FEU D’ARTIFICE DE FADOS AU CIRQUE D’HIVER

samedi 5 octobre 2013
par  Jean-Luc Gonneau
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Qui était au Cirque d’Hiver ces 27, 28, et 29 septembre ? Nous, le public, venus nombreux, à la louche deux tiers français, un tiers portugais. Et eux, brillante phalange de huit chanteurs et chanteurs et six musiciens, tous venus de Lisbonne pour l’occasion. Et un casse-tête pour le bon José Renato et sa jeune équipe de Nabligam Prod, en charge d’organiser tout ça, de prévenir les éventuelles susceptibilités, de faire prendre la mayonnaise, comme on dit en cuisine. Résultat : un public ravi, et des artistes qui avaient l’air contents aussi.

Ce n’était pas gagné d’avance : faire venir des figures consacrées du fado pour interpréter deux chansons (plus un duo) dans une salle vaste comme le Cirque d’hiver, ce qui leur laisse peu de temps pour entrer en contact avec le public constituait une gageure. Et convaincre certains de mettre au point les duos, ou de préparer le final à huit demandait beaucoup de doigté. Pari tenu, mais si le final à huit (sur deux classiques : Tudo isto é fado et Lisboa à noite) connut quelques secousses, l’ordre de passage de ces messieurs-dames étant manifestement approximatif et faisait un peu penser au final d’une revue de fin d’année avec des participants ayant un peu forcé sur le porto. Mais le public était déjà conquis et prit ce moment un peu déjanté avec bonhommie.

Le plateau présentant trois générations de fadistes, il revint aux moins jeunes d’ouvrir le festival. Maria da Fé, fadiste de tradition mais aussi patronne d’une maison de fado, Senhor Vinho, qui est une véritable académie du genre (Mariza, Ana Moura, Camané, Joana Amendoeira, Aldina Duarte, Antonio Zambujo… sont passés par là, ou s’y produisent encore) entame avec Valeu a pena sur un rythme plus enlevé que de coutume, bonne idée, puis un corrido classique, Divino fado. Suivie de João Braga qui, après un très beau texte de Manuel Alegre, entame, autre bonne idée le Fado do estudante (qui fut créé au cinéma voilà plus d’un demi-siècle par le grand acteur Vasco Santana) en faisant participer le public, avant un premier duo avec Maria da Fé où ils échangent des quadras.

C’est Carla Pires qui leur succède. Nous commençons à connaître Carla en France, où elle se produit régulièrement. Que dire de Carla ? C’est un printemps ambulant, un moment de fraîcheur avec deux fados, Voar alto, dont elle a composé la musique, et un fado traditionnel (alfacinha), dont elle a écrit les paroles. Vient Antonio Zambujo, plus zen que jamais, la lueur ironique du regard au rendez-vous, qui s’installe avec sa viola et et commence, en solo, par un poème de Vinicius de Morais, prince de la bossa nova, continue avec un autre thème proche, le tout constituant un subtil équilibre entre fado et réminiscences brésiliennes. Moment magique. Et la magie continue avec son duo, toujours accompagné à la seule viola, avec Carla Pires, sur Nem as paredes confesso, immortalisé par Amalia Rodrigues, trois minutes de grâce et de délicatesse.

Katia Guerreiro apparaît. Rayonnante en coulisse, ravie de la sortie récente de son CD live enregistré lors de son concert à l’Olympia, attendant celle d’un nouveau CD début 2014. ON connait ses capacités vocales hors du commun, dont elle donnera un échantillon tout en puissance, notamment dans un Asas de belle facture avant un duo avec Ricardo Ribeiro, le benjamin de la bande, présence massive, voix en rapport, fado castiço dans la veine de Fernando Mauricio, puis dans un duo électrique avec Katia sur un autre grand thème popularisé par Amalia : Amor de mel, amor de fel.

Cristina Branco interprète un joli poème de José Luis Gordo (dans la vie époux de Maria da Fé, on reste en famille) qui parle d’amants d’amours dispersés sur un rythme, qui évoque, un peu, le western avant de parler d’Agua e mel, son second fado, et de présenter Camané. Il est ces soirs dans la lignée de Carlos do Carmo, voix soyeuse navigant avec aisance entre tendresse et énergie quand il nous entraîne dans la dança de roda. Margarida, que dirait ta mère… ? demande-t-il à Cristina Branco pour le dernier duo de la soirée, dans une mélodie aérienne qui fait parfois songer aux musiques sophistiquées de Stephen Sondheim, l’un des maîtres des comédies musicales de Broadway. Joli moment encore. Et puis le final, plus que détendu comme il a été dit, sous le regard hilare de João Veiga, le boute en train de la bande, viola historique de Katia Guerreiro.

Car il faut aussi citer les musiciens, eux aussi parmi les meilleurs instrumentistes du moment au Portugal : Bernardo Couto, Luis Guerreiro et Paulo Parreira, qui se relayèrent à la guitare portugaise, João Veiga, donc, Carlos Manuel Proença et Nelson Aleixo qui firent de même à la viola, et les deux contrebassistes Bernardo Moreira et Paulo Paz.

Signalons enfin que tout ce petit monde est rempli de projets : autre ceux de Katia Guerreiro déjà cités, sorties dans les prochains mois d’un CD de Zambujo (son concert live au Coliseu), de Ricardo Ribeiro, de best of de Cristina Branco, qu’elle présentera à paris le 31 janvier à l’Alhambra, et de Camané. Et dès novembre, Carla Pires commencera une tournée avec un spectacle coproduit par deux compagnies de danse, l’un portugaise, l’autre hollandaise, avec un projet de CD et de DVD. Que du bonheur.

Cet article est également paru dans Lusojornal (www.lusojornal.fr) du 2 octobre 2013


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