi très régulièrement …
- Comme un délinquant en liberté surveillée ?
- C’est un peu ça, c’est vrai. Et s’ils ne jouent pas le jeu, on les raye des listes du chômage et, du coup, les statistiques s’améliorent pour l’Unedic.
- Concernant maintenant les retraités, vous n’avez pas été tendre avec eux.
- Je n’aime pas les vieux. Ils coûtent un pognon de dingue. Non seulement ils sont plus souvent et plus gravement malades que les actifs, mais leurs revenus et leur patrimoine sont trop élevés par rapport aux jeunes qui travaillent dur.
- Votre Majesté, j’ai le souvenir que lors du début du premier mandat, un jeune député de votre camp s’était plaint de cela, en disant que les vieux avaient plus de patrimoine que lui. Il n’avait que 30 ans, c’est un peu normal qu’il n’ait pas encore tout à 30 ans.
- Oui, bon, je comprends votre inquiétude. Sans doute portait-il encore des couches et qu’il est né avec une cuillère en argent dans la bouche, mais sur le fond, je suis d’accord avec lui. Je suis là pour aider les riches, les vrais riches, pas les retraités. C’est pour cela que j’ai limité l’augmentation des retraites au maximum et surtout, et surtout, j’insiste, que je leur ai collé une super augmentation de la CSG. Vous avez vu ça ? La manne que cela représente ? Un coup de maître, je vous dis ! Un coup de maître en Majesté.
- Oui, mais devant le tollé général, vous avez lâché un peu de lest, pour les petites retraites.
- Bien sûr, pour me permettre de souligner mon souci d’aider les gens modestes.
- Les classes moyennes inférieures ?
- Oui, qui sont grâce à moi, devenues invisibles, parfois même, tombées dans la précarité.
- Votre Majesté, pouvons-nous aborder un sujet plus politique ?
- Quoi donc encore ?
- Dès le début de votre règne, vous avez voulu faire passer à la trappe tous les corps intermédiaires, maires, conseillers départementaux et régionaux, syndicalistes, représentants de corps professionnels. Le plus symbolique a été de boycotter le congrès national des maires.
- Je n’aime pas ceux qui veulent s’interposer entre Moi et le peuple. Je veux pouvoir parler directement au peuple qui m’a brillamment élu.
- Le peuple vous a répondu : les gilets jaunes sont venus taper à votre porte, pourtant fermée.
- Je n’aime pas le peuple qui s’agite dans la rue. Je préfère les rencontres organisées, comme le grand débat.
- Votre Majesté, j’ai une question difficile à vous poser, mais je me sens obligé de le faire pour montrer que je suis un journaliste presque indépendant.
- Allez-y.
- Il se dit qu’au plus fort de la crise des gilets jaunes, quand les manifestants ont marché sur l’Élysée, vous avez cherché à savoir si votre palais disposait d’une sortie discrète ?
- Oui, au cas où il y aurait eu un incendie. Mais je n’aime pas votre question.
- Et où seriez-vous allé ?
- Au Touquet, pardi, chez Brizitte.
- Vous n’y pensez pas ? Les ronds-points étaient tous contrôlés par les gilets jaunes. Vous auriez été capturé.
- Alors, je serais allé à Varennes.
- Votre Majesté s’égare, Louis XVI a mal fini.
- Alors, j’aurai fui à Baden-Baden, comme le Général de Gaulle
- Ah ! Là, je suis d’accord avec vous, car Le Grand Charles est revenu, a dissous l’assemblée et a brillamment remporté les élections législatives qui ont suivi.
- Vous croyez que je devrais dissoudre ?
- Attendez un peu, votre Majesté, ne vous précipitez pas, car Jacques Chirac avait raté son coup, sur de mauvais conseils. Laissez s’épuiser les opposants. Et puis, pour l’instant, l’effet 49.3 est encore trop présent à l’esprit des électeurs.
- Mais le 49.3, c’est super ! On ne perd pas de temps dans des débats sans intérêt.
- D’autant plus que vous n’avez plus la majorité, n’est-ce pas ?
- Tout est relatif. Si je fais des cadeaux à LR, ils votent. Ils se font un peu prier, pour le principe, mais ils votent. Regardez, pour ma belle loi sur les retraites, je savais qu’ils étaient d’accord avec moi, mais pour éviter qu’ils passent pour des alliés soumis ou des godillots, je leur ai lâché des bricoles, comme l’amélioration sur les carrières longues. Et à part quelques réfractaires de chez eux, ils étaient d’accord. Avec la gauche, de tels arrangements ne peuvent pas se faire. Il n’y a rien à tirer d’eux.
- Vous aussi, votre Majesté, pour atteindre votre objectif reportant l’âge de départ à la retraite à 64 ans, vous avez changé de trottoir, comme le jeune homme vous ayant interpellé. Vous êtes passé sur celui de droite.
- C’était plus confortable.
- Mais alors, pourquoi le 49.3 ?
- Vous n’imaginez pas que Ma Majesté, Ma belle personne et mon gouvernement à Moi, soyons renversés par des députés … Je me fous du parlement, tout le monde le sait. Le 49.3 est une arme de destruction massive des stratégies oppositionnelles. J’ai été réélu, moi, Ma Majesté Manu 1er. Il n’y a que ça qui compte.
- N’est-ce pas un peu guerrier, votre Majesté ?
