POURQUOI DONC UN SEUIL D’ACCEPTATION DES OGM DANS LE BIO ?

Par Guillaume Moricourt
vendredi 10 août 2007
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Le conseil européen du 12 juin 2007 a décidé de suivre une proposition de la commission européenne en imposant aux consommateurs et aux professionnels bio d’accepter une contamination des produits bio à hauteur de 0.9%. Ce qui revient à interdire à quiconque le droit de revendiquer la consommation ou la production d’un produit bio exempt d’OGM. Cette décision a été prise à l’encontre de l’avis du parlement européen rendu à une majorité écrasante le 22 mai 2007, qui stipulait une limitation du seuil d’acceptation à 0.1%, seuil technique de détection.

Les lobbies pro-OGM peuvent pavoiser ! On impose au bio de subir ce qu’il ne souhaite pas, et en l’empêchant de réclamer une indemnisation en cas de contamination, on feint d’oublier la responsabilité du pollueur, à savoir celle du paysan qui sème des OGM, sous contrat des semenciers.

Cette responsabilisation, la commission avait refusé de la réglementer en 2001, au moment où elle était parvenue à mettre un terme au moratoire de fait qui bloquait l’essor de l’industrie des biotechnologies qu’elle appelle de ses voux. Pour noyer le poisson, face aux inévitables contaminations, elle s’était contentée de laisser les Etats membres légiférer. En France, on a choisi de ne rien faire ; il n’y a toujours pas de réglementation sur la responsabilité des contaminations d’OGM. Même le décret de fin de règne du précédent gouvernement n’aborde pas le problème.

Il ne faut être dupe. Imposer 0.9% d’OGM dans le bio participe à la même politique : celle des avancées par petits pas, pour mettre la société devant le fait accompli. Le bio gênait trop ; il était un argument pour freiner les OGM. Maintenant, il est privé de la possibilité de se défendre, jusqu’à 0.9%.

Et demain, on élèvera le seuil d’acceptation, pour, hélas, mettre le droit en conformité avec les contaminations. Et il en sera ainsi de partout, dans le bio et ailleurs, c’est inévitable, c’est la force de la Nature qui le conduira. Ce qui est évitable, ce sont les OGM ; nous n’en avons pas besoin pour vivre, et l’agriculture bio est capable de nourrir la planète selon la FAO. Alors cultivons, développons l’agriculture bio contre l’agriculture des mauvais produits et de la pollution, et écoutons les scientifiques qui nous alertent sur les modifications d’organe ou les décès de rats ayant mangé des OGM de pomme de terre, n’en déplaise aux enthousiastes de la bande au professeur Scientus, payés par les semenciers.

Guillaume Moricourt est l’auteur d’Agriculture et Santé (Editions Dangles)


Commentaires

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lundi 20 août 2007 à 22h09 - par  depom

Vous semblez ignorer que la faim dans le monde ne resulte pas de l’insuffisance de la production alimentaire, mais d’une distribution tres inégale des revenus en premier lieu. En effet, ces 20 dernieres annees au moins, la production mondiale d’aliments a ete superieure aux besoins de l’ensemble de l’humanité. Alors que pres d’un milliard d’etres humains qui souffrent de la faim quotidiennement, un autre milliard environ souffre d’obesité et de suralimentation et/ou mauvaise alimentation. Parmi les causes profondes de cette situation :
- un grand nombre de paysans n’ont pas acces a la terre, ne sont pas organisés pour acceder aux marchés dans des conditions avantageuses et sont soumis aux diktats des grandes firmes (Cargill, Monsanto, WalMart entre autres)
- l’elevage bovin dont la production profite principalement aux personnes a revenus moyens et elevés, consomme de grandes quantités de cereales (et d’eau) qui pourraient parfaitement etre destinées a l’alimentation humaine. Mais les plus pauvres n’ont pas les moyens d’acheter ces produits.
- enfin, la deregulation/ouverture des marchés mondiaux sous l’egide de l’OMC accelere la mise en concurence d’agricultures aux niveaux de productivé tres inegaux et enfonce la paysannerie dans la misere.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire ce texte de Marcel Mazoyer publié par la FAO en 2003 :

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lundi 20 août 2007 à 21h37 - par  depom

Conclusions de la Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, FAO, Rome, 3 - 5 mai 2007.

Les participants à cette conférence sont convenus des points suivants, tels qu’exposés dans les conclusions du Président :

- L’agriculture biologique peut contribuer à la sécurité alimentaire, mais sa capacité à affirmer son rôle dépend en grande partie de l’existence d’une véritable volonté politique.

- L’agriculture biologique peut atténuer les effets des nouveaux problèmes, comme les changements climatiques, grâce à des mesures comme la fixation améliorée du carbone du sol. Elle propose également des solutions pratiques en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques.

- L’agriculture biologique permet de renforcer la sécurité hydrique dans plusieurs domaines : qualité de l’eau potable, diminution des besoins en irrigation des sols biologiques et augmentation des rendements dans des conditions de stress hydrique dû à la variabilité climatique.

- L’agriculture biologique permet de protéger l’agrobiodiversité et d’en garantir une utilisation durable.

- L’agriculture biologique renforce la suffisance nutritionnelle, grâce à une diversification accrue des aliments biologiques, qui sont plus riches en micronutriments.

- L’agriculture biologique stimule le développement rural, en créant des revenus et des emplois dans des zones où les populations n’ont d’autre choix que de recourir à la maind’oeuvre, aux ressources et aux connaissances locales.

- Il est indispensable d’établir un réseau international axé sur la recherche biologique et sur une vulgarisation rationnelle, afin de poursuivre la mise en valeur de l’agriculture biologique. Une partie plus importante des ressources publiques devrait être consacrée aux sciences agroécologiques.

- La sécurité alimentaire est étroitement liée aux politiques agricoles qui déterminent les choix en matière d’exportation et d’importation. L’agriculture biologique établit un lien entre les objectifs économiques et les objectifs environnementaux et sociaux, mais sa mise en valeur ne peut se poursuivre si les mêmes règles ne sont pas appliquées à tous, grâce à des interventions appropriées de politique générale.

- La sécurité alimentaire n’est pas uniquement un sujet de préoccupation pour les pays en développement, car la crise des combustibles fossiles, les changements climatiques et d’autres faiblesses de la chaîne alimentaire sont également susceptibles de mettre en danger les zones ne souffrant pas d’insécurité.

jeudi 16 août 2007 à 18h14

Bonsoir,

Oui même 0,9 est de trop, je suis pour le 0,00 pour cent. Je ne suis pas un vert, simplement un amoureux de mon environnement et j’estime que c’est le devoir de tous citoyens quelque soit sa philosophie politique de défendre la qualité de sa vie.
J’accepte certaines choses rejetées par d’autres mais je dis non aux OGM. Continuons le combat.

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jeudi 16 août 2007 à 17h59 - par  Leinad

Pour "élever" le débat concernant les diverses applications de la transgénèse et en particulier dans le domaine agricole, l’auteur serait plus crédible s’il citait ses sources. Par exemple je suis intéressé de connaitre les données de la FAO comme quoi le "BIO" est capable de nourrir toute la population mondiale y compris ceux qui aujourd’hui n’arrive pas à satisfaire leurs besoins alimentaires et/ou nutritionnels.
Merci

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