TRIBUNE LIBRE : CONGRES DU PCF : UN CDD DE SIX MOIS (renouvelable)

jeudi 2 octobre 2008
par  Jean-Luc Gonneau
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Une version plus ramassée de ce texte est parue le 1er octobre dans L’Humanité.

Après quelques années passées à être, selon l’expression que la légende ou la réalité prête à Lénine, un idiot utile, ou si on préfère un compagnon de route, ou encore un républicain sincère, j’ai adhéré au PCF début juillet. Drôle d’idée, ai-je entendu, de rejoindre un parti en déclin, en crise. Justement. Bien évidemment, pas plus mon arrivée que celles d’autres que j’espère nombreux ne suffira, toute seule comme ça, à enrayer le déclin, à guérir miraculeusement la crise. Mais la prise de conscience de nombreux communistes que non seulement le PCF mais aussi toute la gauche qui se situe dans une perspective d’alternative au libéralisme politique et économique risque d’être rayée de la carte politique, comme cela vient d’arriver en Italie, m’a encouragé à rejoindre leurs efforts. Et il demeure, quel que soit son affaiblissement, que le PCF est l’organisation clé pour toute perspective de développement d’une gauche refusant de céder aux sirènes libérales. Cela dit, et nous y reviendrons, le PCF est indispensable dans cette perspective, mais il n’est pas suffisant à lui tout seul.

Aussi, le congrès du PCF doit être un moment important. Car le temps est compté. Le déclin électoral du PCF est réel, et cruel. Inutile de rappeler les scores de la présidentielles. Inutile de cacher que les élections législatives et municipales n’ont pas été un succès pour les communistes : ils y ont, au mieux, limité les dégâts. Mais de limitation de dégâts en limitation de dégâts, il risque de ne plus rester grand’chose de l’édifice dans les années à venir : temps compté. D’où le CDD : ou bien le congrès ouvre réellement des perspectives, ou bien il donne dans le cosmétique. Si rien ne bouge ou si peu, une nouvelle vague de départs, avec ou sans portes qui claquent, viendra grossir les rangs des anciens du PCF, bien plus nombreux que les adhérents (maigre consolation : c’est aussi le cas des autres formations politiques).

La base commune adoptée par le Conseil national du PCF souffre des avantages et des inconvénients des synthèses : plus petit dénominateur commun des idées en présence, elle est rassurante par son absence d’aspérités, et inquiétante par ses hésitations ou ses non-dits. Rituellement, un document préparatoire à un congrès commence par une analyse de la situation politique en France et dans le monde. Celle de la base commune est convenable, comme on dit de gens qui se tiennent bien à table. On voit mal qui, à gauche, ne partagerait pas ces analyses. Les propositions pour l’avenir, que ce soient les axes pour agir ou les grands thèmes politiques à développer ne sont pas impertinents, mais guère innovants par rapport à ce qui ressortait des congrès précédents. Les profondes transformations ne sont pas traduites concrètement dans des actes. Appeler à de rassemblements un peu partout, n’est-ce pas ce qui avait été tenté après le referendum de 2005 ? A ce sujet, le travail critique nécessaire, contrairement à ce qui avait été fait à propos de l’épisode de la gauche plurielle, est à peine abordé. Et passons sur l’impayable paragraphe où s’accumulent les « nous croyons ». Nous ne sommes pas à Lourdes en face d’un pape endimanché. Essayons de penser plutôt que de croire.

Le communisme est un référent important de l’histoire politique, en France et dans bien d’autres pays. La base commune le rappelle opportunément. Tout comme elle rappelle, à juste titre, les défiances que le mot même suscite. Nous vivons une époque ou bien des mots et des concepts qui ont fondé et accompagné la gauche ont perdu leur sens, soit à l’épreuve d’échecs, voire de drames historiques, soit par le renoncement à défendre certains principes ou valeurs. Staline a tué le mot communisme, comme la dérive sociale-libérale est en train d’étouffer le mot socialisme, après avoir relativisé la notion de service public ou celle d’intérêt général. Le concept qui définit probablement le mieux nos aspirations est celui d’émancipation. Reconnaissons un fois cela posé que « parti émancipationniste » ne serait pas forcément propice à enthousiasmer les foules. Réfléchir sur le fond, c’est, ou plutôt ce doit être aussi, réfléchir sur le dire. Qu’est-ce, pour une majorité de nos concitoyens aujourd’hui, qu’un parti communiste ? Hors les cercles militants ou « bien informés », comme on dit, hors les lieux où les élus communistes sont en situation de pouvoir local, le parti communiste est, au choix, un souvenir ou un point d’interrogation. Faut-il changer le nom ? Certains affirment que les PC européens qui l’on fait ont couru à l’échec. C’est généralement vrai. Mais ceux qui ne l’ont pas fait ont, tout aussi généralement, échoué aussi. Le problème n’est peut-être pas là, mais il l’est un peu quand même. Un problème d’identité, d’autant plus difficile à traiter quand l’ambition est une « profonde transformation ».