- Il vaut mieux une bonne fessée renouvelée de 49.3, qu’une rafale de kalachnikov.
- Votre Majesté, il reste un sujet social à aborder, le RSA. Vous avez annoncé dans votre programme, que vous vouliez faire travailler les bénéficiaires de RSA, en contrepartie du versement de cette allocation.
- Bien sûr. Tout salaire mérite travail. Vous voyez, je remets les choses dans le bon ordre.
- Du coup, les patrons ne voudront embaucher que des RSA, ce sera moins cher pour eux.
- Évidemment. Cela permettra de diminuer le coût du travail, de rendre leur dignité aux bénéficiaires de cette allocation humiliante et d’améliorer la compétitivité de notre pays par rapport au reste du monde.
- Oui mais alors, ceux qui avaient un vrai CDI de toujours, bien payé et sûr, que vont-ils devenir ?
- Rien à battre. Pôle emploi, dans ses nouvelles attributions, est là pour les accueillir quelque temps.
- Quel beau projet social et humain, votre Majesté !
- Ca va, arrêtez de fayoter trop grossièrement, je pourrais vous renvoyer à la rubrique des chiens écrasés.
- Votre Majesté, avant de passer à un sujet plus d’actualité technique, je souhaite parler de l’écologie un peu au second plan dans votre programme. Je m’explique : vous venez de présenter votre plan « Eau », et à part une augmentation des tarifs pour ceux qui consomment trop, même moi, je ne vois pas de grande ambition Verte. Augmenter le tarifs, c’est retomber dans l’écologie punitive de votre ancien premier ministre pour les carburants ou dans celle des écologistes officiels.
- Je n’aime pas les écologistes politiques. Ils veulent même supprimer les fériés religieux. Moi, j’y suis favorable et le patronat aussi, mais nous ne remplacerons pas ces jours-là par des fériés laïques. Qu’ils continuent, nous serons gagnants. Et vous oubliez les gigafactories, ou super usines de fabrication des batteries de modèles Taïwanais que nous construisons.
- Peut-être, mais en attendant l’ouverture des mines d’Alsace, l’exploitation et l’extraction du lithium sont une catastrophe écologique, humaine et sociale pour les pays pauvres dans lesquels ce minerai est sorti de terre.
- On s’en fout, ce n’est pas chez nous. Ici, l’utilisation des véhicules sera décarbonée. C’est pareil pour le nucléaire, pour lequel nous ne disposons pas de mines d’uranium. Mais nous transformons, nous enrichissons les minerais. Et quand tout le monde aura sa voiture électrique, nous rétablirons le même niveau de taxe sur les carburants verts qu’aujourd’hui sur les fossiles. Il faut faire le plein d’impôts.
- Pour les futures centrales nucléaires, si c’est aussi long et coûteux que Flamanville, nous ne sommes pas prêts d’être indépendants sur le plan électricité.
- Vous êtes un oiseau de mauvais augure.
- Votre Majesté, je ne voudrais pas être désagréable, mais je suis surpris par une de vos récentes déclarations, et sans doute en ai-je mal compris le sens.
- Que voulez-vous dire ?
- Vous auriez souhaité que l’Europe fasse une pause sur les mesures écologiques applicables.
- Vous m’agacez très largement. Je ne répondrai pas à ce genre de question.
- D’accord. Votre Majesté, pour terminer, je voudrais aborder un point que je sais sensible : la dérive autoritaire et policière que tout le monde constate mais n’évoque qu’à bas bruit. Par peur.
- De quoi parlez-vous ?
- Du contournement des élus, des syndicats, de l’usage incessant de l’article 49.3, voire d’un autre article de la constitution, pour empêcher le groupe Liot, de présenter son projet de loi à l’assemblée.
- C’est dans la constitution, je ne vois pas où est le problème ?
- Vous avez reproché aux oppositions de pratiquer l’obstruction, et vous allez faire la même chose ?
- Mais non, puisque nos alliés LR tiennent le sénat, nous n’avons rien à craindre de ce projet inutile qui sera repoussé.
- Nous verrons. Je reviens au maintien de l’ordre. De nombreux observateurs, y compris les institutions européennes, s’inquiètent d’une doctrine du maintien de l’ordre, un peu violente, sans véritable contrôle, avec des arrestations préventives, des gardes à vue arbitraires, à l’égard de simples manifestants, (je ne parle pas des black blocks), et aucune sanction contre des policiers commettant des violences objectivées et vérifiées.
- Tous ces dégâts de rues sont inacceptables. C’est aussi pour protéger les manifestants honnêtes que nous les arrêtons préventivement, pour leur éviter d’être blessés par des gens mal intentionnés qui n’ont pour objectif que de casser du policier. Il faut revenir à un mode de relations sociales apaisées. Restez chez vous, faites vos concerts de casseroles à la maison, dans vos chiottes ou dans votre garage, mais ne venez plus nous enquiquiner sur la voie publique. Toutefois, j’entends ces protestations et je vous promets de changer de méthode dans l’avenir, comme je vous l’ai déjà promis. Les grincheux et les réfractaires ont encore quatre ans devant eux pour finir par m’aimer.
- Merci, votre Majesté, de nous avoir accordé cet entretien. Bonne journée à vous aussi, téléspectatrices et téléspectateurs, fidèles à Télé Majesté.


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