Providentielles

jeudi 13 août 2020
par  Fatima Benomar
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Elles ont dû travailler en pleine période de confinement, dans le milieu hospitalier, les Ehpad, les commerces alimentaires, infirmières, aides à domicile, auxiliaires de vie, caissières, vendeuses, personnel de nettoyage des immeubles, des hypermarchés... avec quelles protections ? Envoyées à la guerre sans armes. Devant se déplacer dans des transports réduits, sans droit au retard. On s’empresse d’en faire des héroïnes symboliques pour éluder d’y voir des travailleuses privées de réelle sécurité économique.

C’est pourtant sur elles que l’Etat providence s’est reposé pour rendre possible la parenthèse du confinement. Le risque est aujourd’hui évident que rien ne change, mis à part quelques primes exceptionnelles accordées au personnel soignant et au personnel des Ehpad pour solder les comptes de la reconnaissance nationale.

Quid d’une reconnaissance profonde et pérenne de celles qui sont en charge des soins aux personnes âgées, de l’aide à domicile, du nettoyage ? Comment réparer l’injustice qui leur est faite, qui les maintient dans la pauvreté ? Quid des millions de femmes cantonnées dans les emplois informels qui s’occupent de nos enfants ou font le ménage chez nous via des agences, ou pas ?

Nous n’avons pu marcher ce premier mai (ça fait quelques années que nous sommes d’ailleurs empêché-es de manifester normalement le 1er mai) dans un contexte de pandémie qui a quelque part parlé pour le camp des travailleur-ses. La division sexuelle et raciste du travail a enfin crevé les yeux de ceux qui ne voulaient pas la voir. Dans le monde, des milliers de travailleuses domestiques ont été licenciées sans compensation. Au foyer, le patriarcat s’est déchargé sur les femmes des tâches domestiques pour lesquelles il n’y a ni rémunération ni limite horaire.

La vérité est que le gouvernement n’a pas intérêt à reconnaître ces métiers où le droit du travail est le plus faible ou le plus bafoué, car les visibiliser, reconnaitre leur pénibilité, admettre leur utilité, les valoriser, c’est devoir mettre la main à la poche et légiférer pour que ces travailleuses ne soient plus soumises au temps partiel imposé, aux petits salaires, aux réformes de "flexibilité" que dénoncent leurs grèves dures et longues, ignorées en piquets, réprimées en manifestation, pour obtenir des contrats stables : loi Macron de 2015, loi El Khomri de 2016, ordonnances Macron en 2017, politiques d’austérité qui diminuent les dépenses de l’État qui les emploie dans les collectivités territoriales, les renvoyant aux affres de la sous-traitance dans des entreprises privées peu scrupuleuses de leur bien-être au travail.

Les médailles, les hommages, les primes exceptionnelles, les applaudissements ne suffiront pas à contrecarrer la loi de la jungle qui sévit dans la grande distribution ou dans le secteur du nettoyage. Seule l’augmentation immédiate de leurs salaires et l’amélioration de leurs conditions de travail pourra reconnaitre ce travail qu’on a trouvé si nécessaire et utile à tou-tes.

Les reconnaitre, c’est aussi les entendre. Comment ignorer l’omniprésence des invités et experts masculins sur tous les plateaux, matinales et Unes qui ont défilé pendant le confinement, ne donnant tribune qu’à une partie des porte-parolats de la société ? La crise sanitaire n’a pas été commentée du point de vue de celles et ceux qui l’ont le plus subi. On nous a privé.es de ces récits, de ces points de vue, de ces pistes de solution dans les débats aux heures de grande écoute, alors qu’elles ont tant à dire sur les sujets sanitaires et les questions économiques. Sans oublier que les médias jouent un rôle indéniable de légitimation d’une parole, de reconnaissance, voire de propulsion de carrière et d’opportunités offertes


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