QUI A PEUR DU GAY MECHANT NON ?

Par Lionel Labosse
dimanche 24 avril 2005
par  Lionel Labosse
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QUI A PEUR DU GAY MECHANT NON ?

Par Lionel Labosse

Les associations homo votent oui ? Peut-être, alors les altersexuels votent non !

Le 28 mars 2005, Libération (1) publiait un article intitulé « Les associations homo votent oui à la Constitution de l’U.E. ». Ma grand-mère, cette vénérable gauchiste qui prend toujours les rondelles pour des saucissons, m’a téléphoné, affolée. « Alors comme ça, petit con, tu votes pour le patronat, maintenant ? » J’ai rien fait Mamie, c’est pas moi, j’te jure ! Depuis la parution de cet article, aucun avis contraire émanant d’une personnalité LGBT n’a été publié à ma connaissance. Serais-je le seul intello altersexuel déterminé à voter non ? Je suppose qu’une trentaine de réponses se sont empilées sur le bureau de Libé, mais que Rotschild, euh pardon, la rédaction, les a trouvées pas bien écrites. La rédaction de Libération est totalement indépendante de ces groupes industriels pour lesquels a été mis sur pied le projet de Constitution européenne ; elle pourrait même carrément, si elle voulait, critiquer ce projet ! Certes, je ne fais partie d’aucune association, alors je me permets de suggérer cette réponse, que l’on peut faire circuler, mettre en ligne, avec mention de l’auteur. Thomas LEBÈGUE, l’auteur de cet article, base l’essentiel de sa démonstration sur un prétendu « argument décisif ». La « Charte des droits fondamentaux » serait intégrée à la Constitution, en tant que deuxième partie. Seraient donc constitutionnalisés, en vrac, les « mesures nécessaires pour combattre toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle », ainsi que « le combat contre les discriminations », et autres « respect des droits des personnes appartenant à des minorités ». Nous voilà donc pour l’éternité réduits à l’état de mineurs que l’on « respectera », pourvu qu’on veuille bien traverser dans les clous, et droit dans les bottes. Pourquoi pas, à l’instar des Indiens d’Amérique, des réserves LGBT avec franchise pour établir casinos et bordels, et licences de ventes d’alcools ? L’altersexualité n’est pourtant pas destinée, du moins je l’espère, à demeurer la marque distinctive d’une portion congrue de la population. N’est-elle pas appelée, au contraire, à constituer l’alternative logique à une orthosexualité dogmatique de plus en plus résiduelle ? On ne vous l’a sans doute pas appris à l’école, mais ce fut le cas il y a 2000 ans et quelque, pendant l’Antiquité grecque et romaine, avant que les ancêtres des technocrates inventent la centralisation du pouvoir et le monothéisme qui va avec. Cette Constitution ayant vocation à se poser là comme intangible, je demande aux « homos » qui envisagent de voter oui s’ils ne craignent pas d’empêcher par leur vote le retour à une Europe pré-chrétienne, païenne et jouissive, où la « minorité », c’était le pauvre petit couple orthosexuel bégueule et peine à jouir ? Plaisanterie mise à part, cet argument n’est pas « décisif » pour une autre raison, c’est que cette fameuse « Charte des droits fondamentaux », signée à Nice en 2000, est déjà en vigueur et s’impose à tous les nouveaux pays entrants. La Pologne, la Lituanie, etc., ont été contraintes de supprimer toutes les lois discriminatoires pour gagner leur ticket pour l’Europe. Que ces pays ne figurent pas encore en tête du peloton des défenseurs des droits LGBT, c’est évident, mais une Charte pas plus qu’une Constitution ne peuvent faire passer en un claquement de doigts, de 50 ans de bâillonnement culturel au bouillonnement dans lequel nous avons vécu depuis 1968. On ne change pas de culture par la loi, sauf à enfermer pour toujours une minorité dans un statut de mineurs. La différence entre le vote oui et le vote non n’est pas la perte de cette « Charte », bien au contraire, mais sa constitutionnalisation. Cela signifierait qu’avec cette « Charte », on aurait atteint le nec plus ultra, et que plutôt que de conserver la possibilité de la remplacer dans dix ou vingt ans par un nouveau traité plus ambitieux, on la vitrifierait dans une Constitution. Le deuxième argument exposé dans cet article est celui de « l’effet Boutin ». Cette parlementaire érigée en épouvantail électoral, appellerait en effet à voter non par crainte d’un chemin de non-retour vers le mariage gay et l’adoption d’enfants par des homosexuels. Selon un tropisme manichéen cher aux manipulateurs d’opinion, les LGBT seraient donc encouragés à voter oui parce que la méchante Boutin ferait le contraire. Vous avez dit « mineurs » ? Jean-Luc Romero n’aurait pas manqué d’attraper le hochet au bond, avec le même genre d’argument : « L’Europe a toujours été porteuse d’avancées et d’égalité pour les minorités, notamment pour les gays et les lesbiennes ». Il affirme de plus que « la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, récemment créée par Jacques Chirac (2), est une émanation directe des textes de l’Union ». Les textes déjà en vigueur, pardi ! Même son de cloche de la part de l’association « Homosexualités et socialisme », à qui l’auteur de l’article a emprunté l’idée d’« argument décisif ». Cette drôle de manière de réfléchir à la façon du crabe se confirme : pour ces partisans du oui, les arguments sont finalement ceux du non, puisqu’ils se réduisent à ce qui existe déjà sous forme de traité ! Qu’ils nous disent vraiment ce qu’ils attendent de plus d’une constitutionnalisation de ces traités ! N’avez-vous pas l’impression qu’on nous prend pour des chiens-chiens à son pépère à qui on fait faire le beau en leur présentant le dimanche le joli su-sucre qu’on leur avait déjà présenté la veille et l’avant-veille, et qu’on avait consciencieusement rangé dans un mouchoir douteux ? Faut pas gâcher... Le job de M. Romero est de