La « gauche antilibérale » doit atterrir

Serge Marquis
lundi 24 décembre 2007
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Au lendemain du 1er tour de l’élection présidentielle, qui a vu N. Sarkozy capter une partie de l’électorat du FN et le PS utilisé en vote utile par les électeurs de gauche, chacun des deux camps droite/gauche est parti à la pêche aux voix des millions d’indécis regroupés autour du « troisième homme » F. Bayrou. Pour qui veut accéder au pouvoir et doit subir la contrainte de cette élection monarchique, l’exercice de ralliement des voix est indispensable.

Pourtant, à S. Royal, qui lui a téléphoné et s’est dite prête à le rencontrer et « à enrichir son programme de certaines de ses propositions », O. Besancenot a opposé une fin de non-recevoir : « Il y a incompatibilité totale entre nous » (Libération, 27 avril 2007). A. Krivine a ajouté : « La danse du ventre de Royal avec Bayrou est dans la logique de la dérive sociale libérale du PS. Aller chercher l’électorat de Bayrou, on est pour, y compris parce que des électeurs de la gauche radicale ont voté pour lui, mais envisager un gouvernement avec un dirigeant de droite complice de Sarko, c’est désastreux et risque d’encourager des gens de gauche à s’abstenir »...

Si Alain Krivine parle de « dérive » du PS, ce qui implique, si les mots ont un sens, que ce parti n’est pas complètement social-libéral, on croit comprendre comment il envisageait de contrecarrer cette dérive : par une dénonciation formelle, via des médias au mieux avides de petites polémiques, au pire prêts à jouer les chausse-trapes lorsque l’intérêt le leur dicte. Il ne voyait pas malice, en revanche, à ce que « des électeurs de la gauche radicale » aient pu voter F. Bayrou plutôt que S. Royal pour éliminer N. Sarkozy. Selon ce calcul, auquel même Machiavel ne pourrait croire, l’arrivée au pouvoir - et non comme ministre ! - de F. Bayrou devait engendré une crise fatale du PS, et, par voie de conséquence, une recomposition valable des forces... Une recomposition d’apprentis sorciers, évidemment, avec un « centre » qui entraînerait le Parti socialiste à droite et laisserait une « gauche » efflanquée, c’est-à-dire une « gauche » de toute nature, de plus en plus divisée et de plus en plus démoralisée.

Une concurrence « libre et non faussée » ?

Avant cela, la LCR s’était également dite « supersatisfait[e] » de son résultat 1 (O. Besancenot, Le Figaro, 23 avril 2007), puisqu’elle avait fait mieux que ses concurrents directs et pensait avoir résisté au « vote utile ». Peu importe que l’enjeu se trouvât ailleurs, ou que Lutte ouvrière (LO) perde l’essentiel de ce qu’elle avait obtenu cinq ans avant. Vingt ans après le Parti des travailleurs (PT), grand spécialiste de la construction en vase clos « du » grand parti des travailleurs, LO avait compris la leçon et n’en parlait plus comme en 2002. Elle a même appelé cette fois franchement à voter pour la candidate du PS au second tour. Mais c’est au tour de la LCR, au lendemain du 1er tour, d’invoquer ce genre d’ « apparition christique »... et dire vouloir battre N. Sarkozy sans appeler clairement à voter S. Royal ! Puis, la LCR a refusé de participer à un rassemblement commun de « la gauche de la gauche » entre les deux tours.

La politique de la chaise vide à tous propos et de dénonciation propagandiste de cette organisation s’est accélérée depuis son rapprochement électoral avec LO aux élections européennes de 1999, dont le résultat (plus de 5 % et 5 députés élus) leur servit à tous deux de tremplin médiatique pour les années à venir, même si leur alliance a ensuite éclaté pour des raisons essentiellement boutiquières.

Son purisme l’a conduit l’an passé à quitter les « collectifs antilibéraux » 2, au prétexte que le PCF entretenait une ambiguïté inacceptable sur son éventuelle participation à un gouvernement de gauche, qui ne pouvait être que social-libéral 3... La direction du PCF en a profité pour s’exonérer de ses propres responsabilités et imposer à son tour sa propre candidate - sa secrétaire nationale - contre les militants des collectifs unitaires, une partie de l’opinion en attente et les rénovateurs, dans un équilibrisme sensé contenir les forces centrifuges en son sein.

