SARKOZY : QUESTIONNEMENTS

vendredi 18 juillet 2008
par  Jacques-Robert Simon
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J’essaie, comme tous, de deviner les desseins réels sous les tempêtes médiatiques, les coups de gueule, les pièges et chausse-trappes qu’affectionnent les gens de pouvoir. M. Sarkozy a, il est difficile d’en douter, marqué une rupture quant au style de notre République. Le Président de la France n’a plus à être différent du commun des mortels : il a ses peines de cœur, ses états d’âme, ses rancoeurs tenaces, l’insulte facile, l’humiliation de ses proches est constante. Il est peut-être plus gênant que la maîtrise de ses nerfs pose manifestement problème.

Je suis cependant fasciné par la méthode qu’il emploie : sachant qu’il ne peut pas régler les problèmes les uns après les autres, il les met tous sur la place publique et cherche sciemment (du moins apparemment) à mécontenter tout le monde en même temps. Je ne suis pas assez naïf pour penser qu’il s’agit de maladresses. Non ! Il y a tellement de gens irrités qu’il ne peut se passer que deux choses soit rien (les colères des uns dissimulant l’ire des autres) soit la révolution par la coalition des mécontentements. Dans les deux cas, il me paraît être gagnant. Les forces de l’ordre sont d’ores et déjà prêtes à mater une éventuelle révolution. L’état d’urgence peut être de nouveau décrété et la popularité de l’Homme fort affrontant la populace ne fera que conforter son emprise sur la société. Le mot est déjà dans toutes les bouches pour lutter contre d’éventuelles rébellions mêmes pacifiques : terroriste. Certains ont déjà connu les charmes de nos prisons pour avoir fauché du maïs. Ceci n’a choqué personne ou si peu de gens. Si, au contraire, rien ne se passe, M. Sarkozy fera ce que bon lui semble sans connaître de désagrément majeur : je ne suis pas certain que cette option soit celle dont il rêve : c’est un homme de combat et qui aime cette forme de contact avec les autres.

Reste le fond des choses : les réformes proposées et leur cohérence. La réforme de la fonction publique s’impose, le taux de prélèvements obligatoires ne peut pas augmenter, la valeur « travail » doit être réhabilitée, l’esprit d’entreprise doit être encouragée, l’ouverture des frontières sans co-développement conduit droit au désastre, la promotion de l’esprit créatif doit être l’axe central de toute politique. L’Europe doit, bien entendu, être construite autrement. Tout ceci se trouve dans le discours de M. Sarkozy. Je le pense aussi, dois-je dire l’inverse ? La gauche « sincère » ne peut pas se passer de ces observations qui s’imposent à tous. La différence avec M. Sarkozy ne tient pas dans des faits qui me semblent avérés mais dans les solutions à mettre en œuvre.

Par exemple, il me semble tout à fait acquis que la concurrence dite libre et non faussée sans maîtrise des citoyens est un non-sens, non pas idéologique mais expérimental. La fonction publique et les entreprises associées ont prouvé pendant plusieurs dizaines d’années qu’elles étaient innovantes, économes et que la corruption y était réduite à une juste proportion. Il est vrai que ses amis ont légalisé la corruption pour que le délit disparaisse au sein des entreprises multinationales qui peuvent, entre autres choses, utiliser à satiété les bonnes œuvres des paradis fiscaux.

Il me semble tout aussi acquis que ce que l’on présente comme une économie de marché est plus concrètement un marché de dupes. L’équilibre entre l’offre et la demande entre partenaires bénéficiant des mêmes informations, des mêmes degrés de liberté, des mêmes moyens de pression est sans nul doute le meilleur moyen de régulation. Mais nous ne sommes plus dans ce système. Celui qu’on nous propose est celui de l’arnaque : au plus malin la cagnotte, aux plus puissants les ressources, aux plus filous le pouvoir. Les sociétés d’économie mixte permettaient un bon usage du « marché ». Tout est fait pour les détruire.

Je préconise de faire une rupture avec l’aide des gens désintéressés, talentueux, ayant l’esprit d’entreprise et sans aucun sectarisme pour établir une communauté où ces valeurs perdurent. On peut le nommer « communisme » mais débarrassé de Staline, de Marx, et de tout livre « révélé » : bâtir pour les Hommes avec les Hommes.

