C’est aux vivants de construire le monde

jeudi 25 septembre 2008
par  Jean-Michel Arberet
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Selon le quotidien Al Jarida Al Oula du 1er septembre, Cheikh Mohamed ben Abderrahmane Al-Maghraoui a lancé sur le site Internet maghrawi.net une fatwa autorisant le mariage des fillettes à partir de l’âge de neuf ans. "Il nous a été dit et nous avons vu que les filles de neuf ans ont la capacité de se marier autant que les filles âgées de 20 ans et plus", sa théorie s’appuyant sur l’histoire du Prophète Mahomet, qui se serait marié avec Aïcha alors qu’elle avait neuf ans. Le Conseil supérieur des oulémas du Maroc a dénoncé le 21 septembre cette fatwa. Quelques heures après cette condamnation, le parquet de Rabat a ouvert une "enquête judiciaire approfondie" sur Cheikh Mohamed ben Abderrahmane Al-Maghraoui,

Pour ceux qui se préparent à entonner le refrain classique sur l’obscurantisme musulman ou le choc des civilisations, il n’est pas inutile de rappeler que, au Maroc, le code de la famille promulgué en 2004 fixe à 18 ans l’âge légal du mariage pour les hommes comme pour les femmes. En France, pays des droits de l’homme, mais pas toujours de la femme, il a fallu attendre 2006 pour que l’âge légal du mariage soit fixé à 18 ans pour les femmes comme pour les hommes.

Cette fatwa a été condamnée, et c’est une excellente nouvelle. Mais même dans la condamnation certains points restent inquiétants. Tout d’abord la chronologie, le paquet de Rabbat n’a ouvert une enquête que après la décision d’un organisme composé de religieux, alors que la question posée relevait de la pédophilie. D’autre part la décision du Conseil supérieur des oulémas se fonde sur le fait que les hadiths cités comme référence indiquent que l’union et sa consommation se sont déroulées plusieurs années après l’acte.

L’aspect religieux a été traité en premier, au niveau chronologique et plus grave peut-être sur le fond de la question, en effet la réponse donnée par le Conseil supérieur des oulémas ne se fonde que sur un texte religieux vieux de plusieurs siècles Le droit n’est pas une émanation abstraite, vérité révélée et transmise de générations en générations, le droit est la traduction concrète de l’état des rapports économiques et sociaux au sein d’une société. Même si en l’occurrence la réponse religieuse va, ou semble aller, dans le bon sens. Elle semble aller, en effet, car si elle condamne la fatwa incriminée, elle ne prend visiblement pas une position claire sur l’âge du mariage pour les femmes, n’évoquant qu’une consommation plusieurs années après, ce qui à contrario n’interdit pas la conclusion de mariage et à fortiori des mariages arrangés pour des filles très jeunes. Les questions qui traversent nos sociétés, toutes nos sociétés, la place des femmes, l’homosexualité, le droit à la contraception, à l’avortement.. ne peuvent et ne doivent pas être traitées en regardant en arrière et en appliquant des principes religieux qui ne sont que la traduction d’un ordre social ancien. Si les religions peuvent légitiment parler des notions abstraites de bien et de mal, il ne leur appartient nullement de dire le droit, c’est aux vivants qu’il appartient en fonction de l’état actuel de nos réflexions de construire le monde d’aujourd’hui, non aux exégèses de textes millénaires…

Le 25 septembre 2008

Jean-Michel Arberet Conseiller municipal d’Arcueil Partenaire du groupe communiste http://jm-arberet.over-blog.com/


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