De la LCR et du PCF, c’est à celui qui représenterait le mieux le camp des travailleurs, et en récolterait les retombées financières, médiatiques et symboliques. Seulement, nous le savons tous depuis qu’elle laboure les campagnes électorales depuis trente-quatre ans, qui « d’autre [qu’Arlette] peut se dire sincèrement dans le camp des travailleurs » ?...

La fin du trotskysme

Dans la petite cuisine de la LCR, c’est en fait Léon Trotsky qui disparaît. Par des « coups » médiatiques, l’intox, dont les effets boomerang ne tarderont pas à venir, cette organisation cherche à disputer le leadership de la gauche au PS, dans une outrance où l’ennemi devient la social-démocratie, le « social-traître », présenté inexpugnablement comme social-libéral. Avec ses 3 000 membres (?) et quelques « succès » électoraux, elle croit être plus « à la page » et pense avoir gagné les cœurs. Considérant la marginalisation du PCF comme réglée, alors que ce parti représente des couches sociales ouvrières et populaires qu’on verra encore dans la rue, au grand dam des gauchistes qui marcheront derrière, elle se tourne ennemi du PS ! Abandonnant, faute de mémoire ou d’éducation politique, ce qui pouvait constituer l’apport de la tradition trotskyste à la culture politique marxiste-révolutionnaire, le Front unique (la volonté de rapprocher les forces du mouvement ouvrier entre elles) et l’idée de la transition (c’est-à-dire la popularisation de thèmes politiques porteurs, capables de faire levier - et pas simplement la déclinaison de revendications sociales multiples et variées, aussi légitimes soient-elles, plutôt l’apanage des syndicalistes) 4. Ne reste plus, pour organiser la résistance, que son cadre militant, autour de son « noyau » dirigeant 5... On pensait pourtant ces débats, d’une autre période, tranchés.

Mystificatrice et source de nombreuses dérives sectaires, l’idée d’une avant-garde (autoproclamée), autour de laquelle viendraient s’agréger les autres forces, est non seulement néfaste mais vouée à l’échec, et conduit la LCR, si elles n’avaient pas des conséquences désastreuses, au ridicule. Les tentatives multiples de LO, du PT et d’autres l’ont amplement démontré. Cette stratégie, ou absence de stratégie, peut être comparé au solo funèbre du Front national, qui a mis vingt-cinq ans à cristalliser « la protestation » sans jamais parvenir au pouvoir. Pour peu qu’un candidat de la bourgeoisie opère intelligemment et voilà ce parti plongé dans la crise.

Dans notre cas, il y a pire. Démonstration vient d’être faite que les résistances sociales, faute de réponse politique à leurs attentes, ne peuvent pas éternellement se prolonger. Elles peuvent même finir par subir une défaite stratégique, comme il en résulte des élections que nous venons de vivre. C’est dire combien la spéculation de la LCR est mortifère pour la gauche : le temps que cette organisation atteigne des scores identiques à ceux du FN et le monde du travail se retrouverait atomisé, appauvri socialement et politiquement. Sa très improbable ascension se ferait alors sur un champ de ruines.

L’errance du PCF

C’est aussi cette capacité à affronter la vérité en face qui a fait défaut au PCF. Lorsqu’on voit l’errance dans laquelle il se trouve, notamment pour n’avoir pas fait jusqu’au bout le procès du stalinisme, tiré à fond les leçons de l’échec dramatique du « socialisme réellement existant » (aujourd’hui la Chine, Cuba...), on s’explique mieux pourquoi il ne parvient pas à se réorienter, tout prêt de reprendre les pratiques anciennes (« M.-G. Buffet, la candidate de la gauche antilibérale et populaire ») tout en sacrifiant au « mouvementisme », l’idéologie du moment. En se débattant avec sa mauvaise conscience, le PCF ne parvient pas à offrir un visage autre que compassionnel aux nouvelles générations.

En dépit d’un certain effort de renouvellement, attesté par son quotidien L’Humanité, le naturel est revenu au galop, exprimant par là une réelle difficulté de ses dirigeants à penser aussi le passé récent qui l’opprime - le bilan de sa participation au pouvoir sous F. Mitterrand comme sous la gauche plurielle ; et à rompre avec le même schéma du parti d’avant-garde qui sévit à l’extrême-gauche, réflexe identitaire des orthodoxes, qui n’ont pas non plus, il faut l’avouer, d’interlocuteurs rénovateurs rassurants susceptibles de les aider à traverser l’épreuve.

