SCENES DE LA VIE QUOTIDIENNE AUX USA : VENDREDI SAINT

mercredi 4 mai 2011
par  Roland Maire
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Vendredi Saint, celui de la Semaine Sainte ? Eh bien, pas du tout, c’est le grand match annuel de base-ball entre les Marlins de Miami et les Rockies du Colorado. Toutes les familles ayant une progéniture faisant partie d’une équipe de jeunes talents, se donnent rendez-vous une fois l’an au Sun Life Stadium, aux portes de la cité… Enfin presque, quelque chose comme 100 ou 150 km. aller-retour pour certains aficionados. Branle-bas de départ, il faut y être pour 18h, on abandonne les limousines sur place dès la sortie des bureaux, pour le plus gros véhicule de la famille. Chacun au retour viendra rechercher la sienne. Tenue de combat de rigueur, aux couleurs de son Club de District, casquette à ses initiales, tee-shirt marqué en larges lettres de son nom de famille, de son numéro d’équipier, du 1 pour le père, du 2 pour la mère, Coach pour l’entraîneur. Si mon pauvre père découvrait son patronyme aux Amériques sur le dos de ses arrières petits-fils !

Point de ralliement, à l’entrée du stade : les représentants du District. Commence alors une longue procession de presque une heure de ces milliers de familles, dans la bonne humeur des retrouvailles sportives, sous les dallages de béton des entrailles de l’édifice. Soudain, toute cette foule retrouve le soleil généreux de cette fin d’après-midi en débouchant sur la pelouse du seul rival du Yankee Stadium de New York. C’est l’apothéose, la rumeur qui enfle pour accueillir certes les champions du futur, mais surtout pour permettre aux Américains de photographier et de filmer leur progéniture sur fond du Stadium, et eux avec sous tous les angles… Chacun gagne sa place, toutes les travées se connaissent, on s’interpelle de l’une à l’autre, on salue les frenchies, on s’asseoit enfin pour admirer cette pelouse ressemblant aux tresses d’un vert tropical d’une Cubana alanguie, le D.J. et sa formidable acoustique règle les premières mesures de Star Spangled Banner, on s’immobilise enfin et c’est parti pour l’hymne national. Les deux écrans géants qui se font face retransmettent la prestation d’une adolescente d’une douzaine d’années, genre Edith Piaf, qui mêle cris et musique qu’une sono grondante tente d’apprivoiser. Toutes les mains sont à bonne hauteur de poitrine, toutes les têtes découvertes, personne ne bronche, il ne viendrait à l’idée d’aucun d’émettre le moindre sifflet…

Le match peut commencer. Chaque spectateur en connaît les règles, il nous faudra du temps pour nous y retrouver. La corona aidant, on fait comme si… Car si le match se déroule bel et bien avec l’appoint des deux écrans géants, le spectacle sur les gradins vaut son pesant de cacahuètes. En effet l’entrée du Stade est interdite à tout ou presque, sauf bien entendu aux spectateurs présentant leur ticket. La vente de boissons alcoolisées se termine à ¾ d’heure de la fin du match. Entre ces deux impératifs, on assiste à une noria de consommation de boissons et de nourriture à faire frémir une promotion de nutritionnistes. D’abord l’essentiel, se rafraîchir après les kilomètres d’autoroute de l’aller. Tout est bon, les bières, pepsis, cocas, liquides de toutes couleurs et saveurs, chaque siège étant d’ailleurs pourvu d’un support pour un bon litre de capacité. Puis se restaurer : les pizzas nationales, entières, parts, portions individuelles, complétées de tout ce qui ressemble à du pain, mais qui n’en est pas, enserrant entre deux tranches tout ce qui ressemble à des petites saucisses, à de la viande hachée, à du jambon, à du fromage, mais qui n’en est pas davantage. Quels estomacs ! Mais aussi quels quintaux ! Chaque travée en supporte au moins un spécimen, ou une, sinon les deux à la fois. Les cacahuètes font partie des agaceries au même titre que le pop-corn. Elles sont plus sauvages que les nôtres, sans être dénuées de qualité. Mais le pop-corn en reste le roi, un roi savoureux, que les plus généreux des aînés distribuent aux plus jeunes, dans des casques de joueurs hors champ qu’ils retournent et remplissent à ras bord, les faisant passer d’un siège à l’autre.

Quant au match, les phases en sont rythmées par le D.J. qui les accompagne, les illustre, les traduit, les interprète avec une maestria de vieux routier de l’estrade musicale. Alors qu’à New York le rock en constitue le fond musical, c’est la salsa plus suave qui en est la reine à Miami. Lancer la OLA sur un air de salsa donne le frisson à tout le stade, et ravive sa soif. Les pauses sont l’occasion de déchaîner l’artillerie de la publicité, lumineuse, électronique, syncopée et musicale. Ses bandeaux à mi-hauteur ceignent le stade d’un immense écran continu, tel un serpent dont les anneaux changent de message publicitaire à chaque reptation, pour en fin de vie lui retirer sa peau d’un seul coup. L’effet visuel et musical est aussi inattendu que saisissant. Les Marlins ont finalement battu les Rockies par 4 à 1, après un match où les batteurs ont manqué de réussite dans la frappe de leurs balles. Une balle bien relancée expire un bruit métallique caractéristique, qui fait bondir un stade en entier, car on a tout son temps pour vibrer tandis que la balle hésite entre sa chute sur la pelouse ou les tribunes, les joueurs propulsant alors leurs quintaux pour marquer le point au final des quatre plots au sol qu’il faut atteindre… ! En sprintant et à plat ventre si possible dans une superbe glissade finale, en point d’orgue du spectacle sportif et du bouquet musical tonitruant du D.J..

La nuit des tropiques était tombée sur le grand vaisseau noir, sans que nous nous en soyons rendus compte, ivres de musique, d’écrans électroniques, de décibels sportifs, d’émotions tropicales, de feux d’artifices exotiques, et de ripailles bon enfant. Geneviève se faisait confisquer par la cerbère de service la bière de Christophe, prête à être dégustée encore toute couverte de buée glacée, car ce qui est interdit à l’entrée l’est aussi à la sortie . Ces dizaines de milliers de spectateurs laissaient derrière eux un tel monceau de détritus que sa disparition allait nécessiter une bonne partie de la nuit. L’autoroute nous reprenait pour une rentrée qui fut paisible et agréable. Il n’y a plus de barrières de péages, remplacées par un système de contrôle électronique couplé à un récepteur de votre voiture. Il n’y a jamais eu de radars fixes ni donc de racket organisé avec une entreprise privée, le Congrès estimant que la liberté pour chacun d’aller et venir à sa guise, pouvait s’accommoder de sanctions par la police en cas de contravention, parce que c’est là le rôle de la police, mais pas au-delà. Heureux pays qui laisse à d’autres le plaisir sadique de se doter de chercheurs statisticiens utilisant des morts virtuels pour tenter de démontrer leurs macabres théories, la dette publique assurant chaque fin de mois leur subsistance et confortant leurs privilèges…

Et le Vendredi Saint, me direz-vous ? Avant notre départ, Geneviève avait rassuré heureusement toute la famille. Ayant ses entrées du côté des Trônes et des Dominations, comme chacun sait, elle nous avait indiqué qu’au Moyen-Âge les voyageurs, à cette époque aventuriers en diable, mais sacrément courageux, étaient exemptés de carême. Nous étions donc absous ipso facto.


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