(SI C’EST POSSIBLE), PARLONS DEMOCRATIE

lundi 13 juillet 2009
par  Marc Mangenot
popularité : 1%

Deux élections récentes, en ce beau pays de France, l’une en 2007, l’autre en 2009, ont mis en évidence l’état de ruines du champ politique, et plus précisément ce qu’il est convenu d’appeler démocratie. L’une avant que la crise qui couvait depuis longtemps n’atteigne son paroxysme, d’abord avec la « crise alimentaire », ensuite avec la « crise financière ». La première, c’était la présidentielle. La seconde, les européennes. La première aurait été un modèle de démocratie attesté par un fort niveau de participation. La seconde, un trou noir de la démocratie, attesté par le très faible niveau de participation. Dans l’un comme dans l’autre cas, est-il encore possible de parler de démocratie au sens fort : la souveraineté du peuple ?

Les dés ne sont-ils pas pipés ? En apparence, la liberté d’expression est de règle. Regardons-y de plus près. Lors de l’élection présidentielle, l’illusion du choix a été donnée par la possibilité de se prononcer au second tour pour l’une ou pour l’autre. Le choix du second tour a été précédé d’une primaire en forme de kermesse qui pouvait donner à penser que le peuple était placé devant une vraie alternative –la phase « tamis » ayant « normalement » fonctionné. Les critères de choix ne sont jamais absolu. Tout de même, comme sur les marchés contemporains, les deux protagonistes de fin ont d’abord été façonnés et promus avec le concours de la presse à grand tirage, de même que nombre d’autres compétiteurs, un peu sur le modèle des gadgets ou des marques en nombre infini, inondant les étals et les rayons du grand commerce. Au final, tout cela ressemblait plus à l’élection de miss machin qu’au concours Lépine. Aucune raison de ne pas participer. Et pourtant ! Voilà le bon peuple convié à élire le dirigeant ou la dirigeante suprême, à lui conférer des pouvoirs considérables, à légitimer « démocratiquement » le rôle du chef, du patron, du maître, qui va sortir le pays de l’ornière. Etrange démocratie qui consiste à se dessaisir de la démocratie au quotidien.

Autant de monde pour apporter son vote, c’est vraiment fantastique. Que dire alors de la désastreuse élection des parlementaires européens ? Le peuple prié de faire son devoir ne se rend pas aux urnes. Ça ne l’intéresserait pas. C’est trop éloigné des gens. C’est trop compliqué. La presse n’y met guère du sien, sauf pour vanter un produit (l’Union européenne) qui attise les méfiances : normal, ça ne fait pas vendre. Ce point de vue, qui est celui des grands médias eux-mêmes, est un déni de soi-même. Au moment du référendum sur le projet de traité constitutionnel pour l’Union européenne (2005), la presse, la majorité des politiques, les économistes et les philosophes médiatiques, avaient fait feu de tout bois pour convaincre. Ils l’avaient fait après avoir exclu l’expression d’analyses et de perspectives différentes. La durée de la campagne aidant, ceux qui ne s’étaient pas résigné à la domination de la technopolitique et du capital avaient écrit, arpenté la France et la Navarre, discuté : des milliers et beaucoup plus de gens se sont interrogés, ont décrypté en commun des textes volontairement abscons, ont décelé les pièges, les mensonges, les entourloupes et que sais-je encore. La meute, sensée hurler avec les loups, est redevenue peuple. Le mot a été dit : non.

De cela, la gente de l’establishment a gardé une profonde amertume. Du coup, elle en a fait moins en 2009 qu’en 2005 et en 2007, car on ne donne pas de la confiture à des cochons (point de vue discutable, mais bon, on se comprend). Le peuple aussi l’avait en travers de la gorge. Mais pour des raisons absolument inverses. On l’a trompé en 2005, en 2007 et encore en 2008 avec la ratification en fausse solennité du traité de Lisbonne, toujours pas en vigueur à cause d’un autre peuple, les Irlandais décidément peu reconnaissants. La majorité, dans le peuple, a aussi compris que le parlement européen n’avait pas tant de pouvoirs que cela et, quand il émettait des votes non orthodoxes, il était lui aussi sommé de réviser sa position, ou contourné comme lors du vote sur les accords de l’UE avec Israël en décembre 2008. Il est vrai que si ce parlement européen n’a pas beaucoup de pouvoirs, il en a tout de même. S’ils sont limités, ils sont loin d’être nuls et le parlement peut-être un instrument efficace pour limiter les dégâts. Ce n’était malheureusement guère visible, sauf à gauche (à gauche !). Et, de toute façon, l’Union européenne a été une telle source de déception et de dégoût que les classes populaires, surtout elles, n’ont pas cru devoir se déranger. Est-ce là un signe que la démocratie s’étiole ou, au contraire, l’expression d’une exigence démocratique, de la volonté de disposer d’un espace public dans le champ social et politique ? Il serait bien utile aussi de réfléchir à ce paradoxe qui voit la participation au vote la moins élevée lors des élections à une assemblée délibérative et la plus élevée lors de l’élection qui confère des pouvoirs excessifs à une seule personne.


Commentaires

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dimanche 8 novembre 2009 à 04h11 - par  Larbi Chelabi

Ce message est essentiellement privé. J’ai eu le plaisir d’avoir eu monsieur Marc Mangenot comme enseignant à Alger (ITPEA) en 1977. Il enseignait l’économie à cette époque. Je vois qu’il n’a rien perdu de sa fougue et c’est avec plaisir que je lis cette contribution qui me fait dire : l’ami Marc (il me permettra cette familiarité j’en suis sûr) est toujours prêt à aller sur les barricades.
Larbi Chelabi ex étudiant ITPEA

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