Le PCF n’a pas saisi de ce fait la chance des collectifs antilibéraux pour se régénérer dans le cadre d’un arc-en-ciel de forces dont il pouvait constituer l’ossature, sans prétendre en être l’unique chef d’orchestre. Sans cet effort théorique et pratique, il est conduit à se laisser couler au gré des tactiques de l’appareil, sans aider à la construction d’une alternative digne de ce nom. Les mairies qu’il dirige, ce qu’il lui reste du tissu associatif qu’il irrigue, ses liens avec le mouvement syndical, en premier lieu la CGT, auraient pu constituer des têtes de pont d’une nouvelle politique. Au lieu de cela, il a pris la responsabilité d’empêcher l’opportunité historique d’une campagne unitaire, sans pour autant être capable de se démarquer stratégiquement des autres candidats qui lui disputaient sa place. Son matraquage volontariste contre le vote utile dans la dernière ligne droite devînt pathétique.

L’unité ne fait pas tout

Cette division de « la gauche de la gauche » fut d’autant plus inacceptable qu’à l’exception de leur image, quiconque a lu les professions de foi de ses candidats (avec J. Bové en sus, parti pour fédérer et qui a fini en candidat de témoignage de plus) aura été bien en peine de voir leurs différences.

Le troisième homme ne devait pas être F. Bayrou mais cette gauche-là, prémisse à une réorientation anti social-libérale du PS, dans un contexte où le PS avait vu 41 % de ses membres désapprouver le Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) à sa consultation interne, puis subi le camouflet de la victoire du « non » au référendum. J.-L. Mélenchon s’interrogeait alors sur son départ du PS et D. Strauss-Kahn se demandait à haute voix si L. Fabius comptait y demeurer !

Mais, déjà, les collectifs antilibéraux n’avaient pas su prolonger la victoire du « non » au TCE, en initiant une campagne populaire pour une autre république, qui aurait mis le thème de la démocratie au cœur du combat entre les classes sociales. Le Congrès (Assemblée nationale et Sénat réunis) et le Président de la République, activement engagés en faveur du « oui », n’avaient pourtant plus de légitimité et les collectifs antilibéraux auraient trouvé là de quoi maintenir leur unité, s’élargir à d’autres courants, et au moins prendre date pour les élections à venir... Une revendication politique, si elle est portée en temps en heure et à un échelon de masse, peut modifier de façon décisive un rapport de forces. Au lieu de cela, ces collectifs ont préféré s’abîmer dans des histoires à la mords-moi le nœud, et la VIe république, appelons-là comme on veut, est devenue secondaire, un petit point de propagande parmi bien d’autres...

Ces collectifs avaient assisté passivement aussi à la désignation du candidat pour le PS à l’élection présidentielle, sans jamais penser marquer leur préférence pour un candidat du « non », toujours obnubilés par leur propre importance, et leur échéance... de division à la Présidentielle ! La division avait commencé par déteindre. Chacun se regarde désormais en chien de faïence et prend l’autre pour son adversaire. C’est un des aspects de la décomposition et de la défaite politique, déjà analysées, que les forces de la gauche subissent depuis longtemps. Outre ces erreurs, toutefois, il faut bien admettre que la simple unité, pour changer la donne, n’aurait peut-être pas suffi...

