LOI LRU : LE DECRET OU LA LOI ? LE DECRET ET LA LOI

samedi 20 juin 2009
par  Jacques Broda
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Mal nommer les choses ajoute au malheur de monde, disait Albert Camus. Que voulons-nous ? La question n’est pas anodine, pour ma part je souhaite cinq choses : l’abrogation de la loi L.R.U, le retrait du décret concernant les E/C, le maintien développement des I.U.F.M, l’expansion du C.N.R.S, des Etats Généraux de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche(1). Est-ce demander la lune ? Est-ce impossible d’obtenir ce que les lycéens ont gagné en deux mois ? Question d’analyse, de volontés et de désirs.

D’aucuns disent : sur la loi L.R.U on a perdu, protégeons les statuts ! Des collègues nombreux entrent en lutte contre le décret. Nous ne pouvons que nous réjouir, des alliances se nouent tant mieux, consolidons-les ! Mais ne nous laissons pas aveugler. Le noyau dur c’est la loi L.R.U et je souhaite que dans les A.G, les mobilisations, les tracts, les motions, les interventions, elle soit non seulement citée comme une référence dépassée mais comme un objet de lutte. La loi L.R.U dans son application, est en train de détruire l’université, elle précarise les personnels, le capital –via les fondations- s’engouffre dans la gestion, des D.R.H déboulent pour mettre au pas les personnels, les B.I.A.T.O.S, catégorie C, en voie d’extinction flippent à mort. Quant aux étudiants, leur précarité massive est contre-productive de tous les plans licence.

Je ne reprendrai pas l’analyse, certains la connaissent mais pas tous. Nous devons absolument dans ces temps forts de lutte, lier le décret à la loi. La Loi est supérieure au décret ! Sur la loi L.R.U, nous n’avons pas assez lutté, isolés nous étions. Le Sne-sup a tenté ce qu’il a pu. Les étudiants, pour l’essentiel ont failli (elle a été votée en été…). Depuis des élections ont eu lieu, des listes, des candidats, qui la condamnent sont élus, ils siègent dans les C.A, les CS, les C.E.V.U, tout n’est pas perdu, loin de là et tant s’en faut. Mais sans ambitions, tout risque de l’être, à s’installer dans une opposition, et gérer la misère. Nous devons absolument lier dans nos revendications, l’abrogation de la loi et le retrait du décret. Si nous ne le faisons pas, nous risquons d’obtenir un recul sur un point non négligeable (le statut), à défaut de l’essentiel : une politique de soumission de l’Université aux logiques marchandes. La lutte est un temps fort d’élévation du niveau des consciences, de discussion, d’élaboration, de propositions nouvelles. Mettons à profit les moments exceptionnels que nous vivons pour peaufiner l’Université que nous voulons, que nous souhaitons. Soyons défensifs et offensifs. Très offensifs, à nous de provoquer les Etats Généraux de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, nous ne voulons pas une université figée sur elle-même, défensive, repliée sur des corporatismes désuets. Non. Nous aspirons à une université ouverte, aux emplois sécurisés, aux enseignements et recherches innovants, à la pédagogie innovante. Ouverte sur le monde du travail et de l’industrie, en co-opération avec la société civile, ouverte aux grands défis d’une civilisation en crise.

Ce projet nous devons le construire, le penser, l’élaborer, le revendiquer et l’agir. A rassembler notre énergie et notre intelligence collective, nous dépassons, débordons très largement les experts des Ministères. Ils sont déconnectés du réel, de tous les réels. Nous, nous mettons les mains dans le moteur. Le moteur c’est nous. Nous associés.

Ne soyons pas frileux quant aux revendications. Qui peut le moins, peut le plus ! La radicalité de mon propos est à la hauteur des enjeux de la crise. Comment pourrions-nous croire après le 29 Janvier 2009, que nous sommes seuls, que nous sommes les seuls ? Comment pourrions nous croire que la question des statuts, ou celle des moyens des I.U.T sont centrales ? Il n’y a pas de revendications secondaires, il y a des contradictions secondaires et une contradiction principale, c’est la loi L.R.U, dont nous devons demander l’abrogation, comme nous l’avons obtenu pour le C.P.E.

Entre tactique et stratégie, j’en appelle à un sursaut de conscience dans l’action. Il est difficile de penser et d’agir en même temps, mais la situation nous oblige, nous appelle, à une inventité de l’action et de la réflexion. Je le répète, la mise en commun de nos intelligences, la mise en synergie de nos revendications-actions, la construction collective d’un désir autre, d’une autre université, doivent nous faire déboucher sur des Etats Généraux !

(1) J’en réfère ici à Philippe Mérieu, quand il réclame, des Etats Généraux de l’Education. On voit bien ici, les connexions essentielles, entre la formation des maîtres, l’échec scolaire, l’inégalité des chances, et une université en pointe des problématiques éducatives et savantes. En exemple, revendiquer une formation pédagogique pour les enseignants du supérieur, ils n’en ont aucune, comment cela est-il possible, quand on voit le taux d’échec en licence ? Certes il est plus économique ( !) d’affirmer que les étudiants sont mal orientés ! Au détour quels gâchis !

Jacques Broda est professeur de Sociologie


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