La Science n’est pas seulement un immense amas de savoirs cohérents et compatibles avec la réalité, c’est aussi une méthode pour observer et se déterminer lorsque tout semble un chaos. Le chaos, nous l’avons, comment s’y prendre pour aller vers le « raisonnable » ? Ce raisonnable pour une société humaine est basé sur l’Egalité, la Liberté, la Fraternité. Contrairement à une idée très répandue, il ne s’agit pas d’idéaux, mais de moyens pratiques et efficaces pour innover, aller de l’avant, vivre…Remarquons encore que ces trois notions forment un référentiel à l’aune duquel il est possible de localiser une action. Il s’agit de ne pas oublier les aspects négatifs (les axes négatifs du repère orthonormé) : inégalité, coercition, haine, pour décrire en entier un système.

Lorsqu’un système chimique subit une « transition », par exemple de l’eau vers la glace, deux mécanismes principaux émergent. Dans le premier, la transition se produit brutalement, la température de transition est très exactement donnée, mais des phénomènes cinétiques – la vitesse d’apparition- peuvent obscurcir le phénomène. Pour le second, il se crée des amorces de cristallisation au sein de la solution et l’ensemble finit par se transformer par la croissance de ces germes et leur coalition.

Pour revenir à la politique, une transition du premier type nécessite la prise du pouvoir, les forces nécessaires pour imposer les changements (les changements sont toujours imposés car il est bien connu que ceux qui en profiteront n’en n’ont pas conscience et que ceux qu’ils défavorisent se battront jusqu’au dernier souffle). Prendre le pouvoir actuellement, c’est, selon les politiciens, accéder aux plus hautes marches du pouvoir par les élections ! Ils ont probablement conscience de leur très faible latitude de choix, alors ils s’allient aux puissants pour faire penser qu’ils décident de quelque chose. Gagner les élections, battre la droite…. Pour ce faire, on adopte le système quelle que soit sa couleur politique. J’ai quelques doutes sur le bien-fondé de cette méthode pour construire ; par contre, les gens de pouvoir peuvent aisément détruire : les services publics entre autres, cependant jamais aussi nécessaires. « Le pouvoir rend idiot, le pouvoir absolu rend absolument idiot ».

Une transition par « germination » ne nécessite pas une telle démarche. Des communautés peuvent se créer, se développer en respectant strictement ses principes fondateurs, les gens s’aggloméreront au sein de celles-ci simplement parce qu’ils y seront mieux. Pour les principes, ceux du communisme débarrassé du sectarisme, du besoin de chef charismatique (résurgence du besoin de père, du divin), du formalisme pointilleux, de l’esprit de caste, ceux du communisme donc, conviendraient. Mais celui décrit par A. Cohen : « Si le communisme touche la plume d’un oiseau ou fait pleurer un enfant, alors, je n’en veux pas ».


Commentaires

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dimanche 27 juillet 2008 à 10h38 - par  SIMON

Pourriez-vous me dire comment sans travailler :
1) On va construire une industrie du photovoltaïque
2) Rénover les transports en commun pour un futur "tout électrique"
3) trouver les moyens d’améliorer les piles à combustible
4) Faire un habitat conforme aux contraintes environnementales
5) Trouver des solutions à la production massive d’hydrogène à partir de l’électrolyse de l’eau de mer
6) Se débarrasser des énergies fossiles et fossilisantes
7) Se débarrasser des déchets nucléaires qui existent et qui augmenteront en volume, que ceci vous plaise ou non.
8) Faire une nouvelle Chimie sur d’autres principes que ceux qui datent de plus de cent ans
9) Faire des piles et accumulateurs beaucoup plus performants
10) Faire en sorte de nourrir la population mondiale avec une pénurie de terres arables
etc....etc....etc...
Si vous pensez que l’on peut faire une révolution technologique avec votre approche, je suis heureux pour vous,
Jacques SIMON

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jeudi 24 juillet 2008 à 18h51 - par  Guy

Un peu de lucidité :
les thématiques de la droite ont gangréné la pensée de gauche. Rien que cette "valeur travail" est un leurre, les anglais et les américains sont à 32 h de travail par semaine en moyenne. La richesse est là, les gens travaillent assez, le problème est le partage de la richesse.
De toute manière, toutes les pistes de réforme vantée par le pouvoir peuvent s’étudier, mais comme elles sont toutes sapées par les volontés inconscientes mais bien réelles du président (l’enchaînement de chacun à sa condition, comme lui, pour que plus personne n’ait rien à dire), il n’y absolument rien à tirer de tout ça pour la gauche et les démocrates dans leur ensemble. Aucune concession ne doit être faite, puisqu’elle se trouvera de toute façon toujours utilisée dans le sens de la fin de la démocratie.

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