pêcher des voix dans le vivier LGBT pour son mentor Jacques Chirac (3), et même si ses arguments sont risibles, il est bien à la place qu’il s’est attribuée dans le Guignol politicien ; et tous les LGBT assis en rond devant le castelet du Marais, de le prévenir quand la méchante Boutin se profile en tapinois derrière lui. Mais Libération nous apprend ensuite que deux personnalités de pointe de la communauté gay se déclarent favorables à la Constitution. M. Alain Piriou, porte-parole de l’Inter-LGBT aurait déclaré : « C’est une question qui me travaille depuis un petit moment. Ce serait bien que l’Inter-LGBT puisse donner un avis sur ce traité ». En ce qui me concerne, je souhaite que ça le travaille encore longtemps, car ma Mamie est persuadée que ce monsieur parle en mon nom. Quant à Thomas Doustaly, éditorialiste du magazine Têtu (4), il se situe « à la gauche du P.S. » (sic), et déclare sans rire « L’orientation libérale du traité m’emmerde, mais pas au point de voter non ». Libé ajoute que selon cet éminent révolutionnaire, le système référendaire obligerait les homos de gauche à « se saucissonner, à être plus pédé que travailleur ». Mon Dieu, chers amis, frémissons en choeur à la lecture de ces apophtegmes gauchistes. Comme dit ma charcutière, ce serait dommage, un si beau saucisson, si large et si dur, de le saucissonner, non ? Autant rester entier. Passe encore pour Têtu, mais je me demande à quel point sont respectés, tant dans cet article que dans l’esprit des représentants « LGBT », le « L » et le « B », sans parler du « T » présents dans son sigle ? On peut considérer le titre de l’article comme une projection de cette stratégie européenne d’instrumentalisation des minorités. Tout se décidera avec un processus « démocratique » à plusieurs niveaux. Au premier niveau, des associations « LGBT » avec 5 % de « T », 5 % de « B », 20 % de « L » et 70 % de « G », dont 50 % de « G » bobos, éliront « démocratiquement » un représentant. Au deuxième niveau, les 100 % de bobos gais ou hétéros élus par ce genre de minorités, voteront pour la politique économique décidée à une écrasante majorité. Les gros étouffent les petits : quoi de neuf sous le soleil ? Dans cette fameuse « Charte des droits fondamentaux », est-il question du droit de choisir le sexe indiqué sur ses papiers d’identité ? Non, bien sûr, mais on nous fait pourtant croire à une avancée définitive. Les revendications des « T », on s’assoit dessus. À quoi cela nous aura-t-il servi qu’Almodovar et Fassbinder aient fait de transsexuels les héros de tant de films ? À divertir les beaufs gays ou hétéros, ou à nous faire réfléchir sur la civilisation européenne ? Au-delà de ces polémiques paludéennes, que je vous dise enfin pourquoi, moi, je voterai non. C’est un citoyen qui parle, ce n’est pas un phoque ni une otarie qui fait tourner de jolis ballons sur son nez. Premièrement, le mariage. C’est un argument que personne n’a encore relevé, semble-t-il. Savez-vous que la Constitution que ces messieurs (aviez-vous remarqué qu’il n’y a que des messieurs cités dans l’article de Libé ?) nous appellent à plébisciter, inclura « le droit de se marier et de fonder une famille » (II-69) ? On se demande bien qui menace ce droit ! Mais celui de divorcer ? Il n’y est fait aucune allusion. Non plus qu’à la liberté de contraception et d’avortement. Vous avez dit « Charte des droits fondamentaux » ? Après Nietzsche, j’appelle à la suppression du mariage et, dans un premier temps, à son remplacement par un Pacs amélioré et étendu à quatre personnes, de façon à respecter les droits des bisexuels et à lutter contre la solitude des personnes âgées. Tant que cette « Charte » reste à l’état de traité, on peut toujours espérer l’améliorer. Par exemple quand le Pacs se sera imposé comme une évidence partout en Europe, et que les premiers cas de divorce auront dégoûté les gays du mariage. En cas de victoire du oui, cette opinion ne deviendra-t-elle pas carrément inconstitutionnelle ? Les livres et chansons hostiles au mariage pourront-ils encore être publiés ? L’association Attac nous rappelle que dans l’article 26 de la Déclaration des droits de l’homme de la République française de 1793, il était écrit : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures ». Je ne vais pas développer ici les arguments que les « travailleurs » qui, contrairement à M. Doustaly, ne sommeillent pas en vous, connaissent déjà par ailleurs. En particulier, les points suivants :
- Le taux d’abstention record habituel aux élections européennes et l’absence de langue commune feront de cette Babel économique le pré carré des manipulateurs d’opinion.
- Cette constitution proclame le dogme de la « concurrence libre et non faussée », érigée sur les ruines du « progrès social » et du « plein emploi », ces rêves de gauchistes attardés.
- Une Constitution labyrinthique, devenue un texte inaccessible aux profanes, consacre l’avènement du règne des légistes, prêtres laïcs des temps modernes.
- Le droit d’obtenir un emploi, naguère proclamé par la constitution française, est insidieusement remplacé par la « liberté de rechercher un emploi ». Tu parles d’une liberté fondamentale !
- La notion de service public disparaît, ou du moins il est soumis au principe de concurrence.
- Les dépenses militaires deviendront communes, à la grande joie de Messieurs Lagardère et Dassault, déjà heureux possesseurs de la moitié de la presse française, et de leurs amis industriels et banquiers qui possèdent ou contrôlent par la publicité désormais quasiment tous les médias de masse et toute l’édition en Europe.
- La décision centralisée d’adhérer à un conflit empêchera à tout jamais la France, l’Allemagne (ou tout autre pays) de se désolidariser d’une guerre décidée par les amis du président des États-Unis, et de convaincre l’Espagne, puis l’Italie, puis l’Europe entière.

