CESEDA : LA LOI DE LA HONTE

dimanche 21 mai 2006
par  Jean-Luc Gonneau
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Englués ou pas dans les affaires, Clearstream venant s’ajouter au long chapelet qui accompagne la carrière de Jacques Chirac, le trio infernal qui demeure aux manettes continue ses basses œuvres législatives. Après le coup à demi raté du CPE, voilà le Ceseda. Une deuxième loi anti-immigration en une législature, la presse l’a noté, c’est du jamais vu. Serait-ce donc que la première était mauvaise (ce qui est exact), alors son auteur, Nicolas Sarkozy, a manqué de compétence. Conséquence, il en pond une plus mauvaise encore. Mais chacun a bien compris que son souci n’est pas de faire une bonne ou mauvaise loi, mais de faire mijoter plus encore le ragoût xénophobe qu’il espère faire avaler aux électeurs de l’extrême droite et, plus largement, à cette frange de la population jetée, par lui-même et ses complices, dans la précarité, et à qui on propose, faute d’un travail digne et d’un revenu décent, l’habituel bouc émissaire, l’Autre, celui « qui n’est pas d’ici ».

La recette est hélas connue : l’étranger est par nature un fraudeur, par nature un feignant, par nature au minimum un pré-délinquant. Et plus il est basané plus il l’est. A-t-il le droit de vivre en famille en France ? Plus beaucoup, sauf à être un émir du pétrole en goguette. A-t-il le droit d’aimer (et les français-es celui d’aimer les étranger-es ?) ? Plus guère, sauf à faire partie de la bourgeoisie mondialisée. L’immigration « choisie » de Monsieur Sarkozy et de ses sbires, c’est le choix de ceux qui sont « comme nous », le « nous » ressemblant ici à l’électeur moyen de l’UMP.

Au lieu de réduire le nombre d’étrangers clandestins, sans titre de séjour, chacun sait, y compris Nicolas Sarkozy, capable d’être abject, mais pas idiot, que la loi Ceseda aura l’effet contraire, plongeant dans une totale précarité ceux qui y étaient à demi, condamnant à cette précarité celles et ceux qui continueront, on le sait, à rallier coûte que coûte ce qui fut jadis, même bien imparfaitement, le pays des droits de l’homme.

La loi vient juste après une circulaire odieuse concernant l’interpellation des étrangers, directement sortie de la naphtaline la plus nauséeuse de Vichy. Après le Ceseda, ce ne sera pas fini. Déjà s’annonce une loi renforçant la répression de la jeunesse et traquant les futurs délinquants dès la maternelle. Plus Sarkozy avance vers les échéances présidentielles, plus ses inspirations se précisent, entre le pétainisme et l’estado novo de Salazar pour la société, George W. Bush pour la morale, le Medef pour l’économie. Dans la novlangue sarkozyenne, cela s’appelle rupture.

Il convient évidemment de s’opposer de toutes nos forces à cette offensive réactionnaire. C’est ce que fait, dans son domaine, le collectif Non à l’immigration jetable, qui regroupe près de 500 organisations, dont le Cactus/La Gauche ! et qui n’arrêtera pas, nous l’espérons, son combat après la grande manifestation du 13 mai. Sur le terrain plus spécifiquement politique, nous ne pouvons bien entendu pas nous contenter du non-discours de Ségolène Royal Nous ne pouvons pas nous contenter d’une énième alternance (car c’est ce qu’elle a proposé, c’est même une des rares choses qu’elle ait proposé, une alternance). Nous voulons une alternative, une alternative à la réaction des Sarkozy-Villiers-Le Pen (pour ne citer que les chefs de partis) une alternative au libéralisme et au capitalisme triomphants. Les collectifs du 29 mai se sont dotés d’une charte alternative au libéralisme. Leurs membres, issus de toutes les familles de la gauche, aspirent à une union lors des prochaines élections présidentielle et législative. C’est là, sans doute, pas seulement là mais là surtout, que peut se constituer le creuset d’une autre politique, fondée sur l’émancipation des individus par l’éducation et la culture, une économie fonctionnant à partir des besoins collectifs et non pas des profits de quelques-uns, une juste rémunération du travail plutôt que la priorité donnée à celle des actionnaires et des rentiers. La charte trace les grands objectifs, définit les moyens pour y parvenir. Elle sera peu à peu complétée et affinée au fil des mois. C’est une belle œuvre qui a commencé, venez donc y participer.


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lundi 22 décembre 2008 à 07h37 - par  インプラント
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