TRIBUNE : NON AUX JEUX TACTIQUES ! REFONDATION !

jeudi 25 février 2016
par  Jean-Paul Alletru
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Qu’ils sont habiles ! « Emprunter les idées des adversaires pour mieux les prendre à revers… tout le monde s’est mis à trianguler, comme si c’était devenu la martingale gagnante des candidats à l’élection présidentielle de 2017 », observe Gérard Courtois (Le Monde, 6 janvier). Le Front national est un modèle du genre. Après Jean-Marie Le Pen qui, déjà, avait préempté quelques- unes des valeurs fondamentales de la droite (défense de la nation, de l’ordre, de la sécurité), Marine Le Pen braconne sur les terres de la gauche : la laïcité (même s’il s’agit, en réalité, de justifier son procès contre l’islamisme et, au-delà, l’immigration), et la question sociale, avec un programme économique qui ressemble à bien des égards à celui de la gauche en 1981 : relance par l’augmentation des revenus modestes, encadrement des prix, réindustrialisation à marches forcées, nationalisation des banques, le tout accompagné de mesures protectionnistes. Et il faut bien dire qu’elle fait illusion dans les classes populaires et chez tous ceux que l’économie mondialisée inquiète ou angoisse. « Les courants d’extrême-droite se réclament de l’antilibéralisme, alors qu’ils ne font qu’en souligner les excès sans jamais combattre les fondements du système capitaliste. Ils prétendent représenter le peuple contre les élites, sur fond d’exclusions et de xénophobie » (Attac, janvier). En réalité, « en cas de crise économique aigüe, il est tout-à-fait possible que la bourgeoisie voie en le FN un dernier recours pour briser la résistance du salariat et de ses organisations. Le FN n’aurait alors aucune difficulté à abandonner son projet de sortie de l’euro et les mesures « sociales » de son programme. A l’occasion des élections régionales, les déjeuners entre les cadres du FN et des dirigeants du Medef se sont faits, déjà, de moins en moins discrets. A-t-on jamais vu un parti d’extrême-droite se mettre au service du salariat et s’opposer sérieusement à la classe dominante ? Le Front National est le nom de l’une des solutions, et peut-être de la principale solution, de la classe dominante à la crise globale que subit le capitalisme, aussi bien qu’à la sévère crise économique qui s’annonce » (Démocratie et socialisme, nov-déc).

Sarkozy, qui fut en 2007 le champion de France de la triangulation, mariant de Gaulle et Jaurès et méritant ainsi le surnom de Tête-à-Claques, la droite décomplexée et l’ouverture à gauche, puise toujours sans vergogne dans la boîte à idées du Front National, tout en se prétendant un rempart contre celui-ci, banalisant et accréditant ses thématiques nauséabondes. Et le placide Alain Juppé, à son tour, part en croisade Pour un Etat fort, à droite toute, adoptant les mêmes recettes…

Hollande, en donnant sans contrepartie 40 milliards d’euros d’exonérations de charges aux entreprises, s’est cru politicien habile : il faisait « mieux » que la droite en matière de politique de l’offre. Depuis les attentats du 13 novembre, il entend également faire « mieux » en matière de sécurité, allant jusqu’à reprendre des mesures préconisées par l’extrême-droite puis la droite…

Ces habiletés tactiques ont un effet délétère. Les Français ne savent plus à quel saint se vouer. Ni à qui faire confiance. La gauche doit se renouveler complètement, elle doit oser réaffirmer ses valeurs, elle doit redonner des perspectives. A tous, et d’abord à ceux qui ne votent pas, et à ceux qui votent F.N. : à tous ceux qui se sentent (à juste titre car ils le sont) complètement abandonnés. Les chômeurs, les habitants des bassins d’emplois désindustrialisées, les faiblement diplômés, ceux qui trouvent l’ascenseur social en panne et n’ont pas la force de monter par l’escalier… Il faut revenir aux questions de fond à commencer par la principale : comment faire reculer le chômage ? Réduction du temps de travail, plan de construction de logements, plans de lutte contre le changement climatique (isolation des bâtiments, relocalisation de la production,…), les idées ne manquent pas. Parlons-en !

Et aussi, puisque nous sommes embarqués dans le bateau européen : comment réorienter l’Europe dans un sens plus social et démocratique, comment renégocier les dettes souveraines des Etats ? La refondation de la gauche peut se faire en organisant la grande primaire à gauche, dont l’idée a été lancée dans Libération du 11 janvier (dès le lendemain, elle recueillait plus de 15 000 signatures). Imposons ce débat, cette primaire, aux habiles de tout poil. Donnons la parole à tous les Français qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche.


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