De la propagande à l’irresponsabilité

Pour nous faire comprendre, prenons quelques exemples dans le catalogue des 125 propositions des collectifs antilibéraux, la référence de tous ces courants. Sur l’Europe, parent pauvre de la campagne alors qu’il constitue le noeud gordien des contradictions entre les classes, il est stipulé ceci : « Nous nous opposerons à l’actuelle directive européenne sur le temps de travail et [nous] agirons immédiatement pour une réduction européenne du temps de travail » 5 (19e proposition)... Si nous étions au pouvoir, qu’est-ce que cela signifierait exactement ? Que probablement, vu l’état du rapport de force, les autres pays continueraient à appliquer leur propre temps de travail. Cela obligerait la France à accepter la « discipline » européenne ou à agir seule. Si la France agissait seule, sachant que notre politique de réduction du temps de travail serait suivie d’embauches compensatrices, « notre » productivité serait alors moindre ; de ce fait, « nos » entreprises auraient tendance à délocaliser, puisque « nos » produits seraient moins exportables parce que plus chers. Nous vivrions certes mieux, mais nous serions économiquement plus pauvres. La question est cependant ailleurs : dans pareil cas, accepterions-nous que les mêmes produits venus des pays voisins arrivent sur notre territoire à un tarif moins cher, sans leur imposer une taxation qui compense le dumping social ? Certainement non. Nous serions alors contraints d’utiliser les outils du protectionnisme.

Voilà pourquoi si nous mettions à exécution une grande partie des propositions de ce programme (notamment celles du chapitre « Une autre Europe dans un autre monde »), nous entrerions aussitôt dans un conflit ouvert avec les institutions européennes, au point d’aboutir à une rupture avec l’Europe réellement existante. Pourquoi ne pas le dire plutôt que d’entretenir des illusions sur une réorientation non-libérale d’une Europe qui nous enchaîne ? Sur un autre registre, l’immigration (proposition 99). A partir de la fausse bonne idée que « (...) La liberté de circulation ne doit pas être réservée aux marchandises et aux capitaux » 7, il est demandé la régularisation immédiate des sans-papiers « avec une carte de séjour de dix ans », « la dépénalisation du séjour irrégulier » (sic), la suppression « des visas de court séjour, le passeport sera suffisant », et « tous les résidents bénéficieront des mêmes droits sociaux [que les citoyens français] ». J. Bové, dans sa profession de foi, a appelé « aux droits de vote des immigrés », de même que M.-G. Buffet lors d’une émission télévisée. Elections locales, nationales, européennes, pourquoi spécifier ?! Dans les 125 propositions, il est écrit : « locales et européennes », mais il est réclamé ailleurs dans le texte « le droit de vote et l’éligibilité de tous les résidents à toutes les élections » 8. Pour ces résidents, il est demandé aussi qu’ils puissent bénéficier de nouveaux droits, en particulier l’obtention de moyens convenables d’existence par la collectivité (argent, logement, etc.)... Bref, l’effet d’aubaine est évident : « Avec la gauche antilibérale, on rase gratis ! »

Par-delà les bonnes intentions sociales, une politique qui n’allie pas utopie et responsabilité, c’est-à-dire qui n’anticipe pas les conséquences de son action, n’a aucune chance de convaincre. Il ne s’agit pas de se rallier à un réalisme de rond-de-cuir ; mais être solidaire avec les peuples ne peut pas consister à s’abandonner au libre-échange mondialisé.

La nation

D’autres sujets continuent d’achopper. La sécurité, par exemple. La mondialisation, ce n’est pas seulement le chômage de masse et le désoeuvrement chez les jeunes de condition modeste de 18-24 ans en France, c’est aussi un mode de production et de consommation dispendieux, rapide - un état d’esprit prédateur, au point que le langage de la cité a finit par emprunter celui des salles de marché. C’est un nouvel état de la civilisation. Dès lors, peut-on exclusivement incriminer les conditions sociales et économiques pour « euphémiser » la violence urbaine des jeunes, en particulier des mineurs, et refuser la police de proximité, au prétexte que mettre des policiers dans la rue ne réglera pas le problème ? Nier l’évolution inédite des banlieues, pas encore à l’Américaine comme l’a expliqué Loïc Wacquant, mais avec tout de même de plus en plus de similitudes, et la nécessité d’une sécurité publique qui intervienne, a simplement fourni l’occasion au candidat du CAC 40 d’être adoubé dans le rôle du pompier par une certaine population exaspérée, pas toujours blanche, raciste et propre sur elle. Avons-nous ainsi fait avancer le problème ?

