PLUS SARKOZY S’AGITE, PLUS LA FRANCE EST MALADE

mercredi 18 février 2009
par  Jean-Luc Gonneau
popularité : 42%

Dans un réjouissant articulet paru dans Libération (tout arrive), l’écrivain Michel Embareck se gausse de celles et ceux qui, à gauche, voudraient limiter les interventions de Nicolas Sarkozy à la télévision en incluant son temps d’antenne ans celui réservé à sa majorité politique. Erreur, écrit-il, puisque ces apparitions à répétition ont pour conséquence de singulièrement réduire sa popularité et conduisent de plus en plus de nos concitoyens à ressentir une sorte d’indigestion suite aux verbiages présidentiels. Que ne prend-il modèle sur Chavez, moque-t-il, avec une émission hebdomadaire de plusieurs heures : coup double, l’égo démesuré du président de tout serait rassasié, et les français définitivement écoeurés.

Reconnaissons que la dernière prestation d’importance de l’omniprésident donne du grain à moudre à la thèse de Michel Embareck. Sans véritable boussole face à la crise, le zébulon de l’Elysée a multiplié les annonces de « pistes » sans grande cohérence, s’égarant à plusieurs reprises mais, selon lui, sans jamais mentir. En matière de culot d’acier, son prédécesseur jacques Chirac a trouvé son maître. Pas de mensonge ? Comment appeler le numéro présidentiel sur l’aide aux banques et aux entreprises automobiles, « portant un intérêt de 8% », et qui, donc, ne coûterait rien aux français, et même, pour un peu, leur rapporterait quelque chose. Le même nous avit dit, voici peu, que les caisses sont vides. Si elles ne l’étaient pas, c’était un mensonge. Si elles le sont, d’où sortent les milliards allongés généreusement aux banques ? Forcément d’un emprunt de l’Etat. Un emprunt à taux zéro ? la discrétion à ce sujet est abyssale. Les « 8% » de profit sont dans ce cas sérieusement écornés. Mensonge là aussi. Mensonge aussi concernant le pouvoir de nomination du président de la télévision présidentielle, heu, pardon, nationale. C’est pas moi, claironne-t-il, c’est le gouvernement qui propose. Comme le président est ministre de tout, on mesure la nuance. Et les parlementaires peuvent s’opposer, ajoute-t-il dans un grand élan de vertu républicaine. Exact, à condition qu’ils soient 60% à le faire, ce qui demain la veille ni pour la droite, ni pour la gauche.

Des réflexions qui se multiplient en référence à la crise, apparaît un consensus sur le fait qu’une action politique, économique et sociale doit prendre en compte à la fois l’offre et la demande, l’investissement (le vrai, concret, pas celui des « investisseurs » au sens de Jean-Marc Sylvestre, dont le véritable nom est « spéculateurs) et la consommation, donc le pouvoir d’achat. Ceci vaut aussi bien dans le cadre d’une économie à dominante libérale, inspirant le plan Obama aux Etats-Unis, que dans une perspective « socialisante », ainsi que le préconisent, entre autres le Parti Communiste et le Parti de Gauche, l’un et l’autre envisageant une implication forte de l’Etat, y compris par des prises de participation ou des nationalisations. Le président frénétique n’en a cure : beaucoup pour les entreprises, sans contreparties réelles et sérieuses, peu pour les ménages. On en a l’habitude, mais celle-ci passe de moins en moins. Le peu qu’il apporte : un vœu sur le partage des profits, sans conséquences, une suppression de la taxe professionnelle (il fut précisé le lendemain qu’il s’agirait, ouf, d’une partie, la moitié envirion, de la ladite taxe) qui ne peut que faire bondir des collectivités locales dont elle est une ressource principale. La réformer, chacun en admet l’utilité. La supprimer, mais alors, la remplacer par quoi ? Rideau de fumée à ce sujet. Et qui paierait l’éventuel produit de remplacement ? L’Etat ? Bonjour les nouveaux impôts. Les citoyens directement ? Re-bonjour. En fait, ou bien cette annonce ne sera pas suivie d’effet, ou bien elle touchera au portefeuille des ménages. S’il n’y a pas mensonge, on n’en est pas loin.

