LA POLITIQUE « ARABE » DES OCCIDENTAUX

dimanche 18 mars 2018
par  Jacques-Robert Simon
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Depuis 2014, 68 pays sont membres d’une coalition pour exterminer « Daech ». Il y a 197 États reconnus par l’ONU. Les pays membres de l’alliance anti-terroriste sont ceux dont les citoyens ont les plus grandes espérances de vie.

Les conflits entre l’islam et les chrétiens datent des origines. L’Islam apparaît en Arabie au début du VIIe siècle sous l’impulsion du prophète Mahomet. Des guerres de conquête vont suivre pour islamiser de nouveaux territoires, prévenir l’expansion du christianisme et pour contrôler des réseaux commerciaux. Les conquêtes territoriales s’étendent par voie terrestre jusqu’en Afrique de Nord à la fin du VIIe siècle et jusqu’aux côtes espagnoles au début du VIIIe siècle.

Les croisades du Moyen Âge sont censées permettre la délivrance de la terre sainte. Neuf expéditions auront lieu entre 1096 et1291, date à laquelle la ville et la forteresse de St Jean d’Acre est reprise par les musulmans. Ensuite tomberont les derniers bastions francs : Tyr, Sidon, Beyrouth... Un empire ottoman va ensuite s’installer durant 623 ans sur une grande partie du pourtour méditerranéen. Il faut noter qu’à partir du XVIIIe siècle, il restera largement imperméable aux bouleversements induits par les révolutions industrielles en Europe.

Les accords secrets Sykes-Picot de 1916 vont permettre le partage des restes de l’Empire ottoman en états-nations sous mandat français ou britannique. La loi islamique, qui régissait les territoires du Califat est abolie dans les années 1920 et une percée des valeurs occidentales semble voir le jour. Le 14 mai 1948, dernier jour du mandat britannique sur la Palestine, l’indépendance de l’État d’Israël est proclamée. Les pays arabes voisins (Transjordanie, Égypte, Syrie, Irak) soutenus par la Ligue arabe déclarent immédiatement la guerre à Israël. La terre d’Israël est considérée comme étant la terre sacrée du peuple juif depuis les temps bibliques. Les premiers royaumes israélites sont effectivement connus depuis le début du Ier millénaire av. J.-C., ils gouvernent tout ou partie de la région pendant un millénaire, quand ils ne sont pas supplantés par des envahisseurs. Entre la période des royaumes israélites et la conquête musulmane au VIIe siècle, la terre d’Israël tomba aux mains successives des Assyriens, des Babyloniens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Sassanides et des Byzantins. La population, majoritairement juive, commencera à décliner après la guerre contre l’Empire romain entre 66 et 73 apr. J.-C.

À partir des années 1950, de nombreux leaders musulmans émergèrent qui avaient l’ambition de faire entrer le monde arabe dans la modernité du temps : l’égyptien Gamal Abdel Nasser, le marocain Ben Barka, les algériens Ben Bella et Boumédiène, le tunisien Salah Ben Youssef, l’irakien Ahmad Hasan al-Bakr, le palestinien Yasser Arafat, le libyen Mouammar Kadhafi… Si la modernité occidentale était acceptée par tous, une quelconque ingérence des pays européens et des États-Unis était violemment contestée. De nos jours, aucun des courants dont ces hommes étaient porteurs n’a survécu. Ils ont disparu lors d’innombrables guerres ou conflits : guerre israélo-arabe de 1948-1949, guerre des six jours (1967), guerre du Liban (1975-1990), insurrection islamique en Syrie (1976-1982), guerre égypto-libyenne (1977), guerre Iran-Irak (1980-1988), guerre civile du Yémen du Sud (1986), première Intifada (1987-1993), guerres d’Afghanistan (1989-1992,1992-1996, 2001-2014), guerre civile algérienne (1991-2002), seconde Intifada (2000-2005), guerre d’Irak (2003-2011), conflit israélo-libanais de 2006, guerres de Gaza (2008-2009, 2012, 2014). Le vingtième siècle dans le monde arabe est ensanglanté par d’innombrables luttes intestines. Mais les occidentaux sont-ils parfaitement étrangers à ces guerres ? Existe-t-il un fil conducteur aux politiques occidentales au sein du monde arabe et sur le pourtour méditerranéen ?

Deux traits fondamentaux peuvent être aisément trouvés : un pacte a été scellé en 1945 entre le roi Ibn Saoud, fondateur du royaume d’Arabie saoudite, et le président américain Franklin Roosevelt : il garantissait à la monarchie saoudienne une protection militaire en échange d’un libre accès au pétrole. Cet accord fut pleinement suivi jusqu’au jour où les Etats-Unis, grâce à l’exploitation à grande échelle du gaz de schiste démarrée au cours des années 2000, ne considèrent plus le proche et moyen orient comme des lieux stratégiques. Cet état de fait mettait les européens face à leur responsabilité.

