Fado : Camané, c’est du sérieux

lundi 28 mai 2018
par  Jean-Luc Gonneau
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Ne comptez pas sur Camané pour parsemer un concert de commentaires, de digressions ou de petites blagues, comme peuvent le faire, entre autres, Carlos Do Carmo (un de ses modèles), Misia ou la jeune Gisela João. Lors de son passage le 14 mai au Théâtre de laVille/Espace Cardin, il a à peine dérogé à ses habitudes, se contentant de nous indiquer son poème préféré et sa musique préférée (le fado cravo d’Alfredo Marceneiro, bonne pioche, qu’il chante sur un poème de João Ferreira Rosa, récemment disparu) et quelques titres de ses fados. Point barre, comme on dit. Camané se dit timide, d’aucuns le prétendent introverti. Nous préférons dire concentré. Et artiste, très.

Pour le reste, et c’est le plus important, nous avons retrouvé le Camané que nous savons, à savoir un artiste majeur du fado, au placement impeccable, à la voix toujours aussi intense, l’émotion à fleur de peau. Il a choisi pour ce concert un ensemble de fados qui retrace une bonne partie de sa carrière, ouvrant avec des quadras tirées de l’œuvre de Fernando Pessoa (Camané sait choisir ses auteurs) sur la musique du fado alfacinha, reprenant des succès passés (les drôlatiquesTinha uma amiga que se chama Maria et Lume, dus à la plume acidulée de Manuela de Freitas, A cantar, chanté en duo avec Agnès Jaoui, qui a fait ce qu’elle pouvait, Sou do Bairro Alto…), et proposant un échantillon de son dernier opus phonographique (Camané canta Marceneiro) avec des classiques du Maître : Ha festa na Mouraria, A casa da Mariquinhas et le très joli O pagem.

Accompagné par deux de ses plus fidèles musiciens, Carlos Manuel Proença à la viola et Paulo Paz à la contrebasse, des gens d’expérience, Camané leur a joint le jeune André Dias à la guitare portugaise, en lieu et place de son compère « historique » José Manuel Neto, retenu par ailleurs. Remplacer un monstre comme J.M. Neto, ce n’est pas une sinécure, et le jeune Dias s’en est tiré fort honorablement, même si la cohésion entre les musiciens n’était pas tout à fait la même.

Du travail bien fait, cousu main, auquel il a peut-être manqué une petite flamme d’enthousiasme. C’est souvent le lot pour les artistes en tournée : à Zurich la veille, à Lisbonne dès le lendemain, cela laisse peu de temps pour un repos réparateur et une adaptation aux lieux et aux publics. Mais ne nous trompons pas : Camané demeure un fadiste d’exception qu’on se doit, si on le peut, d’aller écouter à chacun de ses passages dans notre pays. C’est à chaque fois une leçon de fado.

Article paru dans lusojornal.com


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