VENT D’OUEST A LORIENT : UNE SYNTHESE (OU PRESQUE) DES UNIVERSITES DE L’ETE

jeudi 10 septembre 2009
par  João Silveirinho
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Pour sa troisième édition, les rencontres de Vent d’Ouest, l’association animée par Daniel Gilles, Thierry Goyet, Corinne Le Gall et François Guion, a réussi une synthèse, ou presque, des universités politiques qui ont égayé l’été, si on excepte celle du NPA. Parmi les intervenants ou le public, se trouvaient en effet des adhérents ou sympathisants des diverses organisations qui tenaient, ailleurs, avant ou après, leurs plus ou moins studieuses assises estivales.

Vent d’ouest avait invité, les 25 et 26 août (la veille de l’université rochelaise du PS) les participants à réfléchir à quatre questions : peut-on rassembler un front progressiste et social contre le gouvernement et les puissances financières ? Quelles réponses la gauche peut apporter à la crise du capitalisme et quels projets pour en sortir ? Quelle alternative politique crédible et quels changements institutionnels au plan national ? quid des élections régionales : une étape dans les échanges, les constructions, les rassemblements nécessaires ? Vaste programme pour quelques heures de débat, mais le but n’était évidemment pas de sortir de là avec un projet ficelé, mais de confronter des idées, d’identifier des obstacles et les points de convergence.

Lors de la première séquence, Marylise Lebranchu (PS), une habituée de Vent d’Ouest, a insisté sur la nécessité d’agir collectivement, en respectant certes les différences, et sans arrogance ou souci de prééminence. Cette action doit associer les différentes branches de l’économie sociale, et notamment le associations, trop longtemps ignorées des partis, hors les périodes électorales. On ne peut que souscrire au principe, mais la mise en œuvre est une autre paire de manche, ce dont Marylise convient volontiers. Elle fut, comme on pouvait s’y attendre, interpellée sur les primaires (la veille de La Rochelle, on vous a dit) et sur l’alliance PS-Modem (c’était quelques jours après le show Peillon-De Sarnez-Cohn-Bendit-Hue à Marseille). Pour Marylise, très proche de Martine Aubry, la question des primaires n’est pas centrale, et l’alliance avec le Modem pas souhaitable. Dont acte, mais rien n’est joué. Autre abonné des rencontres de Vent d’Ouest, François Delapierre (PG) est revenu sur la défaite globale de la gauche aux européennes, et sur la nécessité des acteurs de la gauche de continuer les dialogues au-delà des divergences. Le dialogue a cependant des limites : pour le Parti de Gauche, les conditions objectives d’alliances avec le Modem ne sont pas réunies. André Chassaigne, député PCF, rappelle que la politique doit être mouvement, comme l’est la société. Il propose trois questions pour vérifier si la gauche peut se retrouver : est-on d’accord avec la nécessité d’une rupture avec la capitalisme et sur le fait que la lutte des classes est une réalité dont on doit tenir le plus grand compte ? peut-on se retrouver autour d’une autre façon de faire de la politique fondée sur une élaboration collective de projets avec les citoyens, et pas seulement entre organisations ? peut-on s’accorder sur le fait que l’objet de la politique est l’utilité sociale de son action, et non pas les jeux internes ? Pour lui, parler de primaires à longueur de discours ou de tribunes est indécent quand on doit faire face aux souffrances d’une bonne partie de nos concitoyens. Enfin, Alain Rebours, représentant en Bretagne Unir à Gauche, la formation créée par les amis de Christian Picquet après leur départ du NPA, a proposé les axes qui lui paraissent incontournables pour un rassemblement à gauche : réforme pour une justice fiscale, retour des solidarités, dont la régularisation des sans-papiers, liée à une nouvelle politique internationale, se méfier du mirage de l’Etat fort, interdiction des licenciements pour les entreprises bénéficiaires. Il conseille d’écouter les « alters » radicaux, notamment quant à leurs analyses sur l’énergie et la grande distribution, et conclut sur un soupir : « Ah, si seulement le PS pouvait être simplement réformiste ! ».

Il revint au syndicaliste Jean-Christophe Le Duigou (CGT) d’entamer la seconde séquence. Tenant de l’indépendance des syndicats par rapport aux partis politiques, il la distingue de l’indifférence. Si l’élaboration d’un nouveau projet de société n’est pas le rôle des syndicats, ceux-ci peuvent cependant y contribuer dans le champ de leur intervention, par exemple sur le rôle du travail, son utilité, sa dignité, ses valeurs. Les syndicats doivent aussi réfléchir à une question lancinante : comment fédérer des bataille sociales très hétérogènes ? Il y là un travail d’éducation populaire, de conscientisation des citoyens dans lequel associations, syndicats et partis ont leur rôle à jouer. Stéphane Bigata, responsable régional des Verts, dans une intervention très écrite, a donné une sorte d’avant-première du discours de Cécile Duflot quelques heures plus tard à La Rochelle. Pour lui, l’ancrage à gauche des Verts est une évidence (murmures dans la salle). D’ailleurs, même Nicolas Hulot a dit que le libéralisme est un ennemi. Autres murmures quand il affirme que les Verts ont désormais le leadership idéologique de la gauche avec leur logiciel centré sur la question écologique, et ceci, enfonçant là le clou, que cela nous plaise ou non. Un rassemblement de la gauche ? Oui, autour des Verts. Ben voyons.

Au-delà de ces propos martiaux, l’ami Bigata, adepte de la décroissance (à laquelle, nous citons, « nous n’échapperons pas, que nous le voulions ou non », décidément) concéda toutefois l’existence de convergences aux niveaux du social, de la justice fiscale, de la coopération nord-sud. Sur la possibilité d’un rassemblement de la gauche et d’une alternative crédible à la clique sarkofinancière, Jean-Yves Le Drian (PS), maire de Lorient et président du Conseil Régional, dit son pessimisme à court terme. Au niveau des régionales en tout cas, il voit mal, hors quelques accords locaux hypothétiques, comment des listes de large union seraient possibles, chaque partenaire éventuel étant plus que tenté de concourir sous ses propres couleurs. Il est réaliste, Le Drian. Evoquant des impératifs nécessaires (performance – murmures dans la salle -, solidarité dans les dépenses et les impôts, écologie) il propose à la gauche un triple pacte : pacte productif (emploi et performance), pacte éducatif, pacte redistributif (impôts, dépenses sociales). Enfin, pour lui, comme pour Marylise Lebranchu, la question des primaires n’est pas centrale, et l’alliance PS-Modem pas à l’ordre du jour. Il revint à Jean-Luc Gonneau (Gauche Cactus) de terminer le tour des intervenants avant la conclusion de Daniel Gilles. On trouvera dans ce numéro le script de son intervention, parfois piquante, ce qui n’étonnera pas.

Que retenir de tout cela ? D’abord que les participants, dans leur diversité, se parlent et s’écoutent, ce qui est rassurant. Ensuite, que les divergences demeurent importantes (rupture ou pas avec le capitalisme, « rôle central » de telle ou telle organisation, performance teintée de productivisme ou coopération, alliances larges ou restreintes…), ce qui est sans doute ennuyeux, mais pas surprenant. Enfin ou presque, que l’émergence d’un projet de société alternatif crédible est aujourd’hui immature, ce qui est inquiétant. Le presque, c’est que la rencontre annuelle de Vent d’Ouest est un moment chaleureux et convivial ; par ces temps de crises et d’inquiétudes, de menaces et de souffrances, ces moments-là n’ont pas de prix.


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