LA REVOLUTION DE 1789 EST-ELLE ACHEVEE ?

mardi 13 mars 2018
par  Jean-Paul Alletru
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Le hasard des dépôts sur le trottoir m’a mis sous la main l’ « Histoire des révolutions », de Martin Malia, livre que je recommande. Merci à l’anonyme donateur. J’espère au demeurant que l’exigence de propreté affichée par notre maire de Montrouge (« force est pourtant de constater que trop souvent la propreté et la tranquillité ne sont pas toujours respectées dans nos rues, nos parcs et nos places. Nous devrons ainsi, dans les mois qui viennent, rappeler à l’ordre ceux qui sont négligents ou mal intentionnés en nous dotant de nouveaux moyens pour obtenir des résultats concrets », édito du Montrouge Magazine de janvier) ne conduira pas à interdire la pratique du dépôt de livres dans la rue. J’ai noté avec plaisir qu’il y avait à la mairie une boîte où on peut déposer et emprunter –gratuitement et anonymement- des livres. On pourrait mettre aussi des boîtes dans la rue, comme cela se pratique ailleurs. Il faut saluer aussi l’action à Montrouge du « Livre voyageur » qui permet de déposer et d’emprunter des livres (au marché ou au Café Culturel et Solidaire, en face de la piscine). Et il faut aussi encourager les lecteurs à pousser régulièrement la porte de leur librairie…]

Martin Malia est « ancien professeur à Harvard et Berkeley, ainsi qu’à l’Ecole normale supérieure, à l’EHESS et à Sciences-Po ». Son ouvrage, « livre testament d’un des plus grands historiens du XXe siècle », « propose une analyse magistrale du phénomène révolutionnaire » (pour reprendre la « quatrième de couverture »). Il est paru en 2006, et dans sa version française en 2008. Martin Malia est mort en 2004. Dans son livre, il embrasse successivement « la révolution comme hérésie religieuse (la Bohême Hussite, 1415-1436, l’Allemagne luthérienne, 1517-1555, la France Huguenote, 1559-1598, la révolte des Pays-Bas, 1566-1609), puis « les révolutions atlantiques classiques (l’Angleterre, 1640-1688, l’Amérique, 1776-1787, la France, 1789-1799). Avant d’aborder « la quête d’une révolution socialiste » : le XIXe siècle, le marxisme et la IIe Internationale, Octobre rouge (« une révolution pour en finir avec les révolutions »), et leurs suites.

En finir avec les révolutions ? Certes, « la Révolution russe, lorsqu’elle rendit l’âme en 1991, ne laissa que des décombres, de la misère et de l’amertume ». Et certes, jusqu’à présent, « toute tentative visant à transcender la république politique par quelque chose ’’de plus élevé’’ qu’un Etat providence a replongé la société dans une servitude pire que celle de l’Ancien Régime ». Mais, ajoute Martin Malia, « le problème qui avait inspiré le projet socialiste demeure : l’inégalité humaine. Tant que ce problème existera, les utopies politiques auront leur place parmi nous. » Utopies ? Oui, parce que l’égalité parfaite est un idéal qu’on n’atteindra jamais. Mais peut-on s’accommoder d’un monde où 82 % de la richesse créée en 2017 a terminé entre les mains du 1 % le plus riche de la population ? Où 42 personnes détiennent à elles seules autant de richesses que les 3,7 milliards de personnes les plus pauvres (rapport de l’ONG Oxfam) ?

Nos ancêtres de 1789 visaient déjà à l’émancipation de l’humanité tout entière, avec la déclaration des droits de l’homme. Et depuis 1789, la planète s’est considérablement « rétrécie », avec l’uniformisation des modes de vie et la multiplication des échanges. De nouvelles questions sont apparues, comme celles liées à l’environnement (dérèglement climatique, pollution, chute de la biodiversité, épuisement des ressources fossiles), qui concernent évidemment tous les êtres humains. Mais aussi la question de la souveraineté, de la citoyenneté, s’est transformée. Les Etats sont de plus en plus dépossédés de leurs prérogatives, au profit de puissances nouvelles : plus de cinquante des cent « économies » les plus puissantes de la planète sont désormais des entreprises multinationales. On est passé d’une économie structurée par les économies nationales à une économie mondiale reposant de plus en plus sur les réseaux et le pouvoir accumulé par les entreprises multinationales. « Une concentration encore plus flagrante au niveau du contrôle de ces entreprises, puisqu’on considère que 700 banques, assurances, fonds d’investissements contrôlent 80 % de la valorisation boursière de la planète », observe Maxime Combes (lignes d’attac, janvier 2018). Et Maxime Combes ajoute : « l’économie mondiale est devenue un champ de bataille où la conquête des marchés prévaut, tant pour les entreprises que pour les Etats. Ces derniers sont devenus les VRP de leurs multinationales : ils se font concurrence pour que leurs entreprises obtiennent des marchés et sont prêts à presque tout pour proposer un « environnement attractif » aux multinationales et aux investisseurs étrangers. Les Etats s’enferrent dans une voie sans issue du moins disant social et environnemental, construit sur la concurrence généralisée des populations et des territoires ». Les citoyens ont de moins de poids pour agir sur les affaires communes.

Oui, de nouvelles révolutions sont bien nécessaires !

Article paru dans Citoyen du monde à Montrouge, la lettre mensuelle de J.P Alletru.


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