LA DEMOCRATISATION CULTURELLE

Par Sébastien Zonghero
dimanche 15 janvier 2006
par  Sébastien Zonghero
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La notion de service public de la culture s’enracine dans la Constitution française dont le préambule stipule que "la nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, la formation professionnelle et à la culture". La mise en œuvre de ce principe s’impose à la Nation au sens le plus large, du gouvernement aux collectivités territoriales, en passant par les institutions publiques. Elle appelle de l’ensemble des pouvoirs publics, un investissement massif dans leur rôle de régulateur. Dans la dynamique de développement culturel, la légitimité de ces interventions doit être réaffirmée avec force.

Les diverses lois de décentralisation ont permis aux collectivités territoriales de prendre, aux côtés de l’Etat, une part croissante dans le financement et l’animation des politiques culturelles. Afin de veiller davantage au maintien de l’unité nationale, cette dualité des intervenants publics impose aujourd’hui, la refonte du partenariat entre les collectivités et l’Etat dans un souci de lutter avec plus d’efficacité contre les inégalités territoriales d’accès à l’art et à la culture encore trop nombreuses.

Les préoccupations d’aménagement du territoire doivent être plus volontaristes de façon à faire disparaître de notre territoire les zones particulièrement déficitaires en matière d’équipements culturels. A ce titre, un certain nombre d’outils contractuels mis à l’œuvre au fil des années, conventions de développement culturel, contrats de plans, contrats de ville ou d’agglomération, chartes de service public, doivent davantage être utilisés comme moyen de remédiation.

Au-delà du soutien à la création contemporaine, où l’impératif de préservation de la diversité culturelle doit légitimer et guider l’action publique, le plein exercice de la démocratisation culturelle exige que chacun puisse être, selon son désir et son talent, consommateur ou acteur de sa culture. Là encore, le service public doit davantage jouer son rôle tant en développant les pratiques en amateurs, à la fois source d’épanouissement personnel et facteur d’intégration sociale, que l’éducation artistique et culturelle, qui ne concerne aujourd’hui qu’une minorité de nos concitoyens. La rencontre sans éducation et médiation avec l’œuvre d’art et le patrimoine culturel demeure encore trop souvent la règle dans nos institutions culturelles. L’accès du plus grand nombre à la Culture ne pourra porter ses fruits sans une profonde rupture politique avec les méthodes traditionnelles d’approche des publics. Le développement de l’éducation artistique, dans et en dehors du système scolaire, est en la matière un puissant levier de remédiation. Par éducation artistique, on entend l’apprentissage et l’assimilation des codes culturels, la capacité d’analyse, la compréhension des techniques et, plus généralement, tout ce qui permet à chacun de former sa sensibilité et son jugement critique.

Dans une société où les repères éclatent sous diverses pressions et quand la relégation économique et sociale s’accompagne presque mécaniquement d’une relégation culturelle, la quête de sens, de liens sociaux s’impose encore plus fortement. Cela pose l’exigence démocratique d’accès de plus grand nombre à la culture avec une nouvelle acuité. La culture doit être un élément moteur du mouvement de la société, au cœur de la cité, au plus près du quotidien de chacun. Il s’agit là d’un devoir impérieux de la démocratie, qui ne saurait accepter que la culture reste le territoire réservé d’une minorité favorisée.


Commentaires

Logo de Gilbert CECCALDI, Militant associatif, Acteur culturel
dimanche 25 février 2007 à 20h46 - par  Gilbert CECCALDI, Militant associatif, Acteur culturel

Ce n’est pas vraiment une réponse, je viens seulement de découvrir cet article et hier, j’ai envoyé cette lettre à plusieurs journaux :

Marseille le 23 février 2007

L’art permet-il de devenir acteur de la vie sociale ?

Quel rapport entre culture et citoyenneté ?

Ces questions sont nécessaires.

Tenter d’y répondre nous permet de refonder l’action politique.

L’article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme précise que :

« Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts... Et des bienfaits qui en résultent ».

Déjà dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, l’Article 13 précisait que : « La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ».

On retrouve encore une affirmation de cet ordre dans la Loi d’orientation n° 98-657 du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions

Introduction

<< La présente loi tend à garantir sur l’ensemble du territoire l’accès effectif de tous aux droits fondamentaux dans les domaines de l’emploi, du logement, de la protection de la santé, de la justice, de l’éducation, de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de l’enfance.
.../...
Article 140
L’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté.>>

Nous sommes donc dépositaires et responsables de cette obligation de l’égalité de l’accès à la culture voulue par le législateur.