Réfuter les faits quand ils existent ne fait que créer un élément anxiogène supplémentaire. De même, l’identité... L’identité est certes une construction, mais elle ne peut continuer de s’enrichir qu’à condition qu’on ne lui dispute pas, comme un préalable, ses fondations : sa langue, son territoire, son socle politique (en l’occurrence, la république française). Face à l’euromondialisme, vécu comme un Grand Tout, le réflexe national ne doit pas être identifié au chauvinisme, à la réaction contre les autres peuples. Il faut l’analyser comme un besoin d’appréhender les problèmes centraux, là où les peuples pensent pouvoir les régler parce qu’ils sont davantage à portée de la main. C’est pourquoi l’exercice politicien, qui consiste à revendiquer d’un côté la souveraineté populaire - une VIe république -, thème qui aurait pu devenir l’un des quatre points d’ancrage de la campagne unitaire de la gauche antilibérale (tout comme la rupture avec l’Union européenne, les mesures d’urgence sociale et écologique, et une politique véritable de co-développement), en faisant disparaître dans le même temps toute notion de nation, en considérant celle-ci comme un gros mot, parce qu’on se rêve déjà « citoyen du monde »..., est un véritable non-sens.

Le « furieux » Nicolas Sarkozy, cynique ultra-libéral, a su là aussi jouer sur tous les tableaux. Il faudra que les européïstes, réformistes, « radicaux » ou « altermondialistes », admettent que le niveau de mobilisation pour un projet commun est différent d’un pays à l’autre et ne sera pas harmonisé du jour au lendemain. La voie nationale reste alors, encore, un passage obligé 9, puisque les conditions peuvent être réunies dans un seul pays avant qu’elles se transmettent à d’autres... Mais le rêve est en marche et naturellement n’a pas de limites.

Nos idéalistes à l’universalisme ingénu devraient plutôt réfléchir au contenu du socialisme, à l’aune des leçons du XXe siècle (p.e. comment recouvrir une vraie démocratie ?) et de la question écologique ; peut-être s’apercevraient-ils alors que la construction de l’Europe n’est pas l’horizon indispensable qu’ils croient. Pire, il s’avère être le projet contre-révolutionnaire par lequel les bourgeoisies fusionnent sur le dos des peuples. Ces bourgeoisies qui dénient aux Etats-nations le droit de se défendre alors qu’elles-mêmes doivent à ce droit leur enrichissement, voire leur existence, ceci parce que l’étape européenne sert aujourd’hui mieux leurs intérêts, avant de se déployer avec plus de forces sur le marché mondial.

Le retour sur terre

Tous ces problèmes, en plus de sa division - hier pour des divergences artificiellement gonflées, aujourd’hui pour la pêche aux voix dans le cadre du financement des partis 10 -, la gauche de la gauche les esquive, ne proposant que des formules hâtives. Généreuse en intentions, multipliant ses aspirations, elle reste décalée par rapport aux rapports de force réels et aux enjeux posés. Si elle veut se mettre en situation de pouvoir, participer à une réorientation de gauche du PS et jouer un vrai rôle face à la construction européenne qui avance et limite de plus en plus la marge de manœuvre des peuples, elle doit rompre avec l’idéologie (dont la forme sectaire est « l’avant-gardisme » et le messianisme), les propos généralisateurs et suffisants, les calculs étroits, les rêves éthérés, et même la prétention d’une contre-expertise tout aussi technocratique que ceux qu’elle conteste. Elle pourra alors s’interroger avec plus d’honnêteté sur le contenu de ce qu’elle veut vraiment faire.

Autrement dit, se mettre en situation de répondre de manière affûtée à la question suivante : qu’est-ce qu’une politique de gauche, visant une transition vers le socialisme, à l’échelle d’un pays comme la France ? Qu’est-ce qu’une politique nationale de civilisation ? Répondre à cette question, c’est commencer à être plus crédible dans la résistance.

1. Inférieur à celui de 2002 : 4,08 %, soit + 288 019 voix, avec une participation de près de 8 millions d’électeurs de plus qu’en 2002.

2. Issus de la coalition du « non » de gauche au Traité de constitution européen (TCE), allant du PCF à la LCR, aux écolo-socialistes, les Alternatifs, les libertaires, altermondialistes et adhérents d’associations en tous genres.

3. Même si personne n’envisageait la configuration du 1er tour, avec un Bayrou encore plus libéral en embuscade... Et puis, in fine, la victoire de N. Sarkozy, qui met un terme aux projections fantaisistes.

4. Voir les articles de Gérard Filoche, l’un des fondateurs de la LCR, sur le site de son courant dans le PS www.démocratie-socialisme.org.

