Le Sacré-Cœur classé monument historique ? Une insulte à l’histoire de France et aux morts de la Commune !

Par l’Union des Familles Laïques (UFAL)
mardi 13 octobre 2020
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La presse annonce que la basilique du Sacré-Cœur serait bientôt classée monument historique. Il s’agit d’abord d’un avantage supplémentaire accordé par la République, pourtant laïque, à l’Église catholique, qui n’en cumule déjà que trop ; à commencer par le financement public de ses établissements d’enseignement. Les subventions du ministère de la Culture pourront désormais bénéficier directement à cette pièce montée d’un goût architectural douteux, mais au sens symbolique assurément clivant.

Après le Temps des Cerises, le temps des cilices ?

Car reconnaître le Sacré-Cœur « d’intérêt public » par voie de classement, c’est faire insulte à l’histoire, à la République, et au chapitre des luttes sociales du « roman national ». La basilique fut en effet explicitement érigée « en expiation » de la Commune de Paris. Cela fut dit lors des débats sur la déclaration « d’utilité publique » de ce bâtiment à l’Assemblée nationale, le 24 juillet 1873 (la laïcité n’existait pas encore). Cela fut répété en 1875, lors de la pose de la première pierre sur la butte Montmartre, car « C’est là où la Commune a commencé ». Depuis 130 ans, l’orgueilleux symbole de la domination sanglante de la bourgeoisie surplombe le Paris qui fut populaire.

Le classer monument historique, c’est considérer que la Commune est « derrière nous », comme le dit peu élégamment la ministre de la culture. À l’heure où d’aucuns veulent déboulonner les statues de Colbert parce qu’auteur du « Code noir », voilà un paradoxal exemple de « cancel culture » : la mémoire des dominants effaçant l’histoire ! C’est la deuxième mort des révolutionnaires de 1871, massacrés par la soldatesque de Thiers et du général Galliffet pour avoir osé la première « République sociale ».

Or la France, en 1946, est constitutionnellement devenue une République « sociale » : pour cela, il aura fallu des milliers (voire des dizaines de milliers) de morts en 1871, puis ceux de la Résistance. Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a d’ailleurs voté un texte proclamant la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune. Ainsi, la République doit autant aux héritiers des Communards qu’à ceux des républicains fusilleurs, et ceci n’est pas « derrière nous ».

Certes, la maire adjointe de Paris en charge du patrimoine argue que sera également inclus dans le classement le square Louise-Michel attenant à la basilique. Mais quel déséquilibre entre le souvenir de l’héroïne de la Commune, que seuls l’enseignement de l’histoire et les mémoires militantes perpétuent, et la notoriété mondiale du deuxième monument le plus visité de Paris ! Ce n’est pas ce « pâté d’alouette et de cheval » (une alouette communarde, un cheval versaillais) qui « réconcilier[a] ces deux histoires ». Madame Bachelot, ne commettez pas cette réécriture symbolique de l’histoire. Madame Hidalgo, qui avez poussé le souci de la population de Paris jusqu’à participer à la bénédiction archiépiscopale du 9 avril 2020, n’évacuez pas la mémoire populaire.


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