Mais en l’affirmant comme cela, les raisons restent implicites, comme une évidence qui serait admise par tous.

Au fil du temps, le sens s’est délité, effiloché et il nous faut repartager, repenser cette évidence en la démontrant.

Il est nécessaire de remettre en lisibilité les motivations qui conduisent le législateur à poser l’accès à l’Art et la Culture comme un droit.

Certains expliquent :

« L’accès à la culture intervient en développant des points de rencontre entre les individus, les différentes formes culturelles... favorisant l’intégration et la diversité participant ainsi à la formation des individus et à la reconnaissance réciproque des groupes ».

Il y aurait donc une influence fondamentale dans la constitution des identités individuelles ou collectives.

Pour s’intégrer harmonieusement à la société, un individu a besoin de communiquer en comprenant le monde qui l’entoure, de maîtriser les langages et de comprendre la société dans laquelle il vit pour savoir d’où il parle.

Si « langages » est au pluriel c’est qu’aujourd’hui au-delà de la parole et de la lecture-écriture, il nous faut bien considérer d’autres langages comme celui de l’image, et plus près ou plus loin de nous, le langage numérique. En permettant des associations nouvelles entre le son, l’image et l’écriture, ils révolutionnent les modes de pensées et de communication certainement très au-delà de ce dont nous avons conscience.

Les pratiques artistiques constituent un espace essentiel d’expérimentation et d’expression dans le processus d’acquisition et de maîtrise des diverses formes de langage.

Développer les pratiques culturelles et les activités artistiques, c’est :

- Entrer par la porte du sensible et passer par le couloir des émotions pour construire des représentations mentales exploitables intellectuellement.
- Mieux se comprendre, mieux comprendre le monde pour mieux se comprendre dans le monde et construire son rapport à l’autre.
- Structurer sa pensée et développer son esprit critique.
- Élargir son champ des possibles dans la diversité, pour être en capacité de faire des choix autonomes et exercer son rôle de citoyen.

<>(1)

Depuis plusieurs années le "Développement Durable" est à l’ordre du jour des projets politiques.
Le développement durable place l’homme au centre de sa problématique. Toutefois, les trois dimensions fondamentales du développement durable sont rarement prises en considérant l’homme comme être social mais surtout l’homme comme être biologique

J’insiste donc sur la nécessité d’élargir l’approche du développement durable en intégrant la dimension culturelle au même titre que les dimensions économique, sociale et environnementale.

Une culture accessible pour l’ensemble des citoyens est indispensable, ce qui ne veut pas dire une culture unique mais une approche culturelle globale et plurielle qui prenne en compte la diversité culturelle au sens de la Charte de l’Unesco, sur une approche comparable à celle de la biodiversité dans le cadre du Développement Durable.

La diversité culturelle est à l’homme dans la société ce que la biodiversité est à l’homme dans l’environnement.

<créative des spécificités culturelles locales, ni sans investissement volontariste permettant d'offrir tous les moyens d'accéder aux cultures et à leurs formes d'expression. La diversité des cultures, patrimoine de l'humanité, tout comme le patrimoine qu'est la biosphère doit être protégée afin d'être transmise aux générations futures. Elle doit même être enrichie par une dynamique d'échanges interculturels et de création, qui permettent à chaque Être humain de construire son rapport aux autres, son rapport à notre monde.>> (1)

Il est aujourd’hui nécessaire de remettre la culture à la place stratégique qui lui revient. La culture doit être un enjeu important des programmes politiques. De l’offre la plus pointue à l’ensemble des pratiques amateurs des dizaines de millions d’enfants, de jeunes et d’adultes sont concernés, Il y a plus de 400 000 travailleurs dans les secteurs culturels et connexes, toutes et tous ont le droit de savoir à l’aune de quelle politique publique ils pourront poursuivre leurs activités personnelles et-ou professionnelles.

Deux sites Internet (2) mis en ligne l’un par la revue Cassandre et l’autre par la SACD recueillent sans parti pris des participations pour interpeller les candidats, des avis et des contributions sur des questions fondamentales.

La participation doit y être massive pour remettre la culture en nécessité.

Gilbert CECCALDI
Militant Associatif
Acteur Culturel
Ceccaldi.pyro@wanadoo.fr, http://dixansdehors.fr

(1) Commission Française du Développement Durable avis N°2002-07
(2) Liens importants : http://www.2007culture.org /www.2007culture.org/> , http://horschamps.org

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