IMMIGRATION : QUELQUES EVIDENCES

samedi 2 décembre 2017
par  Jacques-Robert Simon
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Immigration ! Pour ou contre ? L’augmenter ou la réduire ? Un bien ou un mal ? Je ne sais pas répondre à ces questions, ce qui n’interdit pas d’y réfléchir. Les partis dits populistes, radicaux, xénophobes, d’extrême droite dénoncent l’immigration comme le mal qui sape leur pays. Tous les pays européens sont concernés comme beaucoup des pays du monde. Ce malaise est souvent analysé comme faisant la preuve du racisme des classes populaires, principaux électeurs en effet des partis populistes, racisme qui proviendrait d’un manque d’éducation, d’un manque d’intelligence, d’un manque d’humanisme. Les stratèges politiques des partis de la Raison s’emploient donc à contourner les avis d’une masse populaire qui dévoierait la démocratie, dans le souvenir de ce que d’autres firent en leur temps.

La généralisation d’un cas particulier conduit aux erreurs les plus dramatiques, c’est ainsi que se constitue le racisme ou l’esprit de caste : un Rom commet un vol, les Roms sont des voleurs, un ouvrier est oisif, les ouvriers sont fainéants. Dans ce cadre, les classes populaires ne sont ni plus ni moins racistes que les autres strates sociales : elles ne construisent pas leur pensée sur des émois mais sur des faits, même si beaucoup n’ont pas les mots pour l’exprimer, ces mots qu’utilisent au contraire fort bien ceux qui les accusent du pire. Si les classes populaires ne raisonnent pas toujours en termes de lutte des classes (comment le pourraient-elles d’ailleurs ?), les élites dirigeantes en tiennent constamment compte. Leur problématique est de produire le plus de biens matériels ou immatériels possibles avec des coûts salariaux optimisés. Ainsi, Georges Pompidou le 3 septembre 1963 constatait « l’immigration est un moyen de créer une certaine détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale » Il constatera 10 ans plus tard « Il (le patronat) en veut toujours plus (d ‘immigrés) ». L’immigration a donc toujours été une variable permettant de contenir les salaires des plus nombreux au plus bas possible.

La population d’origine étrangère vivant en France est de l’ordre de 8 millions de personnes avec une arrivée de 200 000 immigrés par an en moyenne. L’apport exogène de travailleurs est donc important. La libéralisation des échanges financiers permet aux investisseurs d’optimiser leurs placements en cherchant les régions à fort potentiel de croissance, c’est à dire hors d’Europe. Immigration et investissements prennent donc des directions opposées, ce qui tend à déstabiliser les pauvres des pays riches pour enrichir les riches des pays pauvres, dans les deux cas en confortant le rôle de leader des nantis. De fait, la croissance du PIB africain atteint 5% l’an. Cependant, la croissance économique en Afrique n’a jamais été faible, quoique volatile ; indépendamment de l’application des théories libres échangistes mises en avant pour la mondialisation.

L’impasse dans laquelle se retrouvent les perdants de la globalisation tient de l’évidence. Le royaume des gagnants est aussi assez facile à décrire. Les dirigeants ou les possédants de « haut niveau » professent en général une foi du meilleur aloi dans les valeurs traditionnelles de l’occident. La possession d’une culture par eux définie est un impératif pour intégrer l’élite. Les gagnants savent rendre invisible l’incompatibilité entre leur intérêt économique et leur traditionalisme culturel. Les classes moyennes diplômées sont massivement engagées dans les diverses activités du secteur tertiaire, déconnectées du réel productif. Cette déconnection entre réalité tangible et activité permet de pouvoir rendre compliquées à loisir des choses simples. Les classes moyennes écrivent une multitude de rapports d’activités, de bilans d’étapes, d’études de marketing, de marché, de prospectives, de normes, de règlements, de directives… qui régentent l’activité de tous mais que personne ne peut connaître d’où le foisonnement d’activités de conseils, d’expertises, de juristes, d’avocats, de législateurs. Les officines privées étant censées travailler avec plus d’efficacité que le secteur public, ces montagnes de rapports leur sont peu à peu confiées. Les immigrés vont mettre un certain temps avant d’acquérir les connaissances tristes nécessaires pour prospérer dans ce milieu. Et lorsqu’ils les ont acquises, leur intégration ne fait plus de doute : ils sont conformes. Il n’y a donc pas de compétition entre la classe moyenne et les immigrés, ce qui permet à celle-ci d’afficher un modernisme humaniste vilipendant (à bon escient mais sans risque) toute discrimination, toute trace de racisme vrai ou supposé. Et puis, les nouvelles familles ont besoin de nounous, entre autres domesticités, pour s’occuper de leurs enfants…

Les classes dirigeantes et moyennes sont donc satisfaites économiquement de l’ouverture des frontières même si l’inverse est quelquefois proclamé par artifice. Restent les quelques 20% de classes populaires. Les membres de celle-ci sont peu qualifiés, comprendre qu’ils n’ont pas pu ou pas voulu suivre une dizaine d’années supplémentaires d’études pour apprendre ce qui ne leur servira à peu près à rien, même dans leur domaine professionnel. L’intelligence de la main est presque entièrement ignorée des hiérarques qui n’en prennent (un peu) conscience que lorsque leur chaudière est en panne. Pourtant, beaucoup des plus grandes découvertes peuvent être attribuées à l’ingéniosité plutôt qu’aux savoirs abstraits. L’immigration dans le contexte de la disparition de la filière technique conduit à une mise en compétition de prolétaires endogènes avec des prolétaires exogènes moins exigeants quant aux conditions de travail car venant de régions où ils ont connu le pire. Personne ne peut se réjouir de voir les chantiers où pullulent des membres des minorités visibles. C’est inacceptable surtout parce que ces prolétaires le resteront sans possibilité de connaître un autre destin. C’est inacceptable aussi parce que dans une autre logique il aurait été possible de diminuer considérablement le nombre d’heures travaillées lorsque le labeur est pénible et d’augmenter significativement les salaires pour en faire un travail comme les autres. Le savoir permet normalement de se rendre compte combien l’inégalité ne peut être que le reflet de l’injustice. Mais payer un salarié en fonction de la difficulté du travail demandé, qu’il soit manuel ou non, reviendrait à minorer l’importance des savoirs de papier. À la fin sera le verbe…


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