Cette identité, à mon sens, doit se construire à partir de quelques éléments simples correspondant aux aspirations populaires, exprimées notamment dans les luttes : si la lutte de classes n’a pas disparu, loin de là, elle a, pris des formes nouvelles, et diverses, qu’il faut prendre, le texte de la base commune le rappelle, en considération. Ainsi, donner un contenu concret de ce qui participe du bien commun, soumis à la notion d’intérêt général et en conséquence soustrait, en partie ou totalité, aux prétendues lois du marché parait indispensable. Le logement et l’emploi, la santé, l’éducation et la culture, les transports collectifs, l’énergie, l’eau, le service bancaire, les communications, l’accès aux services bancaires et aux produits alimentaires de base, voilà ce qui ne devrait pas être négociable. Redonner au travail sa juste rémunération et contrôler celle du capital est un autre point majeur. A partir de ces deux chantiers là, une politique émancipatrice prendra du sens. D’aucuns, nombreux chez les socio-libéraux, objecteront que nous devons tenir compte des contraintes internationales, imposées par l’Union européenne ou, allons donc, l’Organisation mondiale du commerce. Tant à Bruxelles qu’à Genève, il faut savoir dire non. Pas au nom d’intérêts égoïstes, mais au contraire au nom de la justice sociale et de l’émancipation des individus. Dans les périodes récentes où la gauche a été au pouvoir, elle n’a jamais, ou presque, dit non à Bruxelles sur des sujets importants. Il faut reconquérir le courage de dire non.

Quel outil politique pour redonner corps et crédibilité à un projet alternatif au libéralisme ? Nous l’avons dit, le PCF est nécessaire (mais il faut faire vite) dans la construction de cet outil. Nécessaire, mais pas suffisant. Peut-on se contenter de « fronts » ou d’alliances électorales variables suivant les circonstances ? Je ne le crois pas. Le Parti communiste doit éviter deux écueils. Le premier serait de se réfugier dans une attitude purement contestataire, à l’image de la LCR et de l’organisation qui lui succèdera. Le second serait de se contenter d’être la caution sociale du PS, piège qui n’a pas été totalement évité lors de la période gauche plurielle. Il y a en France trois traditions politiques (plus quelques dérivées) qui composent la gauche : celle issue de l’anarchisme (qui a participé du corpus des organisations dites trotskistes), celle socio-libérale (plus ou moins socio ou libérale selon les époques) et celle d’une alternative au capitalisme dans une perspective gouvernementale, dont participe le PCF. L’objectif est de relever cette troisième famille, de recréer un rapport de force permettant de peser sur les choix politiques de l’ensemble de la gauche, bref d’aller à la conquête d’une hégémonie politique à gauche. Dans cette optique, il convient d’observer ce qui se passe dans certains pays voisins, et notamment en Allemagne avec l’émergence de Die Linke. Lapalissade : l’Allemagne n’est pas la France, ni la même histoire, ni les mêmes traditions politiques. Il n’empêche : sans qu’il soit question de modèle, n’est-ce pas une sorte de Die Linke à la française que nous devrions envisager ? Cela vaut le coup d’essayer.


Commentaires

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jeudi 11 décembre 2008 à 14h48 - par  daniel dosias

excellente analyse sur cette gauche qui s’écartèle de plus en plus ! il est vrai que le PCF paye le stalinisme et ses suiveurs , style Marchais. cette idéologie, étrangère au socialisme de départ, a causé beaucoup de dégats ! il faudra du temps pour effacer les blessures ! il n’y a plus de confrontation d’idées car il n’y a pas de "modèle" en référence. ce petit noyau de PCF peut encore faire repartir l’arbre des luttes, mais les anciens doivent céder la place.

Site web : congrès du pcf

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