En 2010, le nombre de musulmans dans le monde est estimé à 1,6 milliard. Israël compte près de 8 millions d’habitants dont 75% de juifs et environ 20 % d’arabes israéliens, majoritairement musulmans. Comment une minorité qui entend conserver toutes ses spécificités culturelles, sociales et politiques peut-elle survivre face à une submersion démographique à première vue inéluctable ?

L’Arabie saoudite compte de l’ordre de 30 millions d’habitants et on suppute que les ressortissants étrangers Indiens (Pakistanais, Égyptiens,Yéménites, Bangalais, Philippins, Jordaniens, Palestiniens, Indonésiens, Sri Lankais, Soudanais…) constituent 20-30 % de la population du pays. L’Arabie à elle seule, ne peut pas menacer Israël militairement même si d’innombrables paroles verbales prétendent l’inverse. Par contre, l’Arabie saoudite est le « phare » de l’islam sunnite et ceci représente paradoxalement une arme pour les occidentaux. La scission de deux courants de l’islam remonte à la mort de Mahomet, en 632. La question de son successeur se pose : les futurs chiites désignent Ali, gendre de Mahomet, les futurs sunnites désignent Abou Bakr, un compagnon de toujours de Mahomet. Les Perses ont tout d’abord été convertis à l’islam sunnite après l’invasion arabe du VIIe siècle mais en 1501, pour se démarquer des Ottomans sunnites, la dynastie Séfévide instaure le chiisme comme religion de l’empire. Un antagonisme était né et cet antagonisme entre les deux branches principales de l’islam va façonner tous les conflits actuels du Moyen-Orient.

L’Iran est un pays actuellement peuplé de près de 83 millions d’habitants bien formés et organisés et pourrait à terme rivaliser militairement avec Israël. D’autant plus que les réalisations scientifiques et techniques des iraniens sont endogènes et que l’intérêt des perses pour les sciences ne peut être historiquement contesté. Rappelons par exemple les travaux deJâbir ibn Hayyân (721-815) l’un des pères de la chimie, qui a été le premier à systématiser des procédés tels que la cristallisation, la distillation, la calcination, la sublimation… À partir de chlorure de sodium, il isola l’acide chlorhydrique, l’acide nitrique à partir de salpêtre. Pour revenir à l’Iran actuel, il faut noter que pour les chiites, le Coran est une œuvre humaine, alors que pour les sunnites il a un caractère divin, ce qui peut entraîner des différences significatives d’analyse de la réalité et des transcriptions possibles. L’Iran est l’exemple d’un pays qui a fait des avancées considérables en se concentrant sur l’éducation et la formation. Mais revenons à un passé récent.

Un coup d’État (soutenu en sous-main par les Etats-Unis, ndlr) renverse en 1953 le gouvernement de Mohammad Mossadegh pour mettre un terme à la politique nationaliste et réformiste du Premier ministre d’Iran et consolider le pouvoir du Chah. La politique volontariste du Chah d’Iran dans les années 1960 et 1970 améliorera considérablement le niveau de vie des Iraniens et permettra au pays une modernisation rapide. Mais elle contribuera aussi à élargir le fossé économique, social et culturel entre une partie de la population, fortement occidentalisée et une autre, sensible au conservatisme religieux prêché par Khomeini. En 1979, l’ayatollah chiite Khomeini mène une révolution pour mettre fin à la monarchie en Iran. Les Sunnites, qui en Irak et à Bahreïn étaient au pouvoir, se prononcèrent pour une invasion. Une guerre fut menée en 1980 par l’Irak de Saddam Hussein contre l’Iran. Elle dura 8 ans, faisant entre 500 000 et 1 200 000 victimes sans résultat décisif. Saddam Hussein est membre dirigeant du parti Baas qui combine nationalisme arabe et socialisme.

Il est impossible de diriger un pays même occidental sans avoir un cadre idéologique précis qui permet d’éviter les errements à court terme et les dévastations à long terme. La ligne conductrice qui pourrait être fournie par la défense d’un mode démocratique de gestion des peuples peut être éliminée des déterminants utilisés par les occidentaux. Les droits de l’homme sont agités sous le nez de ceux que l’on veut éliminer quitte à les oublier partout ailleurs si ce n’est pas utile, un simple survol de l’histoire du moyen orient est à cet égard édifiant. Une politique « socialisante » et moderniste ne permet en rien de se mettre à l’abri de l’ire des dominants occidentaux qui pourtant affichent ces valeurs avec constance. L’accaparement du pétrole fut probablement un motif important de décision lors des choix belliqueux ou guerriers. Mais les réserves pétrolières ne représentent plus qu’un des enjeux stratégiques maintenant. Non pas que l’avidité des occidentaux pour les énergies fossiles ait faibli, mais les problèmes planétaires qui se posent de nos jours sont devenus brûlants.

