 UN PILLAGE PARMI D’AUTRES : LES CELLULES SOLAIRES

mardi 9 avril 2013
par  Jacques-Robert Simon
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Une filière d’activités n’est pas uniquement sujette aux technologies sous jacentes, elle dépend également de la structure industrielle. Celle-ci est éminemment volatile et un instantané clair, à une date donnée, non seulement est difficile à obtenir mais encore elle ne préjuge en rien de ce qu’il peut advenir même dans un avenir proche. Il semble que la frénésie tient lieu d’efficacité, l’esbroufe remplace la compétence. En quelques traits, je donne ci-dessous les plus récents « mouvements » industriels dans le secteur des cellules solaires à base de silicium.

Jusqu’en 2000, l’industrie du photovoltaïque s’approvisionnait en silicium grâce aux rebuts des microélectroniciens. Il a été ensuite décidé de développer une filière propre à l’énergie solaire pour l’approvisionnement en matériau. Un producteur important de silicium métallurgique est (était ?) Elkem, originellement une entreprise Norvégienne avant que le jeu si prisé de Monopoly ne devienne la règle sous couvert de modernité. Elkem fut rachetée en Janvier 2011 par China National Bluestar. Quelques mois plus tard, des « difficultés de marché » conduisent les actionnaires chinois à geler une partie des activités au sein d’un des sites de production situé à Kristiansand.

De multiples autres exemples pourraient être pris. Ils montreraient tous le goût du gigantisme et de la puissance des acteurs industriels, apparemment plus préoccupés de dominer que de satisfaire aux besoins des sociétés, conséquence subalterne de leur montage de puzzles financiers. Toutefois, la Chine a probablement pris une option de succès dans ce processus. En 2005, la Chine produisait 60 tonnes de polysilicium. En 2006, elle en fabriquait 287 tonnes. En 2009, plus de cinquante compagnies chinoises produisirent 170 000 tonnes de ce matériau. La même année, la Chine produisait 60% des volumes mondiaux de cellules photovoltaïques à base de silicium polycristallin, dont 30% provenait de divers déchets de silicium de qualité électronique. La Chine interdit alors l’importation de silicium déclassé afin de protéger son industrie photovoltaïque. De telles mesures devraient inciter les autres nations à établir des barrages douaniers. Il n’est toutefois pas évident que cela soit encore possible en raison de la rapidité des transferts de production de modules vers l’Asie. A cet égard, il faut être conscient que ces délocalisations ne concernent pas uniquement des productions industrielles bien établies mais aussi des procédés innovants susceptibles d’apporter des améliorations substantielles aux technologies industrielles de production. Ainsi, des rubans de silicium créés en continu ont été proposés par la société Américaine Evergreen Solar. Cette entreprise a reçu plusieurs millions de dollars de l’état du Massachusetts. Elle fut déclarée en faillite en août 2011, incapable de résister à la concurrence asiatique. En août 2011 se produit également la délocalisation massive en Malaisie de l’entreprise Allemande Q-Cells. La pression asiatique sur les prix devait être compensée par des tarifs de rachat avantageux de l’électricité photovoltaïque. Cette approche n’a cependant créé qu’une bulle spéculative sans jeter les bases d’une industrie solide. La suspicion quant au bien-fondé de la politique de rachat subventionné d’électricité solaire se trouve donc confortée par l’expérience. Des turpitudes du même type atteignent les tentatives d’établissement de filières françaises de production de silicium. L’entreprise Le silicium de Provence (consortium France-Photon Power Technologies, Pays-Bas- Econcern, Norvège-Norsun) fut stoppée en mars 2009 puis revitalisée par une alliance avec Arkema en décembre 2010. Une cession d’activités concerna la branche vinylique d’Arkema en novembre 2011.

Il est certain que ces jeux spéculatifs, recouverts sous le vocable qui se veut respectable de « libre concurrence », amusent un certain nombre de dirigeants qui ne risquent rien quel que soit le résultat de leurs décisions. Mais mesure-t-on les drames engendrés lors de la fermeture des lieux de production ? Mesure-t-on l’inanité de vouloir fortifier un secteur tertiaire non assis sur une activité de production ? Mesure-t-on le pillage de matière grise auquel on se prête en ne permettant pas aux inventeurs de voir leurs innovations irriguer la société qui a permis leur émergence ?


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