Rendons cependant hommage au président total : son acharnement à se mettre à dos, avec un systématisme remarquable, des pans entiers de la population, hors le grand et moins grand patronat, il y a des limites à tout, est digne d’être admiré. Professions judiciaires (« petit pois »), enseignants, chercheurs (« qui ne trouvent rien » et sont là « parce qu’ils on vu de la lumière et que c’est chauffé »), syndicalistes (« irresponsables »), artistes (sauf le cinq majeur du président : Bigard, Clavier, Reno, Hallyday, Mathieu, madame Bruni-S. étant hors concours), personnels hospitaliers (inorganisés), fonctionnaires en général, manifestement beaucoup trop nombreux à son goût, la liste est longue des méprisés de la présidence. Seuls les patrons trouvent grâce aux yeux présidentiels, ces « meilleurs managers » dont le pays a tant besoin, et dont un bon nombre participèrent allègrement aux incuries qui ont précipité la crise. Limiter leurs salaires, comme vient de le faire, partiellement, Barack Obama ? Vous n’y pensez pas ! Que diraient mes amis Bouygues, Bolloré et autres Arnault ? Voulez-vous que je fasse pleurer madame Parisot ? Ce serait trop cruel.

Derrière les coups de menton, les faits du prince à répétition, les mutilations imposées aux services publics, commence à se montrer une impuissance. Les évènements intervenus en Guadeloupe, et à un moindre degré, au moment où nous écrivons dans les autres départements d’outre-mer en sont un signe particulièrement démonstratif. La vie chère dans les îles n’est pas une découverte : les primes versées depuis longtemps aux fonctionnaires métropolitains affectés à ces départements ne sont pas un cadeau, mais le signe que les disparités locales sont depuis toujours choquantes. Notons au passage que tous les gouvernements successifs, quelles que soient leur couleur politique, ont traité cette situation avec, soyons gentils, désinvolture. Les rentes de situation ou de monopole de quelques entreprises (la SARA, filiale de Total, pour les carburants, la grande distribution largement aux mains des familles békés, qui contrôlent aussi l’essentiel de la production agricole) n’expliquent certes pas tout, mais leur démantèlement aiderait à faire progresser ces départements. Nous comprenons fort bien que ce n’est pas à l’Etat de se substituer aux employeurs pour payer une parie des salaires. Mais il lui appartient de mettre fin aux abus. De cela, dans la palinodie gouvernementale en Guadeloupe, il n’est soufflé mot. Quelles que soient ses spécificités, la Guadeloupe est aussi un miroir de ce qui se passe dans l’ensemble de la République : un gouvernement incapable de dialoguer (ah ! ces « médiateurs » encadrant les ministres Pécresse et Jégo - à quoi servent-ils dorénavant, ces deux là ?- et ce « conseil de la création artistique », dont la ministre de la culture apprend la création au détour d’un couloir), des élus locaux timorés (seule Christiane Taubira a eu jusqu’à présent une attitude responsable. Césaire, reviens !). Certains, y compris à gauche, « craignent » que ce qui se passe en Guadeloupe fasse tache d’huile en métropole. Plutôt que de le craindre, nous aurions tendance à l’espérer.


Commentaires

Logo de Antoinette des Asturies
dimanche 22 mars 2009 à 01h14 - par  Antoinette des Asturies

La tâche d’huile s’étalera & "l’Habile Agité" glissera.

Ses méninges anémiées s’aplatiront, povrita Carlita les ramassera sous l’oeil ému de R. Bach’lotte qui déclara en canicule 2003 : "faut se mettre à l’ombre"

Amitiés

Jacqueline

Antoinette

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