MELENCHON VERSUS MACRON

jeudi 25 janvier 2018
par  João Silveirinho
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Depuis l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est régulièrement par les sondages, qui paraissent dans ce cas très proches de la vérité, comme le principal opposant à la politique d’Emmanuel Macron.

Il devance, dans ce domaine, à gauche Pierre Laurent dont, quels que soient les mérites de l’homme, les discours, comme on dit, n’impriment pas, et quel qu’il soit, le ou la futur.e leader du Parti Socialiste, tant la ligne de celui-ci est indéchiffrable. Et à droite, tant Marine Le Pen, démonétisée, que Laurent Wauquiez, de plus en plus clone de la précédente, n’enthousiasment vraiment pas les foules.

Il faudrait d’ailleurs une bonne dose de mauvaise foi pour contester à JLM ce rôle, tant la cohérence de ses propositions, même si on peut être en désaccord ici ou là, ou même opposé, n’est guère discutable. Ceci est renforcé par le fait qu’avec des moyens financiers et une présence parlementaire limités, la France insoumise parvient à se faire entendre, sachant aussi imaginer des coups médiatiques inventifs.

Sur le fond, pas d’inquiétudes : les différences dans les projets politiques sont claires, et l’alternative qu’ils définissent pour le pays tout autant.

Il demeure toutefois des similitudes entre le projet d’En Marche et celui de la France insoumise, qui sont dans la forme organisationnelle qui a été mise en place. Les deux se définissent comme « mouvements », par opposition aux « partis ». Mais ça, c’est une coquetterie sémantique. Des partis qui se nommaient mouvements, on en a connus (le MRP ; le MPF etc, on en connait encore, le MRC). Ce qui caractérise tant LRM que FI par rapport aux modes traditionnels de fonctionnement des partis politiques, c’est en premier lieu la dilution de la notion d’adhérent. Pour l’un et l’autre, il suffit d’un clic sur internet. FI a mis au point un processus de certification de ses groupes d’appui, mais qui est collectif. D’ailleurs, beaucoup des groupes d’appui existants n’ont à ce jour pas (encore ?) adopté ce processus.

Autre point commun des deux organisations, une forte opacité pour ce qui concerne leurs directions. LRM a désigné un secrétaire général (Christophe Castaner), élu pour la forme, mais le reste de sa direction demeure opaque. FI l’est encore plus. Pour l’un et l’autre, il est prévu une composition des instances nationales composées de personnalités désignées par on ne sait et de militants tirés au sort (par qui ?).

On note aussi le refus de mettre en place des instances correspondant aux territoires administratifs. FI demande d’ailleurs que ses groupes d’appui se limitent à 15 membres maximum, devant se diviser si cette limite est franchie. Une limite qui risque fort d’altérer la capacité de mobilisation locale : sur 15 membres, combien de militants capables d’assurer une présence régulière sur le terrain ? Pour FI comme pour LRM, il s’agit, est-il proclamé, d’éviter la création de ces baronnies qui ont, il est vrai causé bien des problèmes aux partis traditionnels. Mais aussi quelques succès. Résultat de tout cela : tant LRM que FI sont totalement dépendants de leur leader national. Qu’ils passent sous l’autobus demain, et on donne peu de chances à ces mouvements de se pérenniser, même s’il est de toutes façons nécessaire de donner du temps au temps pour qu’une organisation, qu’elle soit politique, syndicale ou associative, s’institutionnalise.

Dernier point (presque) commun entre LRM et FI : les relations avec les autres formations. La tendance des deux est de les penser en termes de vassalisation, voire d’intégration. Macron n’a passé qu’un deal avec un autre parti politique : le Modem. Il s’agissait concrètement d’intérêt bien compris ; le Modem n’avait comme seul capital que la notoriété de François Bayrou et le socle électoral, insuffisant pour gagner une élection présidentielle, mais peut-être suffisant pour barrer à Emmanuel Macron l’accès au deuxième tour. Un deal gagnant-gagnant, assurant la survie du Modem au moins pour la législature avec quelques dizaines de députés et des maroquins (éphémères pour les plus en vue).

