HUMANISME OU TRANSHUMANISME ?

jeudi 31 janvier 2019
par  Jacques-Robert Simon
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L’humanisme pose comme principe suprême de traiter ‘’autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen", la personne humaine doit être au-dessus de tout et de toutes les autres valeurs. Qui peut ne pas souscrire à une telle proposition ? Les grandes lignes de la conduite morale humaniste datent du XVIIIe siècle et, même si il est souligné dès l’origine qu’il faut se garder de méthodes empiriques, il est possible d’observer ce que le temps a fait des propositions.

Au siècle des Lumières, l’aristocratie et la grande bourgeoisie représentent moins de 3% de la population, elles résident dans les villes en compagnie de domestiques et d’artisans. Le monde paysan largement illettré constitue 80% de la population totale. Les nobles, l’Eglise, et des grands fermiers possèdent les terres que travaillent les paysans. Il suffisait d’une récolte médiocre pour que les « manouvriers » (non-propriétaires) soient au bord de la famine.

Les paysans mangeaient des bouillies de céréales, des soupes de légumes, et surtout du pain. L’alimentation des classes supérieures était bien différente : des « officiers de bouche » souvent réputés leur servaient une nourriture sophistiquée et variée. Pour le paysan, le logement est constitué la plupart du temps d’une seule pièce convertie la nuit en couchage pour toute la famille, les enfants dorment souvent dans le même lit. L’aristocratie, quant à elle, réside dans des hôtels particuliers luxueux et spacieux. La famille typique dans la France de l’Ancien Régime est la famille conjugale limitée aux parents et aux enfants. Le nombre d’enfants par famille n’est pas très élevé : entre 3 et 4. Au XVIIIe siècle l’espérance de vie n’atteignait guère plus de 35 ans.

Le siècle des Lumières est celui de l’incompréhension voire du mépris du peuple par les élites, mépris sans doute inévitable lorsque ceux qui savent considèrent du haut de leurs connaissances ceux qui ne savent pas. Le peuple ? « Une multitude aveugle et bruyante ». « Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas instruit. Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu » « La Cour est fort attentive aux discours des Parisiens : elle les appelle les grenouilles. Que disent les grenouilles ? »

L’enseignement dans les écoles primaires au XVIIIe est surtout assuré par des congrégations religieuses, l’enseignement est gratuit pour les familles les plus pauvres. La scolarité dure jusqu’à 14 ans mais peu d’enfants la terminent : l’analphabétisme, s’il recule au XVIIIe siècle, reste très présent. Voltaire qui plaide pour la tolérance et l’égalité est cependant opposé à l’éducation des masses populaires, craignant que les paysans ne désertent leurs terres : « Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres, et non des clercs tonsurés. »

Au terme de ce XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières ont provoqué un formidable ébranlement des certitudes anciennes qui conduira peu à peu aux républiques et aux démocraties telles que nous les connaissons actuellement. Il s’agissait d’améliorer l’espèce humaine par l’esprit, la réflexion, puis d’installer une organisation politique qui permette la liberté de penser comme la liberté individuelle.

Au début du XXIe siècle, des savants, des ingénieurs, des médecins, des penseurs, des homme politique, éclairés par les Lumières, ont permis que l’espérance de vie en France soit de 82 ans, plus de deux fois plus que deux siècles plus tôt. Le taux de réussite au baccalauréat varie de 80 à 90% selon les filières, mais il subsiste plus de 3 millions d’illettrés. Les femmes sont très largement libérées de la tutelle des hommes, mais avec 15% des enfants dans une famille constituée de la seule mère. Des élections sont régulièrement organisées pour désigner des représentants du peuple, mais les taux d’abstention avoisinent souvent 50%. Hormis environ 200 000 SDF, les français ont un logis et 65% d’entre eux sont propriétaires. Comme naguère l’aristocratie, les personnes les plus riches représentent quelques pourcents de la population.

Bien que ce qui est souvent présenté comme un paradis terrestre ait été atteint surtout grâce à l’utilisation ingénieuse des combustibles fossiles, les Lumières et le bon usage de l’esprit y eurent un rôle. Dans le même temps Dieu était mort et son pire ennemi Mammon régnait en maître. La nouvelle race des seigneurs était la plus fortunée, celle qu’il convenait de suivre, il suffisait de reconnaître ce fait pour qu’une nouvelle justice quasi-divine règne.

L’épigénétique étudie la transmission héréditaire de caractères acquis. Le sport, un régime alimentaire équilibré, un comportement favorisant la réflexion plutôt que l’agitation, permettent non seulement une plus longue vie en bonne santé à celui qui s’y plie mais aussi, partiellement, à ses descendants, grâce à une expression modifiée des gènes natifs. Il s’agit d’une voie humaniste vers des surhommes, ou du moins d’hommes doués de performances optimisées.

Le transhumanisme change de registre pour aller vers le Surhomme, il ne s ‘agit plus d’élever l’esprit des Hommes ordinaires par la philosophie, ni de préconiser une hygiène de vie qui leur permet les meilleurs chances de bien-vivre, mais d’utiliser tous les moyens de la science et de la technologie pour augmenter, surpasser, leurs capacités naturelles. La biologie, et en particulier la technique des ciseaux moléculaires, permet d’enlever des parties indésirables du génome pour les remplacer par des morceaux choisis d’ADN. Cette technique pourrait servir à terme à produire des bébés génétiquement modifiés afin de choisir la couleur des cheveux, de leurs yeux, d’augmenter leur masse musculaire ou leur capacité intellectuelle. Ce qui est présenté par les promoteurs comme l’ultime conquête de l’espèce humaine serait d’avoir accès à l’immortalité : les Hommes deviendraient des dieux, sans délégation.

Il est devenu possible de modifier un génome jusqu’à obtenir l’homme de son choix, il sera peut-être un jour possible de rallonger sa vie comme il semble que ce soit le cas pour des souris, mais la logique en place doit être explicitée. Il faut créer le besoin avant même qu’on soit capable de le satisfaire : le désir créé, des fonds peuvent être alors collectés pour initier des recherches ou parfaire des innovations en espérant que le génie des hommes viendra à bout des pires difficultés. En d’autres termes, le surhomme n’est pas aux mains des philosophes ou des scientifiques mais dans celles des marchands. Par delà le Bien et le Mal se trouve l’argent, pas l’amour. Et évidemment, la qualité de votre lignée synthétique obtenue grâce à la chirurgie moléculaire dépendra du talent de l’institut auquel vous la confierez : selon vos moyens financiers, vous obtiendrez avec certitude le plus performant des bambins ou le plus bancal des rejetons, si toutefois les autorités jugent acceptable que vous vous ‘reproduisiez’ ! Et si la longévité de l’espèce humaine augmente qui adaptera la démographie avec les ressources disponibles ? La concurrence ? La fortune ? Un politbureau mondial ?

Mais le pire des problèmes est la non-prise en compte de ce qu’est la vie : personne ne supporte les redites et il est plus que probable qu’on sera incapable de vivre très longtemps si on ne sait pas vivre durant un peu moins de temps. Et plus encore, serait-on capable de regarder la télévision éternellement sans briser l’appareil ?


Commentaires

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mercredi 6 février 2019 à 15h28 - par  Gabie75

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