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 PORTUGAL : IL FAISAIT CHAUD EN OCTOBRE 2011

vendredi 18 novembre 2011
par  Antonio Pereira Nunes
popularité : 100%

Samedi 20h20 le15 octobre 2011, dans une petite ville du bord de mer à 18 kms du Porto. Il y a encore fait très beau et chaud. Ce week-end de la mi-octobre, c’est toujours la foule sur la plage ou tout le long de la promenade en face du casino. Mieux qu’en août nous dit-on. Au Portugal comme ailleurs, on regarde, les infos du soir à la télé, la nouvelle messe de la crise. La TVI nous montre les manifestations de milliers de personnes à Lisbonne et à Porto. A 12h sur RTP (Radio et Télévision Portugaise) António Lima Coelho, président de l’ANS (Associação Nacional de Sargentos) représentant les sergents, de l’armée portugaise à fait connaître leur position résolument « au service du peuple portugais et non d’institutions particulières ». Son mouvement fait savoir entre autres « que personne ose penser que les Forces Armées pourront être utilisées dans la répression suite à la convulsion sociale que les dernières mesures d’austérité annoncées pourront provoquer ». Il a annoncé pour samedi 22 octobre une rencontre inter militaires pour décider de la marche à suivre de leur mouvement. De là à envisager une sortie des œillets rouges façon 25 avril remise au goût du jour, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Trop tôt pour le savoir mais, ou point où vont les choses…

Toujours samedi 15, la nuit tombe sur la capitale du pays. Toute la journée des gens de tous âges arrivées de partout, s’amassent devant le palais de São Bento, l ‘Assemblée Nationale (AN). La pression monte et quelques manifestants réussissent couper le cordon de police, essayant d’avancer vers l’imposante bâtisse de l’AN. Le peuple de Lisbonne s’installe dans la nuit chaude, très chaude. Devant l’AN les orateurs se succèdent, les couplets fusant d’ici et de là entre les cris de la foule qui scande des heures durant NÃO PAGAMOS ! NÃO PAGAMOS ! (Nous ne payons pas !) Mais un peu partout dans le pays, à Braga, à Coimbra, à Evora, Faro, Ponta Delgada les gens dénoncent tous ces technocrates et bureaucrates qui s’accrochent à leurs places, continuent à toucher des salaires confortables et roulent toujours dans les Audi Mercedes e BMW de fonction flambant neuves, pendant que les gens perdent leur emploi et n’arrivent plus à nourrir leurs familles.

A Madrid, Paris, Rome, Londres, Athènes aussi les manifestations font rage dans cette journée mondiale des Indignés. Aux USA on annonce des mouvements sur 1700 villes. A New York Julian Nassenge ajoute sa voix à celle des manifestants, et un peu partout des politiciens joignent les mouvements de rue. Non, ce n’est pas encore la lutte finale. Administrateurs banquiers, spéculateurs, agioteurs, politiciens et ploutocrates, les ongles en sang vont bientôt misérablement glisser le long des remparts du temple de la cupidité vers des abîmes, nous entraînant peut-être dans leurs sillages si on n’y prend pas garde. Tout cela pourrait encore durer un certain temps, même si, comme dirait Frédéric Lordon (directeur de recherches au CNRS, France), d’un moment à l’autre en 5 jours ça pourrait être le jardin potager pour tout le monde. Tant pis pour ceux qui habitent en immeuble. Ils n’auront qu’à se trouver des pots pour planter des tomates et d’autres légumes sur les balcons et les fenêtres à la mode de Lisbonne façon mangericos (Ocimum basilicum, spécimen de basilique très courante dans les vieux quartiers populaires de la capitale portugaise).

Blague à part force est de constater que les oligarchies européennes au pouvoir, pour ne citer qu’elles, aveuglés d’une façon qui défie l’entendement, vont faire durer le plaisir jusqu’au paroxysme d’une crise de nerfs grandiose à l’échelle du continent, et dont nous commençons à entrevoir les prémices. Les Midas des temps modernes risquent de nous emporter dans un tourbillon dont nous n’avons pas vraiment l’idée, et dont on n’est pas sans une part de responsabilité, tellement la majorité d’entre nous sommes restés confiants fidèles et attachés à l’état-providence et à nos démocraties représentatives obtenues au prix de nos luttes du passé.

Rien n’est gagné à tout jamais. A peine un répit et déjà il faut retrousser les manches encore et toujours pour d’autre combats. Il y a fort à parier que la rude épreuve qui nous est et sera donnés à vivre dans les mois et les années qui vont suivre, n’est pas prête de se terminer. D’autant plus dure qu’il nous en restera de notre dépendance et notre attachement à ce système dans lequel nous vivons, en tout cas sous cette forme, peut-être les derniers temps. Sommes-nous préparés pour la suite ? Certainement pas. Mais la nature humaine a des forces et des possibilités dont la plupart d’entre nous n’en a pas le début d’un soupçon. Puis qu’il n’y a pas de repos pour les braves, à la fin nous allons réussir encore une fois, c’est sûr ! Mais à quel prix ?


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