GAZA, OU LES LOGIQUES SANS LA RAISON

samedi 17 janvier 2009
par  João Silveirinho
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De ce qui se passe à Gaza, il convient de retenir d’abord la souffrance de ses habitants, les centaines ou, craignons-le, peut être à terme les milliers de morts de civils, enfants, femmes, hommes, causés par cette guerre, car il s’agit bien d’une guerre. Rien ne justifie jamais, le massacre d’innocents. Certains parlent de génocide. Il faut sans doute raison garder et conserver aux mots l’amplitude de leur sens. Il s’agit, répétons-le, d’une guerre, et d’une guerre avec, de nombreux indices semblent l’établir, avec son lot de crimes : crimes de guerre, sans doute.

On retiendra ensuite des logiques effrayantes. Logique d’Israël, d’abord : le Hamas agresse, par des tirs de roquettes son territoire, il est donc logique de se défendre en empêchant que se poursuivent ces agressions. C’est la justification officielle de l’offensive de l’armée israélienne. Apparemment, elle est soutenue par l’immense majorité des citoyens israéliens. Pour certains, cette logique est admissible, et ce serait la « disproportion » des moyens utilisés par Israël qui serait scandaleuse, notamment par le cortège de morts civils qui accompagnent cette « légitime défense ». En quelque sorte, des dommages collatéraux, d’accord, mais pas trop tout de même, et là, c’est trop. Notons qu’il est parfois oublié, et le plus souvent minoré, qu’Israël, voici quelques années, avait plus ou moins discrètement appuyé le Hamas pour faire pièce au Fatah de Yasser Arafat, alors considéré comme l’homme à abattre. Un brillante illustration de plus de la formidable vista des diplomaties américaine et israélienne ces dernières années : armer Ben Laden contre les russes, financer le Hamas contre le Fatah, quelles clairvoyances ! Et enfermer la population de Gaza, quelle idée lumineuse ! Une prise d’otages gigantesque, rien de tel o pour attiser les désespoirs, d’où surgissent à la fois de courages et des haines.

Logique du Hamas ensuite, ou parallèlement : quelques analystes ont, à notre sens, bien vu que le jeu du Hamas est, au-delà d’une assez illusoire, dans les circonstances actuelles, destruction d’Israël, de ravir le pouvoir au Fatha. C’est une logique, en effet, pour une organisation politique, de vouloir accéder au pouvoir. Nous avons connu maints exemples, y compris dans nos belles démocraties occidentales, où cette fin n’était guère regardante sur les moyens : la captation du lepénisme par Nicolas Sarkozy en est un dernier échantillon. Au moins cela n’et-il sanglant que dans les consciences.

Pour toutes ces raisons, le cessez le feu unilatéral proclamé par Israël risque de ne pas être une solution. Les conditions mises (arrêt des tirs de roquettes du Hamas, blocage de la frontière avec l’Egypte) ramènent à un statu quo ante insupportable à long terme, aggravé par le maintien de troupes israéliennes à Gaza. Les populations palestiniennes y gagneront certes, peut-être, une relative trêve (et les soldats israéliens aussi), Israël tentera certainement de mettre en scène au niveau international ce « geste de bonne volonté », mais rien ne sera réglé quant au fond.

Il est clair pour nous qu’il ne s’agit en aucun cas de justifier les actes violents, y compris auprès de la population de Gaza qui ne goûte pas les options politico-religieuses de cette organisation, qui le caractérisent aussi, ni sa doctrine. L’absence de laïcité dans cette affaire ne fait qu’aggraver les choses et rendre plus difficiles les solutions. Et des deux côtés : le Hamas ne se cache pas, au contraire, d’être lié à des options religieuses primant le politique (ou plutôt le « justifiant »), et Isräel aurait bien du mal à faire gober qu’il est un état laïque.

Nous n’avons pas de solution toute faite à proposer. Nous nous rangeons, un brin résignés, à l’espoir que les pressions de la communauté internationale parviendront à interrompre le bain de sang. Sans illusions sur la suite des évènements : tant qu’un état palestinien de plein droit n’existera pas, les conflits continueront. Ce ne sera peut-être pas suffisant : tant que la raison n’aura pas remplacé les influences religieuses, la-bas comme partout, la paix demeurera, si elle survient, fragile. Au fond, Churchill, ce vieux réac, à qui nous pardonnons un peu car homme de courage et d’humour, n’avait peut-être pas tort quand il vilipendait la création d’Israël. Sauf que maintenant, c’est trop tard, il faut faire avec.


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