Pour FI, Mélenchon a dit à plusieurs reprises refuser ce qu’il nomme « la tambouille » des accords électoraux, voire des accords politiques en général. Son principal partenaire à la fois ex et potentiel, l’a exaspéré par ses tergiversations et notamment pour ses arrangements avec le Parti socialiste. Une exaspération et des tergiversations qui ont probablement coûté dix à vingt sièges de députés à la gauche, ce qui est dommage. Un peu plus de modestie et de considération côté FI vis-à-vis du PCF mais aussi du mouvement de Benoît Hamon et d’autres organisations moins connues, un peu plus de clarté côté PCF : est-ce donc impossible ? Ce n’est pas notre avis.


Commentaires

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lundi 19 février 2018 à 22h54 - par  Jean-Luc Gonneau

Nous partatageons, Silveirinho inclus, la plupart des remarques et des analyses de l’ami Gilibert. Sauf une ; que Silveirinho "mette sur le même plan" FI et LERM". L’article souligne des similitudes organisationnelles, qui ne nient aucune des oppositions, les plus fondamentales à notre sens, entre le projet politique LERM, clairement néolibéral, et celui de FI, que la grande majorité des amis de la Gauche Cactus soutient. Gilibert en convient un peu, d’ailleurs, dans sa contribution qui apporte d’utiles précisions. Ce que l’article de Silveirinho met sur le même plan, tout en indiquant sur le plan en question, c’est l’architecture des deux mouvements ; des similitudes, qui n’empêchent pas les différences. Mais ces architectures ont en commun une faiblesse ; si demain Macron passe sous un autobus, LERM s’effondre. Et même la durée n’empêcherait pas cet écroulement. Si Mélenchon passe demain sous l’autobus, il risque d’en être de même pour FI, qui a cependant l’avantage, son corpus idéologique étant infiniment plus solide que celui de FI, de pouvoir dans le temps pénétrer durablement la conscience de chacun(e).

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mardi 30 janvier 2018 à 09h14 - par  gilibert