5. A noter la situation à Clermond-Ferrand, où deux candidats de la LCR se sont opposés aux législatives. La direction nationale a parachuté sa propre candidate et donné son feu vert à une dissolution de la fédération, 47 militants sont concernés par une exclusion qui devait être discutée à la fin des élections. « Il n’était pas question de laisser le sigle à des militants qui ont fait la campagne de Bové », a expliqué A. Krivine (Le Monde, 7 juin 2007).

6. L’actuelle directive européenne sur le temps de travail fixe, notamment, la durée légale du temps de travail à 48 h par semaine, avec la possibilité d’aller jusqu’à 64 h.

7. Rappelons à ce propos ce qu’est la libre circulation, selon un libre-penseur, lorsqu’elle n’est pas cadrée : « Dans l’état actuel de la société, qu’est-ce donc que le libre-échange ? C’est la liberté du capital. Quand vous aurez fait tomber les quelques entraves nationales qui enchaînent encore la marche du capital, vous n’aurez fait qu’en affranchir entièrement l’action. » (K. Marx, Discours sur le libre-échange, 1848).

8. Avec ce commentaire entre crochets : « Le débat reste ouvert pour savoir si l’obtention de ces droits politiques implique ou non l’acquisition de la nationalité, étant entendu que la double nationalité reste toujours possible en fonction des accords existants entre Etats. » L’influence des idéologues du post-national, comme on parle de post-moderne, est évidente dans cette vision d’un monde sans frontière, sans que le dépérissement de l’Etat ait même commencé, la France ou autre devenant un territoire de transit.

9. Ce que Edgar Morin a fini par admettre : « Une démocratie à l’échelle planétaire n’est pas présentement possible. Une démocratie à l’échelle européenne mettra du temps à s’instaurer, via des partis et des syndicats transnationaux. Je crois malgré cela qu’il existe au niveau de la France la possibilité d’une politique de civilisation. » (« Où va la France ? » le débat Edgar Morin-Luc Ferry, in Le Monde 2 n° 168, 5 mai 2007).

10. Première fraction : 1,63 euros par voix obtenue, versés chaque année durant cinq ans, à condition d’avoir au moins 50 candidats dans au moins 50 départements ayant atteint, chacun, au moins 1 % des suffrages. Puis, deuxième fraction : 44 394,03 euros pour chaque élu au Parlement ou au Sénat.


Commentaires

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dimanche 16 mars 2008 à 20h34 - par  Didier Bous

Enfin quelqu’un de la gauche de l’égalité qui est réaliste ! L’UE est effectivement un joli piège pour se débarasser définitivement de la démocratie réelle.

Il faut remonter à la révolution française. Se coller aux Anglais et aux Allemands qui l’ont refusée en toute conscience, c’est-à-dire alors qu’ils savaient lire et écrire, c’est quand même renoncer officiellement, au moins à l’égalité. Au nom de l’internationalisme, une grande partie de la gauche renonce à toute chance de défendre l’égalité !

Il faut remonter aux années trente. Les Allemands votent pour Hitler, les Français pour Léon Blum. Aujourd’hui, c’est pareil, les mariages mixtes sont très nombreux en France, ils étaient à un taux d’apartheid en Allemagne en 1992. Au nom de l’internationalisme, la gauche accepte le racisme des jeunes Allemands.

Il faut monter au présent. Les sous-hommes du monde moderne sont les sans-diplômes. L’enfant d’ouvrier qui atteint un bac + 5 va bien, s’il est blanc. Nous avons une petite chance de trouver une solution en France, aucune avec les peuples qui ont refusé la révolution française consciemment.

Il faut monter à 2050, cette Europe qui vous fait rêver est en vieillissement accéléré, va devenir une immense maison de retraite multilangue. Nos jeunes vont certainement s’enrichir par cette différence ! Une maison de retraite remplie de militants anarchistes ne respire quand même pas le dynamisme et l’avenir !

mardi 8 janvier 2008 à 10h10

Mon article a été écrit quelques jours après la victoire de Sarkozy.

Mon point de vue sur l’Europe est le suivant :

1/ Comme tu le dis toi-même : « Une Europe des citoyens, des travailleurs, dont on s’éloigne malheureusement de plus en plus »... J’observe qu’il aura fallu plus d’une décennie pour que la gauche « radicale » finisse par admettre, et encore du bout des lèvres !, que la course de vitesse entamée entre les dérégulations et les résistances sociales est largement défavorable à ces dernières. Le dire nous aurait fait avancer.