Saddam Hussein mena, après l’Iran, une seconde guerre avec le Koweït face à une coalition de 34 États, soutenue par l’Organisation des Nations unies, entre 1990 et 1991. L’Irak de Saddam Hussein sort avec une industrie pétrolière exsangue et une dette pharaonique (150 % du produit intérieur brut) de la longue et coûteuse guerre qui l’opposa à l’Iran. Saddam Hussein exige de l’Arabie saoudite et du Koweit l’annulation des dettes à leur égard. Face à lui, Jaber al-Ahmad al-Sabah est un cheikh et l’émir du Koweït de 1977 à sa mort en 2006. Le Koweit est une monarchie parlementaire et la population est musulmane à 90% (10% chrétiens) au deux tiers sunnite. Le régime politique est décrit comme l’un des plus libéraux du monde arabe. Le parlement est élu au suffrage universel.

Sunnites et chiites semblent enfermés dans une guerre religieuse et pourtant ces sectes rivales ont pu coexister pacifiquement pendant des siècles lors de la domination ottomane : en d’autres termes, le conflit entre sunnites et chiites est un phénomène moderne qui est apparu après l’effondrement de l’empire ottoman en 1919, la découverte de vastes gisements de pétrole vers 1920, la création de l’état d’Israël en 1948 ; les occidentaux furent les promoteurs de tous ces évènements.

Dans les années 1960, la montée en puissance du mouvement wahhabite en Arabie saoudite, des Frères musulmans en Égypte et en Syrie et des groupes radicaux, a réveillé dans certains pays sunnites la détestation latente des chiites. L’invasion américaine de l’Irak en 2003 a précipité l’effondrement de Saddam Hussein, rempart du bloc sunnite, et placé les chiites au pouvoir en Irak, permettant la formation d’un axe chiite de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas. Les violences entre chiites et sunnites en Irak ont alors commencé. Encouragée par l’Arabie saoudite et d’autres pays du golfe, la mouvance djihadiste internationale, Al-Qaida, puis Daech, s’est alors posée en défenseur des Arabes sunnites marginalisés, proclamant son ambition de créer un califat sunnite à cheval entre l’Irak et la Syrie.

La guerre civile syrienne est en cours depuis 2011. Elle débute dans le contexte des Printemps arabes par des manifestations pacifiques en faveur de la démocratie contre le régime baasiste dirigé par le président Bachar el-Assad. Parmi les multiples groupes insurgés, l’Armée syrienne libre est le premier mouvement à mener la rébellion, mais il est supplanté en 2013 par des brigades islamistes sunnites, telles que Ahrar al-Cham ou Jaysh al-Islam. Les mouvements rebelles sont soutenus par l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, les Etats-Unis... De mars 2011 à septembre 2016, le conflit a fait environ 400 000 à 500 000 morts.

Les pays arabes ont tout intérêt à la paix s’ils veulent ne plus avoir à se préoccuper de l’état d’Israêl : des relations paisibles conduiraient à une porosité des cultures et des peuples et l’infime minorité juive se diluerait sans heurts dans la masse musulmane. Israël par contre s’il veut sauvegarder l’intégrité de son état confessionnel doit entretenir une animosité réciproque entre juifs et musulmans pour maintenir la ségrégation actuelle. Énoncer le problème ainsi est inenvisageable voire dangereux pour qui que ce soit bien que les faits soient avérés.

L’objectif stratégique des Etats-Unis et de leurs alliés est de convertir le monde entier au modèle économique et politique qui a cours aux USA. En dehors des motifs impériaux déjà anciens, est venu se greffer le problème existentiel du réchauffement climatique signe le plus visible d’innombrables dérèglements : seul le « libéralisme » peut mener à bien la transition nécessaire selon eux. Il y avait au moins trois obstacles à surmonter. Le premier, la Chine, devrait être absorbé par les marchés qui auront tôt fait d’éliminer les dernières traces de communisme. Le second est la Russie qui s’est découverte un néo-tsar qui a l ‘insolence de vouloir en faire une grande puissance. Le réarmement des européens devrait en venir à bout. Enfin, reste le monde islamique caparaçonné dans une religion et des mœurs incompatibles avec la version jouisseuse de l’occident. Pour détruire le monde islamique, l’attrait des multiples accès d’une société de consommation ne suffit pas : les musulmans sont bien plus croyants que consommateurs. L’entretien de multiples groupes, assez fanatisés ou incrédules pour être capables de tout même du pire, devint un moyen efficace pour briser l’unité musulmane et coaliser les forces occidentales dont les peuples sont horrifiés par les massacres perpétrés par une poignée d’illuminés. Les occidentaux acceptèrent dans le même temps une présence militaire et policière de tous les instants dans leurs rues, acceptèrent de vivre dans un état d’urgence permanent, acceptèrent que les plus hautes autorités de l’état non seulement commettent des assassinats ciblés mais s’en flattent lors de conférences de presse.

L’occident défend ses valeurs en les détruisant. Ajoutons à cela que les armes de tous types fabriquées en Occident sont exportées majoritairement au proche et moyen orient.


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