Bonjour,
J’aurai aimé faire parvenir à Joao Silvérino ces quelques remarques sur son article qui de façon très étrange met sur le même plan LREM et la FI, la phrase exacte étant « Il demeure toutefois des similitudes entre le projet d’En Marche et celui de la France insoumise, qui sont dans la forme organisationnelle qui a été mise en place. » Je m’en excuse par avance mais je vais être un peu long dans ma démonstration. Pour le projet dans le même article vous soulignez « les différences dans les projets politiques sont claires ». Ce qui fait que je ne sais plus bien si vous considérez le projet politique de la FI différents sans ambiguïté ou avec des similitudes avec LREM. Mais il n’est pas faux de faire un parallèle entre projet et mode d’organisation et j’ajouterai pratiques notamment militantes. Si l’on retrouve sur le site LREM et FI des similitudes sur la forme, « groupes d’action », « les groupes locaux », un organigramme national, bureau pour l’un, espaces et pôles pour l’autre, charte ou principe, le mode d’inscription et l’utilisation d’une plateforme numérique, il me semble que le parallèle s’arrête à la forme. Concernant l’organigramme, LREM à constituer un bureau national avec un secrétaire général et je ne polémiquerai pas sur la forme de sa désignation et sa place particulière auprès du Président Macron. Mais déjà là dans la forme il y a une différence. La FI est organisée par espace ou pôle, en évolution, avec clairement le plus souvent possible des binômes chargés avec des insoumis d’animé, programme, espace politique, de lutte, groupe opérationnel, avec des pôles existant ou en création, agitprop et éducation populaire en remplacement de pratique militante, auto organisation, atelier des lois, mais aussi formation ou des groupes plus éphémères comme ceux qui ont construit les 40 cahiers thématiques. Cette formule de participation des insoumis ouvre concrètement la possibilité à chacun de participer selon ses centres d’intérêts et son temps libre. Pour l’agitprop ou le pole matériel on reste sur des pratiques de propagande. Leur objectif est de faire connaitre nos idées en faisant de l’animation de rue, en utilisant la chanson mimée, etc… ou tout simplement en continuant de proposer des outils habituels comme le tract, l’affiche ou l’autocollant. Je participe actuellement à la création du pôle educ pop ou « militer sans tract », pas terrible comme nom. Nous sommes 20, un binôme est chargé de l’animation du groupe. Nous recouvrons un champ qui veut diffuser idées, favoriser l’échange et permettre au plus grand nombre de participer, prendre la parole en public. Il s’agit donc de se former et de former le plus grand nombre en utilisant des pratiques pour tous, comme les ateliers « porteurs de paroles », « débats mouvant », « l’arpentage » ou « conférences gesticulées associé à un atelier », etc… De même pour l’atelier des lois dont l’objet est de permettre au citoyen lambda de se rendre compte qu’il est possible pour tous, collectivement de discuter des lois, de faire des propositions de lois. Pour l’auto organisation il s’agit d’utiliser ce que l’on appelle « méthode Alinsky », en formant les militants pour accompagner les citoyens dans des mobilisations sur les points qui leurs semblent important pour améliorer leur condition de vie, faire respecter leurs droits. En viser en particulier la remobilisation sans se substitué aux habitant des quartiers populaires. Il s’agit pour nous de ne plus faire de porte à porte pour vendre nos idées, de ne plus faire des conférences avec un modèle sachant/apprenant, un conférencier avec un PowerPoint. Puisque nous voulons redonner la capacité d’action au peuple il est nécessaire de mettre nos pratiques en corrélation avec notre projet. Pour LREM il suffit de consulter leur site pour voire les différences. Les pratiques militantes reste classique, porte à porte, tractage sur les marchés, réunions et conférences. On propose de la formation en ligne, « des cours et des leçons ». Malgré un habillage ce voulant moderne, une distribution de tract dans la rue devient kiosque, démarche de projet citoyen et l’utilisation d’un langage de manager d’entreprise, « Les MOOCs "Massive Open Online Courses" », leur pratique reste classique, en correspondance avec leur projet politique libérale, la France résiste à la réforme, le monde bouge nous devons suivre, l’entreprise est le moteur du changement, il faut assouplir les règles et pour cela les citoyens doivent participer, prendre l’initiative. Mais l’on reste dans un système 5ème république, avec une monarchie présidentielle, un système basé sur la représentation et le dogme libérale embellie par de belle image qui font rêver, produit par des communiquant. Cela ne remet pas en cause la sincérité de nombre de marcheurs de bases qui ont répondu à une sollicitation bâtie sur le constat du rejet des formes politiques conservatrices, de la défiance pour les politiques et d’un changement du mode d’engagement des citoyens décrits depuis les années 80 par nombre de travaux sociologiques. Le citoyen ne veut plus s’engager à long terme en cautionnant un projet global sur lequel il n’a pas de prise ni de contrôle. Le citoyen veut s’engager sur du concret, qui touche à son environnement, il veut contrôler son engagement, donner temps et argent comme il lui convient, pouvoir évaluer la progression, ne plus donner un chèque en blanc à travers une adhésion annuel qu’il trouve trop enfermant. Macron et cette nouvel droite l’on bien comprit et l’on utilisé pour aller encore plus loin dans les réformes libérales, dans la continuité des Sarkozy, Hollande, Valls et Fillon mais en repeignant l’emballage. Pour la France insoumise il y a une différence. La stratégie mise en œuvre est basée sur l’expérience de mouvement populaire d’autres pays de par le monde et plus local comme nuit debout. Ce que Chantal Mouffe, Ernesto Laclau et d’autre ont théorisé et appelé « le populisme de gauche ». On peut ne pas être d’accord ou pas mais la FI c’est bien cet assemblage. Concernant l’assemblée représentative nous avons lancé les grandes lignes et pour moi il n’est pas étonnant que cela apparaisse flou puisque pas encore aboutie. Cela reste un de nos gros chantier, finir notre modèle de fonctionnement démocratique avec cette assemblée représentative qui devrait devenir l’organe de contrôle et de garanti des de la mise en œuvre des décisions collectives de la FI. Ouf j’ai été long. Mais à vouloir faire court et simplifié on finis par ignorer l’essentiel.

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