RIEN N’EST CLAIR, TOUT SE COMPLIQUE

mardi 26 février 2019
par  Jean-Luc Gonneau
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Tandis que se poursuit, perturbablement, le mouvement des gilets jaunes, le gouvernement a lancé un prétendu « grand débat national » supposé résoudre la crise. Chantal Jouanno, ancienne ministre qu’on ne peut soupçonner de gauchisme, présidente de la commission a priori indépendante qui devait veiller à son déroulement, a prestement renoncé à le faire, constatant que les conditions de l’organisation du débat en question n’en garantissaient absolument pas l’indépendance et pouvaient s’apparenter à une opération de communication. Sur ce point, il faut reconnaître au gouvernement sa promptitude à réagir : organisation d’une campagne de déstabilisation de Mme Jouanno autour de son salaire (coquet, il est vrai mais hélas assez courant dans ces kyrielles de commissions plus ou moins indépendantes), tentative, avortée de la démissionner, et puisque la dame refuse de cautionner le « grand débat », nomination de deux ministres de la macronie pour l’encadrer (pas Jouanno, le débat). Bref, opération Indépendance Zéro menée fissa.

Un « grand débat » dès le départ tronqué, puisque le président lui-même en fixe les règles dont la première est claire : on ne débattra pas de ce que le gouvernement a fait et de quelques sujets concernant ce qu’il a envie de faire. Or, les revendications principales des gilets jaunes, rejointes souvent par une grosse part des partis d’opposition, concernent justement ce que le gouvernement a fait et prévoit de faire. On fait donc miroiter un débat « sans tabous » (hommage posthume au camarade Marchais ?) mais avec plein d’interdits. Rien n’est simple. A ce jour le bilan d’étape du débat en question est considéré comme un grand succès par les amis du gouvernement, et comme un échec par ses opposants, parmi lesquels Jean-Luc Mélenchon se délecte à décortiquer les statistiques publiées sur la participation pour en montrer la relative modicité. Avant de juger, constatons que les formes prises par ces débats, qui vont de réunions auto-organisées par des groupes de citoyens, de débats locaux organisées par les mairies ou les partis proches du gouvernement, de remplissages de questionnaires émis par le pouvoir jusqu’aux grands shows présidentiels ou ministériels : comme quoi Mme Jouanno avait bien vu le coup, réflexe probablement acquis lors de sa carrière de championne de karaté. Bref, rien n’est clair.

A gauche, gilets jaunes et « grand débat » eussent pu contribuer à réduire les fractures entre les diverses organisations. Que nenni ! Par rapport aux gilets, on va du soutien total de LFI et du NPA aux pas très franches réticences de EELV et du PS, en passant par un soutien global du PCF et de Génération.s. Et sur le « grand débat » de la franche hostilité à la tiède compréhension des uns et des autres. De la part du PS, pas de surprise : on sait qu’une grande partie des lambeaux de son appareil jouent double jeu entre macronie et gauche. Du côté de LFI, du PCF, du NPA et des hamonistes, pas de surprise non plus. Quant à EELV, le voilà revenant à petits pas au « ni droite ni gauche » du regrettable Antoine Wechter. Nous approchons d’une échéance électorale qui n’est certes pas la plus goûtée par l’électorat mais qui aurait pu permettre d’afficher une gauche unie sur au moins un seul point : faire front aux Macron et autres Wauquiez, Dupont-Aignan ou Le Pen, représentants d’une droite plus ou moins dure mais jamais tendre. Nous aurons à la place cinq listes étiquetées à gauche, parmi lesquelles, à ce jour, seules celles de LFI et de EELV ont la quasi certitude d’avoir quelques élus. Calculs d’appareils, réflexes identitaires, erreurs de positionnement, égos personnels auront pour conséquence plus que probable une nouvelle débacle électorale. Et cette fois, le système électoral n’y sera pour rien. Bref, tout se complique.

Un mot enfin sur les déclarations de M. Macron à propos de Christophe Dettinger, le « gitan boxeur ». Outre le mépris de classe habituel dans la parole présidentielle (qui rappelle le syndrome de Latourette, mais dans le cas qui occupe parfaitement maîtrisé, s’ajoute là une connotation raciste des plus désagréable. Nous savions M. Macron président des riches, nous apprenons qu’il n’est pas le président de gitans (même riches ?)


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