Ce que cache le retrait des soldats américains de Syrie. Le grand jeu...

jeudi 27 décembre 2018
par  Allain Graux
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Si Recep Tayyip Erdogan a fourni le prétexte qu’attendait Trump, qui comme Obama, veut se retirer du Moyen-Orient afin de laisser la gestion sécuritaire à Israël et à son allié au sein de l’OTAN, la Turquie. C’est pourquoi il a accordé 36 milliards d’armement à l’Etat hébreu[1], reconnu Jérusalem comme capitale en sacrifiant les droits des Palestiniens et ceux des Kurdes. Une fois de plus, car ces peuples furent les grands perdants du traité de Versailles en 1920, avec les Arméniens, dans le partage de l’empire Turc. Les kurdes se retrouvèrent divisés entre les entités turques, syriennes, irakiennes et iraniennes, les Palestiniens sous le mandat britannique (Palestine partagée en 1948 entre Israël et Transjordanie, suite à la guerre), les Arméniens réduits à un petit Etat d’URSS.

Trump, par ailleurs, pense neutraliser les pays arabes en proposant son plan pour la Palestine en leur offrant un développement économique dans le...Sinäi !!! Un super bantoustan qui fait fi des sentiments nationaux de ce peuple ! Un projet irréaliste qui est une pure utopie. La Turquie, également présente en Syrie, a menacé à plusieurs reprises d’intervenir militairement, encore, contre les YPG (Milices kurdes)du Rojava, qu’elle considère comme un groupe terroriste, alors que ce sont les principaux combattants au sol qui ont permis de vaincre Daech. Par ailleurs, Erdogan a armé des groupes islamistes qui luttent contre Bachar el Assad, notamment ceux soutenus par ses copains frères musulmans soutenus par le Qatar...L’Armée Syrienne Libre, délaissée militairement par les occidentaux, s’est acoquinée avec la Turquie et des groupes islamistes. « L’entente américano-turque apparaît d’autant plus évidente que Washington a approuvé la vente de son système de missiles antimissiles Patriot à Ankara pour un montant global de 3,5 milliards de dollars. Contre l’avis des Américains, la Turquie avait pris la décision de se fournir auprès des Russes, avec l’achat du système antimissile S-400, ce qui avait ajouté de la tension dans la relation entre les deux alliés. Donald Trump semble vouloir profiter de l’occasion pour ramener Ankara dans le giron américain, en lui offrant les Kurdes syriens sur un plateau. Cette politique, qui devrait être vécue comme une « trahison » côté kurde, envoie un très mauvais signal aux alliés de l’Amérique de Donald Trump, celui d’une puissance qui ne respecte pas ses engagements et sur laquelle on ne peut pas compter[2]. »

Les Kurdes, qui ont été surtout des combattants admirables contre les forces de l’Etat Islamique, plus que contre l’armée d’Assad, ne pouvant pas se battre sur deux fronts, face à la trahison de Trump et l’insuffisance du soutien français, vont essayer de négocier leur autonomie avec le pouvoir alaouite. Dans certains lieux, à Tell Nasri, au nord-est, les réfugiés kurdes, chassés par l’offensive turque sur Afrin, sont accueillis par des chrétiens descendants du génocide arménien de 1915...Or les Chrétiens sont des alliés obligés du régime de Bachar, par crainte des excès islamistes et djihadistes. Opposées à une présence permanente turque, les forces syriennes pourraient ainsi se déployer dans la zone kurde, pour la protéger et neutraliser un potentiel opposant à leur reconquête du territoire syrien. Pour les Américains, cela aurait l’avantage de bloquer le soutien de l’Iran, ennemi commun des Etats-Unis, des Pays arabes et d’Israël.

L’autre aspect est économique, car l’est syrien est une région riche en ressources énergétiques, ce qui ouvre des appétits, syriens comme russes...Donc la bienveillance de Poutine à l’égard de son « ami » Erdogan. Ce qui renforcerait le règlement du problème syrien par le processus de négociation d’Astana mis en œuvre par la Russie. C’est l’opinion du ministère russe des Affaires étrangères qui a affirmé que la décision américaine « ouvrait des perspectives en vue d’un règlement politique du conflit ». Les Russes auront ainsi réglé le problème syrien, militairement et politiquement...Certainement pas celui des peuples de Syrie et en particulier des Kurdes, une nouvelle fois trahis par tous.

Paradoxalement Israël va de ce fait se trouver confronté directement à la Syrie soutenue par l’Iran. Benjamin Netanyahu estime de son côté, que « de toute façon, nous saurons protéger la sécurité d’Israël et nous défendre ». Israël a mené par le passé des dizaines de frappes en Syrie pour empêcher le transfert d’armes au Hezbollah. Mais, il lui faudra avoir l’aval de l’autre soutien de la Syrie, celui du protecteur russe, et en conséquence assumer une certaine dépendance de Moscou qui parraine le régime Assad. A trop jouer avec le feu, on risque de se brûler...

[1] La nouvelle aide pourrait atteindre 40 $ milliards sur 10 ans – selon The Times of israel – https://fr.timesofisrael.com/les-et... [2] L’Orient le Jour - Anthony SAMRANI – 21.12.2018 - Retrait américain de Syrie : pourquoi et quelles conséquences

Le blog d’Allain Graux : http://allaingraux.over-blog.com


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