2/ Dans un tel contexte, privilégier le combat transnational (songeons aux marches européennes contre le chômage et toute l’activité autour de l’Europe...) a dilué nos forces et obscurci notre compréhension des étapes par lesquelles nous avions une chance de resocialiser nos concitoyens avec la politique. Recouvrir la souveraineté du peuple dans chacun de nos pays devient l’étape indispensable pour faire espérer un jour une autre perspective. On appelle cela l’établissement d’un rapport de forces ou BA-ba.

3/ C’est pourquoi l’idée d’une Europe des régions, chère aux Verts, ou celle d’une Assemblée constituante européenne, chère à J.-L. Mélenchon, tout comme le mécano proposé par Y. Salesse m’apparaissent comme autant de promesses se dérobant chaque jour davantage. Ces constructions théoriques, séduisantes, resteront lettre morte et n’iront pas plus loin que la feuille de papier sur laquelle elles ont été imaginées. Elles sont de l’ordre de la propagande, voire de l’idéologie. Ce que nous savons faire dans ce milieu.

4/ Elles font accroire un plan B au moment où tout indique (le démantèlement de la Yougoslavie, la guerre irakienne, le bouclier OTAN, la supranationalité de directives européennes non votées, la crise du projet social-démocrate, la désyndicalisation, le chômage, la concurrence interétatiques, etc.) qu’il n’y a pas de projet européen véritable autre que celui d’un grand marché. Dès lors, pourquoi servir de marche pied aux multinationales ou jouer de malice ? Pourquoi ne pas parler clair ? Parce que nous craignons la nation, identifiée au nationalisme ?

5/ Un tel embrouillamini entrave l’effort de construction d’un véritable contre-projet, qui ne prendrait pas des vessies pour des lanternes. Pire : dans le cas de D. Voynet, ces bonnes idées sur la papier sont le prétexte à un arrangement avec nos adversaires de classe au prétexte qu’ « il faut sauver le projet européen » (voir son futur vote au mini-traité). Aujourd’hui comme hier, l’enfer reste pavé de bonnes intentions...
6/ Tout ceci nous ramène à une question : qu’est-ce que le socialisme ? Et par quelles étapes pouvons-nous renouer avec son contenu ? Se rappeler que « l’universel, c’est le local moins les murs » (Pessoa) - et non un superEtat de 27 pays parlant autant de langues différentes.

Je propose ainsi une autre approche du problème plutôt que l’acceptation de l’européïsme, horizon indépassable de notre époque. De là, découlerait la définition d’un projet économique alternatif, autocentré, capable d’une certaine déconnexion d’avec le marché mondial, etc. Mais ceci est une autre histoire...

Serge Marquis

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vendredi 4 janvier 2008 à 19h21 - par  Jean Barjou

Pas tout à fait d’accord : ce n’est pas, selon moi, « avec l’Union Européenne » qu’il faut rompre, mais avec l’UE telle que nous la proposent les gouvernements libéraux. Je suis pour la construction d’un grand projet supranationaliste, pour une Europe des citoyens, des travailleurs, dont on s’éloigne malheureusement de plus en plus. J’ai, bien entendu, voté contre le TCI, mais je ne me satisfais pas d’un simple refus qui, pour être constructif, aurait dû déboucher sur un contre-projet, un "plan B".

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vendredi 4 janvier 2008 à 09h28 - par  Claire Strime

C’est évident que si on veut faire quelque chose d’1 peu sérieux il faut rompre avec l’Union Européenne...
Alors soit les collectifs machins sont inconséquents et ils ne vont pas jusqu’au bout de leur pensée, étant eux-mêmes atteints par la bienpensance européiste (ils ont 1 guerre de retard, le chantage mitterrandien à l’Europe et au nationalisme ça amarché en 1992, plus après).
Soit ils pensent qu’il faut niquer l’UE mais ils ont la trouille d’1 score à la Schivardi.

Dans les 2 cas ils ont faux ; évidemment les électeurs français sont des veaux (la preuve 53 % pour Sarko) mais il y a des limites (quand même...).

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