La victoire annoncée du non en France sera une occasion inespérée, à la suite de la guerre en Irak, de démontrer que deux ou trois peuples peuvent convaincre les autres, et être à l’origine d’une réflexion que l’on avait voulu empêcher. Mais qui est donc ce fameux « on » ? L’article de Libération (sic) se terminait par cette formule : « Si, le 29 mai, le traité est adopté de justesse, les partisans du oui sauront à qui dire merci. » En ce qui me concerne, le 29 mai, quand le non l’aura emporté, j’aurai la liste de ceux qu’il conviendra de remercier une bonne fois pour toutes !

Notes : (1) Quotidien anciennement classé à gauche, ayant récemment rejoint l’écurie d’Edouard de Rothschild, financier de droite amateur de chevaux de courses. (2) Ancien chef d’un gouvernement français qui, en 1987, tenta d’interdire Gai Pied, « hebdomadaire homosexuel d’information politique et générale », organe de presse indépendant, et donc privé de publicité par l’industrie. (3) Ancien maire de Paris, qui avait longtemps refusé de subventionner des associations gays, ou de saluer les centaines de milliers de personnes venues de toute l’Europe (vous avez dit Europe ?) défiler pour la Gay Pride. (4) Mensuel homosexuel de divertissement consumériste et parisianiste appartenant à l’écurie d’un industriel du luxe, bourré de publicités et d’attrape-bobos. Lionel Labosse est l’auteur de Altersexualité, Éducation & Censure, Publibook, mars 2005


Commentaires

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jeudi 3 juin 2021 à 12h30 - par  Suzanne Garcia

Je ne sais pas ce que ces personnes ont effectué cette année au cours de la journée internationale pour lutter contre l’homophobie et la transphobie. Mais je trouve qu’ils dépassent de plus en plus les préjugés des autres de nos jours.

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lundi 29 juin 2009 à 15h39

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